Olivier Jospin : la politique de l’action après l’action politique

A l’école de la 2e chance en Seine-Saint-Denis, Olivier Jospin (frère de Lionel) est parvenu à mettre en œuvre un dispositif destiné à « ceux qui ont raté l’école ou que l’école a ratés« . Une réussite qui ne doit rien au hasard mais à des années d’expérimentation en matière d’innovations pédagogiques.

Au début, l’idée de parler d’un « parcours d’exception » suscite la réserve. « Ce doit être un vieux fond protestant », s’excuse-t-il presque. Tout au long de la conversation le ton restera très retenu même si la passion perce sous les mots toujours choisis avec soin. Et au fil de la discussion, les images apparemment éparses d’une vie se mettent en place pour donner une cohérence.

Olivier Jospin, 62 ans, fut successivement (et parfois simultanément) international junior de basket, coopérant en Afrique, éducateur spécialisé, enseignant d’éducation physique, formateur auprès de la CCI (Chambre de commerce et d’industrie) de Paris, militant trotskyste, directeur de différentes structures de formation, avant de créer en 2002 l’école de la 2e chance en Seine-Saint-Denis.

Au départ, l’objectif de l’école de la 2e chance a des allures de défi insurmontable : offrir à des jeunes adultes sortis du système scolaire sans diplôme ni qualification l’opportunité d’une insertion sociale et professionnelle. Olivier Jospin cherche alors la personne la plus à même de mener à bien le projet. Après trois décennies de carrière dans le monde de la formation professionnelle, son carnet d’adresses devrait faire merveille. Il n’aura pas à chercher très loin : « je me suis dit : pourquoi pas moi ?« 

Et l’homme d’égrener les trois raisons qui l’ont poussé à se lancer dans l’aventure. « D’abord, essayer de trouver une solution aux problèmes sociaux et humains auxquels sont confrontés les exclus du système scolaire, c’est une façon de continuer à militer. Ensuite, il existait un espace de liberté pour créer, innover et monter cette structure à partir de rien en ayant carte blanche. Enfin, mon expérience m’avait montré que si l’on se penche sur la question de l’évolution des métiers, on peut parvenir à une meilleure adéquation emploi/formation ».

Un système qui désamorce la violence

Pour monter ce projet, aujourd’hui considéré comme un succès, Olivier Jospin tire les enseignements d’une longue carrière de formateur passée à multiplier les remises en cause et les innovations pédagogiques. Dans un centre de formation par l’apprentissage qu’il a dirigé auparavant, il a initié la réalisation d’un inventaire des compétences et aptitudes nécessaires pour un jeune de 16 ans sur le point d’entrer dans le monde du travail. Le résultat a ensuite été comparé avec le contenu de l’enseignement délivré. Bilan : « la conclusion a été terrifiante, notre enseignement nous permettait d’agir sur seulement 20% des éléments relevés dans notre inventaire ». Immédiatement, avec l’équipe pédagogique, il décide de dédier une journée par semaine au travail sur les 80% oubliés par l’enseignement classique, à charge pour les profs de boucler tout de même le programme. « Comme on a utilisé ce temps dégagé pour travailler notamment sur la motivation, la confiance en soi, la recherche d’informations, la capacité à travailler en équipe, au final l’heure « perdue » dans chaque matière a été un investissement très fructueux ».

Aujourd’hui, nombre des expérimentations effectuées au fil des années par Olivier Jospin ont trouvé leur place dans le programme de l’école de la 2e chance. L’acquisition des connaissances s’effectue de manière totalement individualisée. Ici, pas de cours. S’il y a un enseignant pour 15 élèves, à chacun son programme personnel. « C’est un système qui désamorce la violence car on ne se met pas en situation de conflit », assure Olivier Jospin. « Par exemple, chez nous, le silence n’est pas obligatoire dans les salles de classe et pourtant on se croirait dans un monastère ».

Aujourd’hui sur le point de quitter ses fonctions à la tête des trois sites de l’école de la 2e chance de Seine-Saint-Denis pour prendre en charge le développement d’autres écoles du même type dans la région parisienne, Olivier Jospin parle de « son » école comme d’un « projet abouti ». Et si son regard se porte en arrière vers les « 20 années d’engagement politique [au sein de l’OCI, Organisation communiste internationaliste] et syndical, je crois que j’ai eu une volonté très forte de réaliser à petite échelle, les réformes (pas la révolution!), dans lesquelles j’avais perdu espoir à une autre échelle ».


 


Philippe d’Orves



Pour en savoir plus :
Ecole de la 2e chance de Seine-Saint-Denis 
Ecole de la 2e chance de Marseille
Les E2C en Europe 

Olivier Jospin en cinq dates

1943 : naissance
1960 : international junior (basket)
1963 : coopérant en Côte d’Ivoire
1969 : formateur à la CCI de Paris
2002 : crée l’école de la 2e chance en Seine-Saint-Denis

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