Quelles mesures concrètes proposez-vous pour concilier programmes scolaires et découverte de l’entreprise ?

La découverte de l’entreprise et des métiers commence dès le collège, tout particulièrement avec l’enseignement de découverte professionnelle que nous avons introduit cette année en classe de troisième. Elle se poursuit au lycée avec diverses opérations, parmi lesquelles la Semaine Ecole Entreprise qui aura lieu bientôt dans toute la France. Elle prend toute sa dimension dans l’enseignement professionnel, qui par nature favorise les liens avec les entreprises. Ce partenariat avec les milieux professionnels est d’ailleurs l’un des critères clés pour obtenir le label « lycée des métiers ». Dans les filières de l’enseignement supérieur, la découverte de l’entreprise prend pour les étudiants la forme très concrète de stages, que j’entends promouvoir. Tout comme je compte sur un développement des formations en apprentissage, dans les lycées professionnels et les universités, car cette formule – au-delà de la découverte de l’entreprise – prépare à l’insertion professionnelle.

François Goulard déplorait lors de cette rentrée « 41% de taux d’échec en premier cycle [universitaire] ». Ne faudrait-il pas valoriser davantage les filières courtes aux yeux des élèves ? Et de quelle façon cette valorisation va-t-elle pouvoir se mettre en place ?

François Goulard a raison de rappeler cette réalité. Et pourtant notre pays a besoin de jeunes diplômés de l’université, et il en aura de plus en plus besoin. C’est souvent l’absence d’un projet précis et d’informations suffisantes sur les études universitaires choisies qui est la cause de l’échec en première année. C’est pour cela que l’un des axes forts du « schéma national pour l’orientation et l’insertion professionnelle » souhaité par le Premier ministre devra se situer en amont même de l’université : il s’agit de trouver les moyens d’informer correctement nos lycéens sur les opportunités offertes par l’université, sur la diversité des parcours d’études et la réalité de leurs débouchés pour qu’ils choisissent leur orientation en toute connaissance de cause. Le système français permet à tous les bacheliers d’aller dans l’enseignement supérieur : c’est une chance, qu’il faut maintenir, cela ne doit pas être un échec.

Le choix entre études courtes ou longues doit donc se faire en fonction d’un vrai projet personnel. Il n’est d’ailleurs pas irréversible. J’ajoute qu’avec le LMD, nous allons vers un système unifié et simplifié à trois paliers de sortie : la licence, le master et le doctorat, avec des diplômes visibles sur le marché de l’emploi à l’échelle européenne.

Vous évoquiez dans votre discours de rentrée le lancement de l’opération « tous en stage », destinée aux élèves des ZEP : à qui exactement s’adresse cette opération et en quoi consiste-t-elle ?

Le premier contact avec l’entreprise est essentiel pour avoir l’envie de se bâtir un projet professionnel. Certains jeunes, parce qu’ils n’ont pas de réseau ou parce que leur adresse fait peur ne trouvent pas le stage dont ils ont besoin pour poursuivre leurs études. Nous voulons, avec Azouz Begag, mobiliser les entreprises sur ce sujet, avec l’opération « Tous en stage », basée sur la confiance : confiance de l’entreprise qui accueille le jeune qui lui est proposé par l’école, confiance de l’école qui prépare le jeune à ce premier contact avec le monde professionnel, confiance du jeune qui s’engage à réussir cette première expérience. Dans chaque établissement, les enseignants repèrent les élèves qui risquent de connaître des difficultés et les inscrivent dans ce dispositif. C’est une question d’équité.

Vous avez également annoncé la préparation d’un nouveau cahier des charges de la formation initiale des enseignants en IUFM. Cette formation devrait-elle, elle aussi, s’ancrer davantage dans la pratique professionnelle ? et si oui, quelles mesures d’accompagnement sont prévues pour y parvenir ?

La formation professionnelle initiale comprendra trois volets équilibrés : l’approfondissement de la culture disciplinaire, la formation pédagogique – c’est-à-dire très concrètement comment on réussit à enseigner à des jeunes qui n’ont pas tous les mêmes capacités à apprendre – et la formation du fonctionnaire du service public de l’éducation, en particulier dans ses relations avec les parents. Il y a un lien entre ces trois ensembles : les observations que les professeurs stagiaires feront et les questions qu’ils se poseront au contact des élèves, dans les écoles, les collèges et les lycées, guideront les approches théoriques de leur formation. Je veillerai donc à ce que la formation professionnelle devienne, vraiment, une formation en alternance responsabilisant les professeurs stagiaires. Le cahier des charges national de la formation des maîtres insistera sur ce lien pratique-théorie. Les plans de formation dans les IUFM seront périodiquement évalués.

Les jeunes enseignants se sentent souvent découragés face aux difficultés de terrain. Quelles solutions sont envisagées pour mieux les préparer à leur métier ?

Les jeunes enseignants sont à la fois enthousiastes et inquiets face à l’ampleur de la tâche qui leur est confiée. C’est ce que j’ai constaté lors de mes visites sur le terrain. Les jeunes professeurs ne veulent pas qu’on leur tienne la main : ils veulent être assurés de trouver une réponse rapide à leurs difficultés lorsqu’ils ne se sentent pas en mesure de les résoudre seuls. Nous devons organiser les conditions d’un accompagnement efficace et réactif de l’entrée dans le métier. Cela pourra aller d’un système de réponses immédiates via Internet et des sites spécialisés (des expériences prometteuses sont en cours) à des retours réguliers en IUFM pour de courtes sessions, en passant par un système plus personnalisé d’accompagnement professionnel. Les jeunes maîtres me l’ont dit : le découragement naît du sentiment de solitude face à la classe. Ce ne sont pas les difficultés elles-mêmes qui produisent le découragement, mais le sentiment que, dans cette institution complexe, on n’a pas le droit de dire que l’on a des difficultés et que l’aide potentielle est à la fois lointaine et impersonnelle.