Remplacements : les chefs d’établissement temporisent

En première ligne pour la mise en œuvre du nouveau dispositif concernant les remplacements de courte durée, les chefs d’établissement ne tentent pas de passer en force. Ceux que nous avons interrogés refusent de se hâter pour mettre en œuvre les protocoles prévus par le ministère.

Ce principal d’un collège de la région parisienne a fait ses comptes : « Il y a 40 enseignants dans mon établissement et 40 signatures au bas de la pétition lancée par les syndicats pour protester contre le décret du ministère concernant les remplacements de courte durée. Pourtant, quand j’interroge les profs individuellement, au moins une dizaine d’entre eux me disent qu’ils sont prêts à effectuer de tels remplacements ».

Ce constat, nombre de chefs d’établissement l’ont fait et rares sont ceux qui ont présenté le protocole régissant ces remplacements au cours du premier Cnseil d’administration de leur collège ou de leur lycée, comme le réclamait initialement le ministère. Ils jugent en effet que la question cristallisait trop de passions en ce début d’année scolaire.

« Le ministre a abordé la question de la plus mauvaise manière et au plus mauvais moment », estime Michel Richard du SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l’Education nationale). « Il l’a fait au début d’une année électorale avec les élections pour les instances paritaires prévues le 6 décembre1 prochain, ce qui a provoqué une surenchère syndicale », explique-t-il.

Des marges de manœuvre très limitées

Avec le recul que lui procure une année de retraite, Monique Hervieu, ne comprend pas l’empressement du ministère. « Les remplacements de courte durée ont toujours eu lieu, soit sous forme d’échange d’heures entre profs, soit des remplacements rémunérés dans la limites des budgets qui nous étaient alloués ». Pour elle, imposer un système de remplacement de manière autoritaire « serait le meilleur moyen d’allumer une guerre dans chaque établissement ».

Dans le collège d’André Canvel, à Choisy-le-Roi dans le Val-de-Marne, les marges de manœuvre sont très limitées : il lui faut jongler entre les disciplines « excédentaires2«  pour lesquelles le rectorat interdit les heures supplémentaires (histoire-géo, français, EPS, langues vivantes) et le nombre de profs acceptant d’effectuer des remplacements. Contrainte supplémentaire : il faudrait que les remplacements puissent être assurés par un autre prof de la même classe (qui connaît déjà les élèves) ou par un autre prof enseignant la même discipline. « Si on sort de ce schéma, on fait effectivement de la garderie« , assure Michel Richard du SNPDEN.

Le ministère ayant finalement expliqué que les enseignants refusant d’effectuer les remplacements n’encouraient aucune sanction (ce ne sera pas considéré comme un service non fait), les chefs d’établissement se voient sommés de mettre en œuvre un dispositif qu’il n’auront que peu de moyens de faire appliquer. Si ce n’est de compter sur leur force de persuasion….

Philippe d’Orves


(1) Comme tous les trois ans, les personnels d’éducation et d’enseignement élisent leurs représentants au sein des commissions administratives paritaires académiques et nationales.

(2)  Un professeur qui enseigne dans une discipline excédentaire (le caractère excédentaire étant apprécié au niveau de l’académie) ne peut pas effectuer d’heures supplémentaires dans sa propre matière.

Partagez l'article

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.