Professeur principal, pivot de l’orientation. 5 questions à Laurent Moretti

Professeur principal depuis huit ans, Laurent Moretti1 croit fermement en l’importance de cette fonction. Suivi et orientation des élèves, liaison avec les parents, les collègues, l’administration… L’enseignant nous dit comment mener à bien les différentes tâches d’une mission complexe2.

En quoi la fonction de professeur principal engendre-t-elle un surcroît de travail ?

Au lycée et particulièrement en classe de seconde3, le professeur principal a un grand rôle à jouer dans l’orientation des élèves. Pour ma part, j’accorde beaucoup de temps aux relations avec les parents. Cela fait plusieurs années que je les invite systématiquement à venir chercher eux-mêmes le bulletin scolaire de leur enfant à l’issue du premier conseil de classe de l’année. A cette occasion, je les reçois, un à un, pour évoquer le travail de leur enfant. J’investis également beaucoup de mon temps dans les rapports avec les élèves qui sont encore bien jeunes lorsqu’ils arrivent au lycée. J’essaie autant que possible d’être attentif à chacun et de ne pas les considérer simplement comme un seul “groupe classe”. Je dépense enfin pas mal d’énergie à entretenir des relations efficaces avec l’administration et les CPE qui sont nos partenaires dans la gestion des absences, l’application des sanctions etc.

Sur quelles tâches est-il, selon vous, possible de gagner du temps ?

Personnellement, je me sers beaucoup de l’ordinateur. J’ai remplacé l’ancien cahier de doléances par un fichier informatique. Je dresse une sorte de bilan comptable hebdomadaire pour chaque élève de ma classe : absences, observations des CPE, remarques diverses… Je saisis tout et très rapidement sur un simple tableur, chez moi ou au lycée, dès que l’occasion se présente. Ainsi, au moment des conseils de classe (lire aussi la question encadrée, ndlr), je dispose d’éléments fiables et objectifs qui me permettent d’argumenter mes décisions. Au quotidien, pour me tenir informé des problèmes qui pourraient m’échapper, je m’appuie également sur les délégués de classe. A titre d’exemple, ces derniers m’ont récemment averti d’un manque de salle pour leurs heures de permanence. Une fois mis au courant, j’ai pu rapidement résoudre le problème avec l’administration. J’essaie également de profiter de l’heure de vie de classe4 pour désamorcer certains conflits (mêlant éventuellement les professeurs des autres matières) qui pourraient rapidement dégénérer et entraver la progression de la classe.

Quelles sont précisément les erreurs à ne pas commettre pour éviter de trop se disperser ?

Si je pense qu’il faut savoir perdre du temps intelligemment (comme passer une heure au téléphone le soir, avec un parent d’élève pour lui expliquer que les professeurs apprécient beaucoup sa fille mais qu’elle n’a pas les capacités pour passer en première S), je crois aussi qu’il ne faut pas tomber dans certains excès. Je ne vois pas l’intérêt de se borner à organiser l’heure de vie de classe tous les mois, ou à convoquer l’équipe pédagogique à date fixe sans motif particulier, juste pour le plaisir de faire des tours de table. D’autre part, s’il peut être utile de connaître le contexte de vie de certains jeunes pour mieux comprendre leurs difficultés, il ne faut pas non plus en faire une marotte. Il ne s’agit pas de consulter les blogs de ses élèves sous prétexte de mieux les cerner, comme je l’ai vu faire ! Enfin, un professeur principal qui ne veut pas se laisser déborder doit savoir être ferme sur les questions d’orientation, avec les parents comme avec son administration.

Cette fonction peut-elle simplifier la mission d’enseignant ?

Oui, je le pense vraiment. Par la relation privilégiée qu’il peut entretenir avec ses élèves, le professeur principal est celui qui a la connaissance la plus complète et la plus juste de sa classe. Parce qu’il connaît la situation de chaque enfant, il comprend mieux les échecs, les crises, sait avec qui être indulgent, avec qui être vigilant… C’est autant de temps de gagné et autant de culpabilité à s’épargner ! Moi qui suis le contraire d’un homme patient, le climat de confiance que cette fonction m’autorise à instaurer dans ma classe dès le début de l’année me permet d’enseigner sereinement au fil des trimestres.


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve




(1) Laurent Moretti est professeur de français au lycée Beau-Site de Nice (lycée d’enseignement général, professionnel et technologique). Il exerce ses fonctions de professeur principal dans une classe de seconde indéterminée.
(2) Le rôle du professeur principal dans les collèges et les lycées est défini dans la circulaire n°93-087 du 21 janvier 1993.
(3) Le passage des élèves de seconde en classe supérieure ne peut être obtenu sans l’accord du professeur principal alors que le passage des élèves de première en terminale est induit (le professeur principal se ”contente” de donner son avis).
(4) Instaurées par le ministère en 1999, les heures de vie de classe visent à entretenir le dialogue entre les élèves et leur professeur principal. Voir le B.O. n° 21 du 27 mai 1999. 

Comment aborder les conseils de classe?

J’imprime et je consulte tous les bulletins scolaires, dès lors qu’ils sont disponibles sur notre système informatique, soit à peu près deux heures avant la séance. Avec mes propres notes, j’établis des pré-bilans et je liste les cas qui demandent à être discutés de manière collégiale. En cours de conseil, j’essaie de poser les questions qui vont amener des réponses constructives et non déboucher sur des bilans subjectifs. Ainsi je m’interdis absolument le fameux : « et toi, qu’est-ce que tu penses de cet élève ? »

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