Pierre Polivka : ‘ambition réussite’

Parmi les 33 mesures annoncées en matière d’éducation prioritaire1, figure la création de 249 réseaux « ambition réussite »2. Entretien avec Pierre Polivka, inspecteur général de l’éducation nationale, nommé au poste de délégué ministériel à l’enseignement prioritaire.

Peut-on dire que l’éducation prioritaire avait été oubliée et qu’il était temps de la « relancer » ?

Absolument ! L’éducation prioritaire a connu son heure de gloire mais s’est assoupie depuis quelque temps, notamment en raison d’une absence de pilotage national et d’une trop large extension. Dans certains départements, plus de la moitié des élèves sont scolarisés en ZEP, alors que dans d’autres – qui connaissent les mêmes difficultés sociales – ils ne sont que 15%. En bref, elle tend à perdre de sa pertinence. Les  » réseaux ambitions réussite » proposent justement de changer de logique, de passer d’un concept de territoire – les zones prioritaires – à celui de public. Il s’agit d’aller aider les élèves les plus en difficulté, où qu’ils se trouvent. C’est aussi le sens du mot « ambition » : la France a toujours eu une volonté forte de permettre à tous de réussir.

Quels sont les points-clés des mesures annoncées ?

Le premier est la continuité entre la maternelle, l’école primaire et le secondaire. Il est essentiel d’offrir aux élèves une continuité des apprentissages. De plus, les objectifs en termes de performances scolaires sont désormais clairement énoncés : en sortant du CP, tout élève doit savoir lire et en sortant du collège, il devra maîtriser le socle commun des connaissances. L’école se recentre donc sur ses missions fondamentales. C’est d’ailleurs dans ce sens que nous travaillons à un cahier des charges de formation des maîtres. Elaboré avec des cadres de l’éducation nationale, et en dialogue avec les fédérations et syndicats d’enseignants, il mettra l’accent sur les apprentissages fondamentaux, et particulièrement la maîtrise de la lecture et de l’écriture.

Sur le terrain, comment s’articule l’ensemble de ces mesures ?

Concrètement, on revient à un pilotage national soutenu par l’ensemble des corps d’inspection. Au niveau local, écoles et collèges des réseaux « ambitions réussite » travailleront conjointement sous la houlette d’un comité exécutif et sous le regard des corps d’inspection territoriaux. Un de mes rôles, outre de participer à la définition des objectifs pédagogiques, sera bien de contribuer à la mobilisation des corps d’inspection.

Votre mission consistera également à désigner les établissements EP32 destinés à sortir de l’éducation prioritaire. Que pensez-vous des objections faites par les syndicats sur ce point ?

D’abord, nous avons trois ans pour nous concentrer sur le sujet. Ensuite, la carte de ces EP3 se dessinera en fonction de critères sociaux et en tenant le plus grand compte de l’évolution de la sociologie urbaine comme rurale. En d’autres termes, il ne s’agit évidemment pas de pénaliser des équipes éducatives qui auraient réussi mais d’examiner l’évolution sociale des établissements. Je rajouterai qu’à l’origine, les ZEP visaient 5% de la population. Aujourd’hui, 25% relèvent de ce dispositif ! Il est donc temps de revisiter cette carte pour la rendre cohérente avec l’évolution de la société française. Et pour finir, la concentration des moyens sur les établissements EP1 ne se fera pas au détriment des collèges classés EP2 ou EP3. Ceux-ci conserveront les moyens qui étaient prévus pour la prochaine rentrée scolaire.

Syndicats et enseignants s’inquiètent aussi de la possibilité donnée aux élèves méritants de déroger à la carte scolaire ou encore de l’absence de concertation avec la politique de la ville. Que leur répondez-vous ?

Tout d’abord, les responsables de la politique de la ville travaillent en étroite collaboration avec le ministère de l’éducation nationale pour adapter les dispositifs à la relance de l’éducation prioritaire. Parallèlement, nous sommes en train de nouer des partenariats avec les collectivités locales et des associations pour travailler ensemble, notamment dans le cadre de l' »école ouverte »3.
Le souci de Gilles de Robien est de reconnaître le mérite et d’aider les élèves à poursuivre leur scolarité dans les meilleures conditions ! Il s’agit bien de faire redémarrer l’ascenseur social ! Le ministre veut concrètement montrer que la République s’intéresse à tous les élèves, et qu’elle a le devoir de contribuer à l’égalité des chances.


 


Propos recueillis par Cécile Desbois


 


 


(1) Les dossiers de presse peuvent être téléchargés sur le site du ministère.
(2) L’éducation nationale distingue désormais trois niveaux dans l’enseignement prioritaire : EP1, EP2 et EP3. Le niveau EP1 regroupant les 249 collèges et 1600 écoles repérés parmi les plus en difficulté seront aidés en priorité. Ces établissements forment les réseaux « ambition réussite » qui bénéficieront de moyens supplémentaires dont l’affectation, dès la rentrée 2006, de 1000 professeurs et de 3000 assistants pédagogiques supplémentaires. Le niveau EP2 rassemble les établissements caractérisés par une plus grande mixité sociale et destinés à rester dans l’éducation prioritaire. Le niveau EP3 concerne des collèges appelés à sortir progressivement de l’éducation prioritaire.
(3) Lancée en 1991, l’opération interministérielle « Ecole ouverte » consiste à ouvrir les collèges et les lycées pendant les vacances scolaires, ainsi que les mercredis et les samedis durant l’année scolaire, pour accueillir des enfants et des jeunes qui ne partent pas ou peu en vacances.

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