Félix Gaffiot, latiniste et épicurien

Avec son célèbre dictionnaire latin-français paru en 1934, Félix Gaffiot a bouleversé la science du latin. Professeur humaniste et exigeant, il a marqué l’entre-deux-guerres et continue, par son œuvre de référence récemment rééditée1, d’accompagner les nouvelles générations de latinistes.

« Il me reste à souhaiter que ce livre, devenant un auxiliaire des études latines, contribue pour sa part à la défense du latin que beaucoup de bons esprits s’obstinent à considérer comme un des plus précieux éléments de notre culture », écrivait Félix Gaffiot en février 1934 dans la préface de son dictionnaire. Sans doute, à cette époque, l’auteur était-il loin de se douter du succès à venir de son ouvrage dont les trois kilos continuent d’user, aujourd’hui encore, le fond de plus d’une musette étudiante. C’est un fait, le Gaffiot est au latin ce que le Bailly est au grec : un socle.

Le professeur polémiste

Félix Gaffiot est né en 1870 à Liesle, petit village de la vallée du Doubs, d’un père instituteur et secrétaire de mairie. Après l’école communale, il fréquente le lycée de Besançon où il mène de solides études et décroche un baccalauréat « sciences et lettres ». D’abord tenté par l’école polytechnique, il s’oriente finalement vers la licence de lettres. Il devient professeur, exerce au collège de Pont-à-Mousson tout en préparant une agrégation. Ainsi diplômé, il part enseigner la rhétorique au lycée du Puy d’abord, à celui de Clermont-Ferrand ensuite. Félix Gaffiot passe une douzaine d’années dans le Massif Central. Il y œuvre sans relâche à la rénovation de la grammaire latine dont il considère les règles comme « absolues et conventionnelles ». Dans une thèse traitant de l’apprentissage du latin qu’il soutient en 1906, le jeune enseignant polémiste dénonce sans détours ce qu’il nomme « l’orthodoxie arbitraire ». Ce travail lui permet d’accéder au titre de docteur ès lettres et lui vaut d’être appelé comme professeur à la Sorbonne. 

La rigueur de l’enseignement 

En 1910, Félix Gaffiot développe ses idées pédagogiques novatrices dans une « Méthode de langue latine » qui favorise le raisonnement à l’application stricte d’un code et dont le principe d’approche est de « partir du latin pour arriver au français ». Ainsi, dans l’avant-propos d’un autre ouvrage destiné à l’enseignement des jeunes filles2, Félix Gaffiot écrit à la même époque : « Il faut abandonner la conception du latin étudié pour lui-même par la grammaire et le thème : une telle étude qui ne répond plus aux besoins doit être réservée aux spécialistes. Il faut étudier le latin comme un moyen de formation intellectuelle, comme une discipline de l’esprit ». En 1914, Félix Gaffiot est appelé au front. Il laisse les bancs de la Sorbonne pour les boues de l’Argonne puis pour les lits du Val de Grâce… Quelques années plus tard, la librairie Hachette confie à l’enseignant la réalisation d’un dictionnaire. Et Félix Gaffiot de se lancer, en 1923, dans la rédaction de milliers de fiches. 

La leçon de vie 

En 1927 et contre toute attente, l’enseignant quitte Paris. En désaccord avec ses collègues de la Sorbonne, l’homme tourne le dos à une titularisation promise et prend la route de la faculté des lettres de Besançon où l’attend la chaire de latin. Élu doyen de la faculté par ses pairs, Félix Gaffiot fait de Besançon la meilleure faculté de province quant à son nombre de succès à l’agrégation de grammaire. Sans cesser de rédiger de nouvelles fiches pour son dictionnaire, le professeur rigoureux et adulé par ses étudiants vit en osmose avec sa Franche-Comté retrouvée. « Beaucoup d’entre nous ont gardé le souvenir de cet homme affable, aimant parler avec les anciens du village ; personnage pittoresque portant barbiche, panama et costumes clairs ; célibataire, radical affirmé, épicurien… », rappelait-on dans le bulletin municipal de Liesle, en 19893. Lorsque paraît enfin son dictionnaire colossal, en 1934, le « mousquetaire » comme certains le surnomment alors ne change rien à ses habitudes. Ni aux nombreuses réceptions qu’il aime improviser dans son chalet entouré de rosiers. La vie de Félix s’arrête en 1937, par accident, le jour même de sa retraite, dans la voiture d’une petite bande d’étudiants qui le conduit à une fête donnée en son honneur, dans un village voisin. La route du « Gaffiot », elle, continue bel et bien.


 


Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Le Grand Gaffiot, dictionnaire Latin-Français, nouvelle édition 2000 (parue en septembre 99 sous la direction de Pierre Flobert) 1720 pages, Hachette Education. Existe aussi en version de poche.
(2) Félix Gaffiot, “Pour faire la version latine“, second cycle, baccalauréat, enseignement des jeunes filles (1917)


(3) Merci à la mairie de Liesle pour son aimable collaboration.

Félix Gaffiot en 5 dates

1870 (27 septembre) : il naît à Liesle, dans le Doubs (Franche-Comté).
1906 : professeur agrégé de lettres, il devient docteur ès lettres et part enseigner à la Sorbonne.
1910 : il signe et publie sa « Méthode de langue latine ».
1934 : après onze années de rédaction, il achève et publie son fameux « Dictionnaire latin-français ».
1937 (2 novembre) : il décède à Besançon des suites d’un accident de la route.

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