Votre académie comprend le plus grand nombre de ZEP. Comment s’y est effectué le redécoupage de l’éducation prioritaire prévu dans le plan ?

Il ne s’agit pas d’un redécoupage de l’éducation prioritaire, mais d’identifier, parmi les établissements qui en relèvent déjà, ceux qui focalisent les plus grandes difficultés. Pour l’académie de Créteil, 21 collèges, 149 écoles de leur secteur, sont classés « ambition réussite » à partir de critères croisés : d’une part les difficultés scolaires des élèves et le retard à l’entrée en 6e, et d’autre part les difficultés sociales, évaluées sur la base du pourcentage d’enfants issus de catégories socio-professionnelles défavorisées, à quoi s’ajoute la prise en compte des élèves non francophones, qui constitue un critère important pour l’académie de Créteil. A côté de ces 21 établissements classés EP1, les autres établissements qui étaient déjà classés en zone d’éducation prioritaire y demeurent et conservent tous leurs avantages, ce sont les établissements EP2. Enfin, les conditions particulières à l’académie de Créteil font qu’aucun établissement n’y sera classé EP3. On n’est pas dans une démarche de « dynamitage » de l’éducation prioritaire, on ne reconstruit pas la carte des ZEP, on est dans un dispositif où les moyens sont renforcés pour les établissements recevant les élèves confrontés aux plus grandes difficultés.

La constitution de réseaux marque une volonté de lier étroitement école et collège. Est-ce que les réseaux « ambition réussite » vont permettre un meilleur suivi des élèves et une prise en compte plus précoce des difficultés, en lecture par exemple ?

Une des préoccupations exprimées par le ministre est que ce dispositif permette de diagnostiquer le plus tôt possible d’éventuelles difficultés. C’est tout l’enjeu de l’évaluation au CE1 – et non plus en CE2 – comme à l’entrée en 6ème. Un suivi existe ainsi avant l’entrée en collège. En outre, les collèges « ambition réussite » verront leurs moyens renforcés ; l’accent sera mis sur le lien entre école et collège. En effet, 84 enseignants supplémentaires vont être affectés dans l’académie de Créteil aux collèges « ambition réussite », et parmi eux, certains seront issus du 1er degré. Ils travailleront sur le suivi de l’élève tout au long de sa scolarité et aideront les équipes pédagogiques. Concrètement, quatre professeurs expérimentés seront affectés dans chaque collège « ambition réussite » de notre académie, avec pour mission d’intervenir sur les parcours scolaires et sur l’articulation école-collège. Je souhaite pour ma part qu’un de ces quatre enseignants soit issu à chaque fois du 1er degré et qu’il soit tout particulièrement attentif à la maîtrise de la lecture.

Quel sera précisément le profil de ces enseignants et quelle sera leur mission ?

Le profil sera défini par le comité exécutif du réseau, composé des directeurs d’école et de l’équipe de direction du collège. Le groupe de pilotage se concertera aussi pour définir les missions de ces enseignants. Nous avons déjà rédigé un texte déclinant les différents types de missions qui pourront être retenues par le groupe de pilotage. Suite à ces propositions, ce sont les comités exécutifs eux-mêmes qui choisiront. Il pourra s’agir d’un travail sur la maîtrise de la langue, la liaison avec le premier degré, la coordination des assistants pédagogiques, la participation aux dispositifs école ouverte ou encore le soutien et le conseil aux jeunes enseignants. Mais encore une fois, tout dépend des besoins des établissements : un collège où sont présents des élèves non francophones pourra faire appel à un professeur ayant une qualification français langue seconde. Les profils pourront être affinés en fonction des demandes. Il faut noter toutefois que l’enseignant en mission gardera toujours un contact avec la classe, pour au moins la moitié de son temps, que ce soit devant les élèves ou dans le cadre des projets personnalisés de réussite éducative.

Ces enseignants bénéficieront-ils d’avantages pour l’avancement de carrière ?

La mission de ces enseignants expérimentés sera précisément évaluée. Elle fera notamment l’objet d’un suivi de la part des corps d’inspection. La qualité du travail effectué sera prise en compte dans la notation des enseignants, et donc dans leur avancement. Cela pourra se traduire par des promotions au grand choix et non plus seulement à l’ancienneté, et par un accès plus rapide à la hors-classe.

A côté de l’aide apportée dans les réseaux « ambition réussite » par les enseignants chevronnés, le plan du ministre prévoit aussi de soutenir les élèves les plus méritants des zones d’éducation prioritaire. Le plan prône en effet le développement des conventions avec les grandes écoles et -mesure très polémique- offre aux meilleurs élèves la possibilité de contourner la carte scolaire ….

Les conventions de l’académie de Créteil avec l’IEP, les universités de Paris-XIII et de Marne-la-Vallée, ou d’autres écoles telles que Supméca, vont bien évidemment se poursuivre et se renforcer. L’objectif de ces conventions est d’offrir des perspectives aux élèves, qui ne soient pas simplement dictées par un critère de proximité. Pour ce qui est de la carte scolaire, il faut tout d’abord noter que cette possibilité est ouverte aux élèves ayant obtenu une mention très bien au brevet des collèges. Elle ne concerne, à ce titre, qu’un nombre relativement limité d’élèves de l’académie de Créteil. J’insiste par ailleurs sur le fait qu’elle doit s’inscrire dans le cadre d’un projet personnel. Il ne s’agit pas de déroger pour déroger, mais de prendre en compte un véritable projet de formation. On ne saurait refuser à des élèves dont le travail et les résultats le justifient de poursuivre leur scolarité dans les établissements les plus appropriés. Les retenir contre leur gré ne constitue pas, me semble-t-il, une solution acceptable. Il faut faire en sorte qu’ils trouvent leur place dans l’établissement qui répond le mieux à leur attente en matière de formation et d’insertion future.