Inspecteur de l’Education nationale : maîtriser la suractivité

Inspecteur de l’Education nationale chargé d’une circonscription de premier degré depuis 25 ans1 et membre du bureau national du syndicat de l’inspection de l’Education nationale2, Daniel Gauchon s’accomplit dans ses multiples responsabilités3 avec passion. Il fait ici la preuve d’une suractivité en partie maîtrisable.

En quoi le métier d’Inspecteur de l’Education nationale induit-il une suractivité ?

La suractivité de l’IEN est intimement liée à la multiplication de ses tâches. Un accroissement tel qu’il ne parvient plus à consacrer suffisamment de temps à sa mission fondamentale d’inspection des maîtres… Plusieurs rapports récents de l’Inspection Générale4 ont mis en évidence une augmentation des tâches dévolues à l’encadrement : intégration des enfants handicapés, dispositifs de formation des enseignants, introduction de nouvelles disciplines et de nouveaux outils, ouverture de l’école à différents partenaires, gestion des conflits… L’IEN, qui a le redoutable privilège d’exercer des responsabilités associant étroitement administration et pédagogie, court souvent après le temps.


Quels sont, à votre avis, les pièges à éviter ?

Le métier d’IEN est un métier que la plupart exercent avec passion. Cela peut conduire à vouloir assumer toujours plus de tâches, voire à devenir indispensable… Mais plus que la quantité de travail, c’est sans doute la sérénité dans laquelle il se déroule qui est importante et qu’il faut chercher à construire. Dans un métier où la dimension relationnelle est d’autant plus importante que la fonction comporte une part d’autorité, il est essentiel d’établir des relations ni trop amicales ni trop distantes et de fonder son action sur des principes et des valeurs reconnus par l’ensemble de la communauté éducative. L’inspecteur est forcément confronté à la nécessité de faire des choix dictés non pas uniquement par l’urgence du quotidien, mais par une stratégie cohérente. Il en va ainsi de dossiers dont le traitement administratif peut être simplifié, de réunions institutionnelles où la présence de tous les inspecteurs n’est pas indispensable, de réunions de travail avec les partenaires où l’équipe de circonscription peut être représentée par l’un de ses membres…


Précisément, dans quelles mesures est-il possible de déléguer ?

La structure n’est pas vraiment adaptée à ce mode de fonctionnement… et pourtant il n’y a pas d’autre solution, sauf à rester dans l’illusion de pouvoir tout maîtriser. Cette délégation de l’IEN peut s’exercer dans deux directions. D’une part en faisant confiance aux directeurs d’écoles : en limitant la quantité d’instructions données sous forme de notes de service, et en réduisant les enquêtes et demandes d’informations au strict nécessaire. D’autre part en assurant une répartition optimale de différentes missions au sein de l’équipe de circonscription, non pas sous la forme d’un transfert de responsabilité, mais d’une large autonomie dans le traitement de certains dossiers. Enfin, il est possible de développer le travail d’équipe des inspecteurs pour éviter que chacun au sein de sa circonscription n’ait à assumer une prise en charge totale de tous les dossiers. Le développement des missions à caractère départemental va dans ce sens ainsi que les initiatives collégiales prises pour gérer certains dossiers.


Mais l’IEN peut-il vraiment choisir ses tâches ?

Choisir ses tâches est un exercice très complexe car l’institution se montre en général incapable de définir des priorités dans les missions fixées à ses cadres. Comment choisir en effet entre la maîtrise de la langue nationale, l’enseignement des langues étrangères, le développement des activités scientifiques, l’utilisation des TICE, l’accueil des enfants handicapés, l’aide aux élèves en difficulté, la promotion des activités artistiques ou physiques (…) ? Il appartient donc à chaque inspecteur de se fixer un programme d’action tenant compte d’un grand nombre de facteurs : les orientations nationales, académiques et départementales, les besoins qu’il constate dans les écoles de sa circonscription, les ressources humaines dont il dispose et sans doute aussi les thèmes qu’il connaît bien ou auxquels il est davantage sensibilisé.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Daniel Gauchon est IEN à Pau (académie de Bordeaux), chargé de la mission TICE pour le département des Pyrénées-Atlantiques.
(2) Voir le site du SI.EN – UNSA. 
(3) Daniel Gauchon est en outre représentant du personnel au sein de la commission administrative paritaire nationale (CAPN) des inspecteurs de l’éducation nationale.
(4) Voir le rapport de l’Inspection Générale sur « Les tâches des inspecteurs territoriaux » publié en mars 2000. 

La suractivité de l’IEN est-elle une fatalité ?

Selon moi, la suractivité n’est pas une fatalité. Elle est souvent due à l’inspecteur lui-même et dans ce cas, elle résulte d’une absence ou d’une insuffisance de choix ! Volonté délibérée pour certains dans le but légitime d’accéder à une autre carrière, dévouement authentique pour d’autres ou réel sens du Service Public… L’inspecteur suractif se revendique rarement comme une victime. Même lorsqu’il exprime ses attentes pour améliorer ses conditions de travail.

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