Olivier Archambeau, la géographie en image

Comment enseigner la géographie aujourd’hui ? « Par l’image ! » répond Olivier Archambeau, professeur à Paris VIII, qui, depuis plusieurs années, filme la planète sous tous ses angles. Sa passion nourrit son enseignement : il organise des expéditions avec ses étudiants et propose des cours sur les systèmes d’observation.

Ici, des vignobles révèlent l’étonnante agriculture de la Géorgie. Là, des villes envahies par la végétation témoignent du passé colonial au Congo. Ces clichés, pris lors d’une expédition ou par satellite, témoignent de cette « vérité terrain » qu’Olivier Archambeau revendique comme point de départ d’une réflexion géographique. « L’enseignement de cette discipline n’a pas su prendre en compte les enjeux contemporains, écologie et aménagement du territoire en tête. Il serait dommage qu’elle manque aussi la révolution numérique ! ».

« Apprendre à regarder » (Albert Khan)

Au cours de sa thèse sur les images satellites et les échelles d’observation, ses recherches le mènent aux autochromes1 réunis par Albert Khan2 . « Sa démarche reposait sur l’utilisation des meilleures techniques pour ramener le monde dans une boîte », résume-t-il. Il se lance sur les traces des géographes photographes dépêchés par le mécène. Le défi ? Retrouver les lieux immortalisés hier, à l’aide des outils actuels : images satellites et ULM pour les prises de vue aériennes. Deux ans plus tard et 160.000 kilomètres plus loin, il revient avec des films, des photographies et la conviction que l’image est un ressort essentiel de la géographie moderne.

Penser une discipline d’aujourd’hui

Cette approche, avant-gardiste, devient le leitmotiv des explorations suivantes et des cours donnés par Olivier. Professeur à Paris VIII, il axe son enseignement autour des « Expéditions géographiques et méthodes de terrain » et des « Nouvelles technologies pour informer et communiquer ». « La géographie doit être une discipline du raisonnement », assure-t-il. Car, en palliant l’absence de statistiques, en défrichant les questions géographiques d’un paysage, « l’analyse d’une image donne aux élèves une intelligence pratique ». Au sein du Pôle Image qu’il crée à Paris VIII, chercheurs et étudiants collaborent pour produire des films pédagogiques. Du Canal de Bourgogne3 jusqu’au Nil4, les équipes enquêtent sur le terrain et transmettent par l’image les problématiques des lieux. Récemment, le Pôle a participé à un appel d’offre européen, « pour lequel nous avons organisé une expédition réunissant étudiants roumains, français et espagnols ». Un projet d’envergure qui reflète l’investissement des étudiants, « autre intérêt pédagogique » souligne avec enthousiasme l’enseignant.

Envisager demain

Déterminé à inscrire sa discipline dans l’air du temps, Olivier multiplie les initiatives à la croisée de la géographie et de l’image. Le Pôle Images cherche ainsi à diffuser ses documentaires à la télévision, et envisage des coproductions avec des lycées. En marge de ses cours, Olivier officie comme chargé de mission pour l’Université Numérique Francophone Mondiale6. Ce réseau développe un programme de formation par visio-conférences à destination des pays pauvres. Egalement vice-président de la Société des Explorateurs Français7, il continue de parcourir le monde, d’en enregistrer ses paysages. Prochain périple ? Venise-Vladivostok par les mers et rivières…


 


Cécile Desbois



 


(1) Diapositives couleur fixées sur une plaque de verre
(2) Banquier, philanthrope et mécène anthropologue, Albert Kahn finança des reportages photographiques dans cinquante pays. Son objectif : constituer une bibliothèque d’images pour fixer « des aspects, des pratiques et des modes de l’activité humaine dont la disparition fatale n’est plus qu’une question de temps ». Ces archives contiennent 72 000 autochromes et 170 000 mètres de films.
(3) Archambeau O., Le canal de Bourgogne, EGF Production et Université Paris VIII, 2001.
(4) O. Archambeau et H. Ayeb, Sur les bords du Nil – L’eau en partage, EGF Production, 2003.
(5) H. et O. Archambeau, 600 jours de route – Une aventure géographique, EGF Editions, 2002.


(6) Le but de l’Université est de « mettre à profit les nouvelles technologies de l’information et de la communication pour donner au plus grand nombre un accès plus direct à une éducation de qualité, à une éducation continue dans les pays francophones d’Afrique d’abord, d’Asie et d’Amérique ensuite« .
(7) Fondée en 1937 par un groupe de jeunes explorateurs (dont Paul-Emile Victor), la Société des Explorateurs Français accueille, notamment, « les grands voyageurs qui contribuent à la connaissance des régions mal connues de la Terre« .

Olivier Archambeau en 5 dates

1990-1991 : réalise un tour du monde avec son frère Hervé et Denis Gittard
1997 : obtient sa thèse en géographie
2002 : publie « 600 jours de route – Une aventure géographique5″, carnet de bord de son tour du monde
2004 : crée le Pôle Image à Paris VIII
2005 : participe au lancement de l’Université numérique francophone mondiale

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