Au départ, la langue française était son sujet d’étude. Au fil du temps, c’est devenu son combat. Nicole Koulayan se définit elle-même comme une « militante de la francophonie » et assure qu’il faut « mener une lutte de tous les jours » pour maintenir la place du français dans le monde. Dans ce combat, elle a choisi deux champs de bataille : les écoles et internet. C’est là qu’intervient l’association Mosaïque du monde qu’elle préside depuis sa création en 1998.

Au commencement du projet, une rencontre. D’un côté, l’universitaire travaille sur ce que l’on ne nomme pas encore la fracture numérique et s’intéresse à ceux qu’elle désigne comme les « oubliés de la connexion ». Parallèlement, ailleurs en France, un trio de jeunes gens mobilise toute sa force de conviction pour mettre sur pied un projet de création de salles multimédia dans des écoles d’Afrique. Ils veulent récupérer des ordinateurs en France et les déployer dans des salles de classe en Afrique tout en assurant la formation des enseignants locaux. Ce projet (les fruits du baobab2) verra le jour en 1997/98. Ces trois jeunes Français et l’universitaire se rencontrent lors d’un colloque préparatoire au sommet francophone de Moncton (Canada). « Nous avons immédiatement sympathisé », se souvient Nicole Koulayan.

5 000 enseignants formés à travers le monde francophone

De ce premier projet naîtra Mosaïque du monde. Sept ans plus tard, l’association intervient dans une quinzaine de pays. Elle a formé environ 700 enseignants et donné à 5 000 d’écoliers l’occasion d’accéder à internet. Plus que de technologie, Nicole Koulayan se préoccupe de communication et d’échanges en français. Cette langue qui « transmet une culture, une histoire, des valeurs » est au centre de toutes ses attentions. Pour affirmer la supériorité de la langue française face à ce « sabir anglophone qui gagne du terrain », elle se réfère à l’un des pères fondateurs de la Francophonie, Léopold Sedar Senghor qui constatait : « Dans les décombres de la colonisation, nous avons découvert cet outil merveilleux : la langue française ».

Les nouvelles technologies pour armes


 


La révélation francophone de Nicole Koulayan aura lieu à Alexandrie en Egypte. Nommée attachée linguistique dans cette ville en 1991, elle y découvre à la fois la francophonie de la rue (« le livreur de légumes ou le boucher savaient parler français pour l’avoir appris dans les nombreuses écoles bilingues »), celle des élites à travers l’université Senghor qui ouvre ses portes et accueille des étudiants venus de tout le monde francophone. A cette époque, les premiers échos d’internet se faufilent hors des laboratoires spécialisés. Nicole Koulayan se forme à ces nouveaux outils et comprend immédiatement qu’il existe là un vecteur formidable pour favoriser le dialogue des cultures et la diffusion de la langue française.

De retour en France en 1994, elle est convaincue qu’il existe un combat essentiel à mener et que les armes en sont les nouvelles technologies. Le petit peuple, encore francophone, d’Alexandrie lui a indiqué la voie : c’est à l’école qu’il faut intervenir. La ligne directrice de Mosaïque du monde est posée.

Aujourd’hui, après sept ans d’activité les projets ne manquent pas : création d’un centre multimédia à Dakar au sein de l’Empire des enfants, un cinéma désaffecté transformé en centre d’accueil pour les enfants des rues ; participation à la création de la Maison du logiciel libre et des nouvelles technologies à Paris ; et puis toujours l’équipement multimédia d’écoles primaires et secondaires dans le monde francophone et la mise en réseau des élèves du Nord et du Sud.


 


Philippe d’Orves


 


(1) Le site de Mosaïque du monde
(2) Le site du projet « les fruits du baobab »