Louise Ménard : enseigner et partager grâce aux nouvelles technologies

La vision éducative de cette enseignante québécoise de français est fondée sur le travail en réseau et les nouvelles technologies. Et quelles que soient les populations auxquelles elle enseigne, les résultats sont surprenants.

A Sainte-Foy, au Québec, Louise Ménard innove, expérimente et … réussit. Son bac en enseignement1 en poche (Université de Sherbrooke), elle commence par enseigner pendant quelques années au niveau pré-scolaire. Après une parenthèse hors du monde éducatif (ce qu’elle appelle une « remise en question »), elle choisit d’enseigner, par goût du défi, dans un centre de détention pour femmes adultes. Pendant 2 ans, elle y apprend « à gérer les différences » : « dans une classe régulière, les jeunes sont à peu près du même niveau de scolarité ; dans le centre, ce n’était pas le cas, certaines de ces femmes étaient analphabètes, d’autres terminaient leur cinquième secondaire ».

Parallèlement, elle enseigne à des jeunes décrocheurs et poursuivra avec eux pendant 10 ans. S’intéressant plus particulièrement à l’interaction des processus cognitifs, moteurs et affectifs, elle cherche comment les aider, eux qui, avec le temps, ont « développé des stratégies d’évitement, des résistances au système scolaire ». De là lui vient l’idée d’utiliser les nouvelles technologies pour « changer les habitudes ». Au milieu des années 90, Louise Ménard présente un projet d’intégration2 des nouvelles technologies. 5 ordinateurs seront affectés à sa classe de jeunes décrocheurs. Résultat ? Les jeunes décrocheurs se sont approprié l’espace physique – la classe a été complètement transformée – mais également la technique. « Au bout d’un certain temps, les configurations des ordinateurs étaient complètement différentes d’une machine à l’autre ». Les relations ont, elles aussi, changé : les décrocheurs se sont mis à se parler entre eux tout d’abord, et à établir un dialogue avec l’enseignant ensuite. Au final, Louise note que « le rapport à eux-mêmes s’est amélioré ».

Suivant son goût pour les technologies et son intérêt pour les nouvelles formes d’apprentissage, elle participe à la mise en place en 1997 du programme PROTIC3 à Sainte-Foy. Avec sa classe de 3ème Secondaire4, elle décide de « bannir les cahiers » :  » pour changer les pratiques, il fallait que je me remette en cause. Les élèves et moi devions alors trouver des solutions pour avancer quand même malgré l’absence de support papier écrit ».

Partager le pouvoir

Le « modèle contractuel » de Louise Ménard repose sur le partage de pouvoir et la co-élaboration des connaissances. Louise est aux antipodes de l’enseignement magistral. « Je fournis aux élèves des outils pour qu’ils acquièrent eux-mêmes les informations, et les hiérarchisent. Ils doivent être capables, une fois ce travail accompli, de communiquer ce qu’ils ont appris à leurs camarades ».

Exemple concret, en 2004, elle décide de s’intéresser aux OGM. Les élèves ont « construit le projet en même temps qu’ils cherchent l’information ». Il a fallu assimiler les concepts techniques, scientifiques, se familiariser avec l’écriture journalistique, mettre en page… Bref, un projet interdisciplinaire mené à bien par Louise et sa classe. Et cela ne peut que ravir l’enseignante, exigeante envers elle-même comme envers ses élèves. Elle leur demande beaucoup et, au détour d’une question, semble en prendre conscience. « En enseignant depuis 10 ans de cette façon, on arrive à oublier à quel point on plonge les élèves dans un système d’une grande complexité ».

Un enseignement primé

En 2001, Louise reçoit le prix CHAPO (Certificat Honorifique en Applications Pédagogiques de l’Ordinateur5) qui reconnaît la qualité de l’engagement et du travail dans le domaine des NTIC. La même année, elle reçoit le Certificat d’honneur du premier Ministre du Canada. Dans ces honneurs (dont Louise est « très fière »), elle voit le signe que la reconnaissance du travail de sa profession « s’installe peu à peu par le caractère professionnel, spécifique et rigoureux de la pratique enseignante ».


 


Pour autant, Louise Ménard n’occulte pas les efforts que les enseignants doivent eux-mêmes fournir pour une meilleure valorisation de leur métier. « Nous devons adopter un discours professionnel. Notre profession, ce n’est pas la matière que nous enseignons. Notre métier est d’être des spécialistes de l’apprentissage ». Les enseignants doivent, notamment, admettre (et faire admettre) l’existence de champs de recherche. Et elle-même s’intéresse beaucoup au développement des neurosciences et de la psychologie cognitive dans le but de mieux comprendre les modes de pensées des jeunes, de plus en plus différents des modes d’apprentissage qui nous ont été enseignés. A quatre ans de la retraite, Louise souhaite, tout en continuant à enseigner, accompagner ses collègues plus jeunes6. Mais elle se sent « presque prête à prendre un peu de repos » dit-elle. Ce qu’on imagine mal.


 


Stéphane Hérès


 


(1) Délivré à l’issue d’une formation de 4 ans, le bac en enseignement fait partie des programmes universitaires reconnus par le ministre de l’Education pour l’obtention d’une autorisation d’enseigner.


(2) Dans le cadre du projet du ministre de l’éducation de l’époque, Madame Pauline Marois
(3) Résolument d’avant-garde, le Programme intégrant les nouvelles approches pédagogiques et les technologies de l’information et des communications (PROTIC) a été mis en place en 1997 par l’Ecole secondaire Les Compagnons-de-Cartier. Parmi les objectifs généraux de ce programme : développer chez l’élève l’ouverture aux NTIC ainsi que les compétences transversales sur les plans intellectuel/cognitif et social/affectif. 
(4) La 3ème secondaire équivaut à la classe de 3ème en collège.


(5) Ce prix est décerné tous les ans par l’Association Québécois des utilisateurs de l’ordinateur au primaire-secondaire (AQUOPS).
(6) Dans sa commission scolaire, elle fait partie d’un comité de conseillers pédagogiques partenaires, support dans l’appropriation dans l’appropriation du « Renouveau pédagogique » chez les enseignants.

Louise Ménard en 5 dates

1972 : Licence d’enseignement élémentaire et préscolaire (Sherbrooke)
1997 : Intègre le programme PROTIC à l’école Les Compagnons-de-Cartier
2001 : Certificat d’honneur dans le cadre des prix du Premier ministre du Canada
2002 : Ecriture du Code d’éthique de l’usage des technologies, remis aux parents et élèves du programme PROTIC
2004 : Met en place un portfolio d’apprentissage permettant à l’élève de détecter lui-même ses forces et faiblesses.

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