Qu’est-ce qui vous a amené à utiliser le cahier d’expériences ?

J’ai troqué le traditionnel classeur de sciences contre le cahier d’expériences pour aider l’élève à devenir l’acteur de son apprentissage en sciences. Avant d’y inscrire le résultat de la classe, c’est le déroulement de sa propre réflexion que l’enfant va consigner dans son cahier. Il ne s’agit pas de lui demander de tout redécouvrir par lui-même, mais de mettre en place des situations qui vont l’amener à s’interroger, à faire usage des connaissances dont il dispose déjà pour créer un cheminement vers les nouvelles acquisitions.

Concrètement, comment se déroule un cours ?

Si, par exemple, la leçon porte sur la rotation de la terre et sur le phénomène jour – nuit, au lieu de dire aux élèves que la terre tourne sur elle-même, de droite à gauche et en 24 heures, je leur lance un défi : mettre une sphère sur un petit support, et éclairer simultanément deux points diamétralement opposés de la sphère, avec une seule source de lumière. Très vite, ils se rendent compte que c’est impossible et que si l’un est éclairé, l’autre est dans l’ombre. C’est à partir de là que je fais le lien avec le phénomène jour – nuit, en amenant les enfants à comprendre que si les points sont alternativement dans la lumière, c’est qu’il y a un mouvement de rotation. Chacun consigne le résultat de ses expériences, à sa façon, dans son cahier et quand ce temps est écoulé nous procédons à un bilan commun. Un débat, très riche, s’instaure et la leçon traditionnelle ne vient qu’après.

Une telle méthode implique un important travail d’écriture de la part des enfants. Cela ne pénalise-t-il pas un peu plus les enfants en difficulté ?

Bien au contraire ! Elle leur permet de se libérer et d’oser écrire. Le cahier d’expérience est un espace de liberté très fort, qui ne sera pas noté, que chacun peut illustrer et décorer comme il en a envie et où chacun peut écrire avec ses mots. C’est d’ailleurs par ce cahier que j’arrive le mieux à connaître mes élèves. Et, d’une manière plus générale, l’ambiance dans la classe change très rapidement. Après quelques semaines, des élèves qui ne se supportaient pas au début de l’année se posent des questions et travaillent ensemble.

Comment faites-vous si votre idée de départ ne suscite pas de questions chez les enfants ?

Cela n’arrive jamais. Dans le pire des cas, il suffit de la reformuler légèrement. Car l’enfant dispose d’une incroyable faculté d’émerveillement et de questionnement. Il y a un âge où il ne cesse de vous demander pourquoi, pourquoi, pourquoi… Il vous pose alors des questions sensationnelles. Il suffit d’entretenir cette tendance. Simplement, en plus d’amener l’élève à continuer de se poser des questions, il faut l’inciter à essayer d’y répondre par lui-même.


 


Propos recueillis par Patrick Lallemant