La précarité des non-titulaires : quelle issue ?

Depuis plus d’un an, Matthias, professeur non-titulaire d’histoire-géographie1, lutte au sein du Collectif 33 des précaires de l’éducation nationale2 pour défendre son droit, et celui de ses pairs, à enseigner dignement. Il dénonce notamment son reclassement en vacataire.

Des différentes catégories d’enseignants non-titulaires3, laquelle est la plus exposée à la précarité ?

Celle à laquelle j’appartiens actuellement, à mes dépens : les vacataires. Nous sommes limités à des missions de deux cents heures annuelles d’enseignement (soit un trimestre), sans aucune garantie de réemploi. Nous ne bénéficions ni d’indemnités de chômage, ni de congés payés. Nous sommes perçus par notre administration comme du personnel très flexible et prêt à tout pour enseigner. Ce qui nous vaut d’être parachutés sur des postes de quelques semaines dans des conditions qui ne sont satisfaisantes ni pour nous, ni pour les élèves. Les contractuels sont un peu mieux « logés » dans la mesure où ils bénéficient de certains avantages sociaux. Mais, depuis un an, les rectorats (qui gèrent seuls les listes des titulaires remplaçants et des contractuels) semblent préférer envoyer deux, voire trois vacataires successifs sur un poste censé revenir à un contractuel.

Dans ces conditions, faut-il encore, selon-vous, accepter les vacations ?

Nous sommes pris dans un engrenage dont il est difficile de s’extraire, coincés entre le désir d’enseigner, de poursuivre une expérience en construction et celui de ne plus adhérer à un système pervers. Pour ma part, j’ai accepté ma première vacation, il y a cinq ans, alors que j’étais encore étudiant. Il était commode, pour moi, de préparer ma thèse tout en goûtant au métier d’enseignant. Mes deux cents heures de vacations terminées dans un premier collège, le rectorat m’a proposé un contrat à temps plein dans un lycée jusqu’aux vacances scolaires. Puis un autre, dès la rentrée, en tant que professeur principal dans un collège. Et encore un autre l’année suivante. Pendant cette période, j’ai été inspecté, évalué par les chefs d’établissement, désigné à plusieurs reprises pour effectuer des corrections de brevet, j’ai suivi des formations ponctuelles en IUFM… Tout indiquait que j’étais sur la route de la titularisation, comme nombre de contractuels recrutés au début des années 2000, quand on m’a informé que, désormais, seules des vacations me seraient proposées.

De quels moyens disposent actuellement les contractuels et les vacataires pour accéder à la titularisation?

Pour l’heure, seule la réussite aux concours du CAPES peut garantir la titularisation. L’expérience n’est pas prise en compte et rien n’est organisé non plus pour permettre aux vacataires et contractuels de se préparer correctement aux épreuves. Dès qu’ils ont effectué trois vacations de plus de cent heures chacune (échelonnées, en général, sur trois années scolaires), les non-titulaires ont la possibilité de se présenter au concours interne du CAPES. Mais devant l’augmentation fulgurante du nombre de candidats aux épreuves écrites et, de fait, l’élévation du niveau requis, certains d’entre nous préfèrent encore se présenter au concours externe… Mais lorsque l’on enseigne déjà depuis quatre ou cinq ans, il est difficile de se remettre dans la logique des concours. C’est pourquoi nous réclamons un plan de titularisation comme cela a été mis en place, dans le passé, pour d’autres « familles » de personnels non-titulaires.

Qu’est ce qui, malgré tout, vous donne envie de continuer dans cette voie ?

Mais j’aime enseigner ! J’ai pu juger de mes aptitudes sur le terrain en collège et en lycée dans des conditions d’enseignement pas toujours évidentes. Je pense notamment à la fois où il m’a fallu reprendre en main les élèves d’une classe de terminale littéraire à quelques semaines de l’épreuve du baccalauréat et tout mettre en œuvre pour qu’ils ne paient pas trop cher l’absence de leur professeur attitré ! Ensuite, si mon expérience n’est pas reconnue par mon administration, elle l’est encore moins par l’ANPE : tout ce que j’ai pu faire dans l’éducation nationale ne vaut rien au-dehors ! On ne peut rien me proposer d’autre que de m’inciter à me rapprocher d’associations, de structures privées, ou encore d’organismes dépendant de collectivités territoriales… Mais dans la matière que j’enseigne, il y a peu d’offres.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve



 


(1) Qui a préféré garder l’anonymat dans le cadre cette interview.
(2) le site web du Collectif 
(3) Textes officiels relatifs aux agents vacataires : décret n°89-497 du 12 juillet 1989 et circulaire n°89-320 du 18 octobre 1989, aux agents non-titulaires : décret n°86-83 du 17 janvier 1986 modifié et circulaire n°89-320 du 18 octobre 1989.
(4) Paris, Créteil, Versailles, Nice, Toulouse, Rennes, Pau (…) des collectifs de précaires de l’Education Nationale sont actifs dans plusieurs grandes villes. Côté syndicats, voir la page Snes consacrée aux non-titulaires.

Que faire entre deux postes ?

Personnellement, je vis actuellement des allocations chômage auxquelles mes anciens contrats me donnent encore droit pour quelques temps. Bien sûr j’essaie d’utiliser le temps qui ponctue mes vacations pour préparer les concours, même s’il n’est pas facile de rester motivé. D’une manière générale, je conseillerais aux non-titulaires de se rapprocher de collectifs comme le nôtre4 avant d’être dans une situation trop critique. Même si nous n’avons pas droit à la même écoute que les syndicats auprès du rectorat et si nous ne faisons pas de « clientélisme« , nous pouvons défendre certains cas particulièrement désespérés.

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