Jason Kamras : Enseignant américain de l’année

« Enseignant américain de l’année« , telle est la distinction conférée à Jason Kamras en avril 2005. Ce titre récompense chaque année un enseignant méritoire et contribue à valoriser l’image de la profession. Un exemple à méditer ?

A 31 ans, Jason Kamras est l’enseignant de l’année 2005. National Teacher of the Year, en version originale. Et force est de reconnaître que le parcours de l’homme est impressionnant. Né à New York City, il grandit sur la côte ouest, à Sacramento, Californie. Après avoir obtenu une maîtrise de la fameuse université de Princeton, il s’investit dans Teach for America1, une association à but non lucratif qui recrute « chaque année près de 2.000 diplômés d’universités » prestigieuses et leur propose de consacrer deux ans de leur carrière à l’enseignement dans des écoles de quartiers défavorisés. Jason est convaincu que « le fait que les élèves économiquement défavorisés n’aient qu’un accès limité aux écoles de haut niveau, disposant de moyens, est la plus grande injustice à laquelle l’Amérique doit faire face« . C’est dans ce cadre qu’il rejoint la John Philip Sousa Middle School, « une école à haut niveau de pauvreté« , dans le district de Washington, pour y enseigner les mathématiques. Et les résultats sont là. Les changements qu’il met en place dans l’enseignement des maths permettent de faire passer de 80% à 40% le nombre d’élèves avec un score en dessous de la moyenne au test Stanford 92.

La photo pour faciliter l’échange entre jeunes et adultes

A la fin de cette période de deux ans, Jason choisit de rester en poste à Sousa, à laquelle il ne fait une infidélité qu’en 1999-2000 pour aller suivre (et réussir) un 3ème cycle en enseignement à Harvard. Et pendant cette année où il redevient étudiant, il invente un programme qu’il va mettre en œuvre dès son retour à Sousa : EXPOSE3. « C’est un programme de photographie numérique, pour les élèves de 7ème et 8ème4« , explique-t-il. Avec pour objectif de faire se découvrir adultes et jeunes. « Nous avons amené des étudiants sur le terrain pour qu’ils découvrent la ville, et ces mêmes élèves, grâce à la photo numérique, ont pu créer des autobiographies en images et les partager avec un public plus large« . Cela a permis de créer un « échange au sein de la ville« . Mais il ne perd pas de vue sa matière de prédilection et il voit dans EXPOSE « un bon moyen d’enseigner les mathématiques » : « quand on parle d’angle de vue, c’est de la géométrie. Les vitesses d’obturation sont des comparaisons de fractions. Et les pixels par pouce sont des ratios !« .

La consécration

Le parcours de Jason le destinait tout naturellement à être reconnu par ses pairs. Il est tout d’abord promu Enseignant de l’état du district de Columbia, sur la base de nominations proposées par les étudiants, les professeurs, les principaux et les responsables de district. Le Council of Chief State School Officers5 sélectionne ensuite les finalistes parmi les candidats. Chacun d’entre eux est auditionné et Jon Quam, directeur du programme « National Teacher of the Year6« , nous confie que « Jason a été choisi, parmi trois autres finalistes, en raison de son dévouement envers les élèves d’écoles qui manquent de ressources financières et éducatives et de sa grande connaissance des problèmes d’éducation« .

Chaque année, en avril, l’Enseignant de l’année est présenté à la nation par le Président des Etats-Unis. Plusieurs programmes similaires existent outre-Atlantique mais le « National Teacher of the Year » est le plus ancien, créé en 1952. Comme tous les lauréats, Jason, dès sa nomination, a été relevé, pendant un an, de toutes ses obligations professionnelles. Il a consacré ces douze mois à voyager, aux USA et à l’international, en tant que porte-parole du corps enseignant. « J’ai donné près de 75 conférences, participé à des commissions et rencontré des élèves et des professeurs dans tout le pays« . Alors que cette fonction de représentation se termine bientôt, Jason en tire un premier bilan : « j’ai une meilleure compréhension des problèmes que rencontre le système éducatif de notre pays. Ce qui me permettra d’être un meilleur défenseur des intérêts de mes élèves« . Avant de retourner enseigner à Sousa la rentrée prochaine. « Mes étudiants me manquent tellement ! »


 


Stéphane Hérès


 


 


(1) Partenariat entre public et privé, Teach for America lutte contre les inégalités en matière d’enseignement, jugées « plus grandes que dans la plupart des autres nations industrialisées » et explique que « les enfants de 9 ans issus de milieux défavorisés ont trois ans de retard par rapport aux jeunes de leur âge mais de milieu aisé et ont sept fois moins de chances de terminer leur lycée avec un diplôme en poche »


(2) Batterie de tests utilisés aujourd’hui pour juger de la qualité des professeurs. Ces tests sont à l’heure actuelle très controversés.


(3) http://www.exposeprogram.org


(4) Les 7ème et 8ème grades correspondent à des élèves âgés de 13 et 14 ans.


(5) Le CCSSO est une organisation qui regroupe, à l’échelle du pays, les responsables des départements d’éducation élémentaire et secondaire de chaque état.


(6) http://www.ccsso.org/projects/national_teacher_of_the_year


 

Jason Kamras en 5 dates

1974 : Naissance de Jason à New York City


1995 : Diplôme de l’Université de Princeton


1996 : Commence à enseigner les maths à John Philip Sousa Middle School à des élèves de 12 ans


1999 : Invente le programme EXPOSE


2005 : Elu « National Teacher of the Year »

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