Eric Debarbieux : violence à l’école, pour une vision globale

Du 12 au 14 janvier s’est tenue à Bordeaux la 3ème Conférence mondiale sur la violence à l’école1, organisée par l’Observatoire européen de la violence scolaire2. Bilan et perspectives avec son directeur, Eric Debarbieux, sociologue et auteur de plusieurs ouvrages3.

Peut-on parler de la violence scolaire comme d’un phénomène mondial ?

Ce qui est incontestable, c’est que l’on dépasse, et de loin, le débat franco-français, et simpliste, qui oppose méthodes laxistes et « hyper-répressivité ». Après de premières études menées aux Etats-Unis dès 1983, la violence à l’école est devenue une préoccupation internationale depuis une quinzaine d’années. Si, dans certaines régions du monde, elle n’est pas le problème majeur de l’école, la mobilisation reste globale et les pays demandeurs d’échanges.

Quelles expériences, présentées lors de la conférence, vous ont semblé particulièrement intéressantes ?

Selon moi, la conférence a pointé une piste de recherche fondamentale qui repose sur l’impulsion Nord-Sud. Prenez la situation dans les pays africains ou sud-américains : malgré des conditions de travail précaires, les problèmes de violence scolaire sont rares au Burkina Faso, à Djibouti ou encore au Chili. Comment l’expliquer ? Par une école qui mise sur le capital social et humain – notamment les parents fortement impliqués – et qui s’ouvre plus largement sur la communauté. C’est ce que j’appelle une « protection routinière ».

Dans les pays où l’école subit des problèmes de violence, quelles méthodes ont été développées ?

Face à la situation, les pays occidentaux adoptent deux types de logique : les grands plans nationaux à la française ou une approche « terrain », typiquement anglo-saxonne. Je pense notamment à un programme de gestion de la colère chez l’enfant qui repose sur la réflexion et la mise en scène filmée. Cette démarche s’inspire d’une réalité : 80% des délinquants ont des difficultés de compréhension. Le programme a donc pris le pari, avec succès, de contrer la violence par le cognitif.

Comment l’école française peut-elle profiter de ces différents modèles ?

Outre le fait que l’école ne doit plus se couper de la communauté et de ses meilleurs alliés – les parents -, il faut informer. Informer sur les recherches actuelles qui croisent les disciplines – comme, par exemple, la criminologie, les sciences comportementales ou encore la sociologie – et les méthodes. Il faut aussi diffuser les études qui prouvent, par exemple, que l’instabilité des équipes éducatives est un facteur explicatif de la violence. Car comment créer une relation conviviale avec les élèves sans continuité du corps enseignant ? Se pose là le problème du contexte scolaire et du recrutement des enseignants.

Selon vous, aucune amélioration n’est possible sans une remise en question de leur formation ?

Absolument. Le travail d’équipe reste une des meilleures protections contre les violences à l’intérieur des établissements. Or, en France, la conception du métier d’enseignant va à l’encontre de cette évidence. Dans les IUFM, où règne la concurrence, l’ambiance donne plus dans la rivalité que dans la solidarité. On envoie ensuite ces débutants, non formés au travail de groupe, dans les établissements difficiles. Le drame d’Etampes est, à ce titre, un bien triste exemple de la solitude des enseignants… 

                                           Propos recueillis par Cécile Desbois


(1) http://www.ijvs.org, les actes de la Conférence seront mis en ligne dans les prochains mois.
(2) http://www.obsviolence.com. Créé en 1998, l’Observatoire européen de la violence scolaire est une ONG qui évalue le climat dans les établissements scolaires, mène des enquêtes comparatives, organise des séminaires et formations et propose des ressources.
(3) Dernier ouvrage paru : Eric Debarbieux, Violence à l’école : un défi mondial ?, Armand Colin, coll. Sociétales, 2006.

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