Frédéric Meynaud cherche encore sa voie lorsqu’il s’inscrit sur les listes du concours d’instituteur en 1989. Sélectionné, il est aussitôt affecté à un poste de remplaçant. « Pendant une année, j’ai sillonné la région du Beaujolais, d’écoles maternelles en écoles primaires et de classes uniques en classes spécialisées« . Cette grande diversité de contextes et de publics éveille en lui un intérêt nouveau pour l’enseignement.

Naissance d’une vocation

À sa sortie de l’École Normale2, le jeune instituteur s’acquitte de ses obligations militaires comme éducateur du contingent auprès d’enfants en mal d’intégration. Parallèlement, il s’inscrit en licence de sciences de l’éducation à l’université de Lyon II. Là, il se passionne pour les cours de Charles Gardou3, spécialiste des questions de handicap à l’école. Dès lors, la motivation de Frédéric évolue : « quand il a été question de procéder au mouvement4, j’ai spontanément demandé à occuper un poste d’instituteur spécialisé« .

Il obtient satisfaction et prend en charge, à la rentrée 1993, les enfants handicapés moteurs de l’une des trois classes d’intégration spécifique (CLIS) de l’école Édouard-Herriot de Lyon5. Deux ans après, il réussit le concours d’instituteur spécialisé et effectue son stage au sein de sa classe. Il décroche ensuite le certificat d’aptitude aux fonctions d’instituteur ou de professeur des écoles maître formateur (CAPIEFM) option éducation physique et sportive. Frédéric est alors maître formateur spécialisé exerçant dans sa propre classe.

Des évasions verticales

En 1995, l’enseignant rejoint le réseau universitaire Reliance6, un collectif de recherche sur les situations de handicap, l’éducation et les sociétés. Il décide de faire partager son goût pour l’alpinisme à ses élèves. Il monte, dans la même année, deux projets « d’évasion verticale » pour les enfants de sa classe qui peuvent alors s’essayer à la randonnée et à l’escalade. Une ouverture extraordinaire pour ceux qui, bien souvent, n’accèdent au sport que par le seul biais de la rééducation. Alpes, Pyrénées, Vercors, Corse… Chaque année Frédéric accompagne ses élèves se confronter à leur corps et à leur volonté sur les hauteurs françaises. « Côté accompagnement, j’ai constitué une équipe fidèle et stable formée de médecins, d’infirmiers, de guides de haute montagne et d’auxiliaires de vie scolaire. Il y a un adulte par enfant« .

Bousculer les représentations du handicap



En octobre 1999, l’instituteur part avec huit enfants âgés de 9 à 12 ans dans l’Anti Atlas Marocain ouvrir la voie « Iril Mimi » à 2900 mètres d’altitude. « En voyant les images filmées de notre expédition7, mes élèves, leurs parents et leurs camarades des autres classes ont pris la mesure des performances réalisées. La télévision s’était intéressée à notre aventure et j’ai su que des parents qui n’avaient jamais osé parler du handicap de leur enfant à leurs collègues de travail, ont pris plaisir à leur dire : regardez France 3 ce soir, vous y verrez des images de mon fils ! Je crois que nous tenons là le moyen de bousculer enfin les représentations du handicap« .

Des projets jusqu’en 2009



De retour du Maroc, Frédéric Meynaud s’implique dans la création d’un groupe de travail sur les situations de handicap et l’éducation physique (GTHEPS)8. À la même époque, l’enseignant passe une maîtrise en sciences de l’éducation et creuse encore ses recherches sur l’alpinisme et les enfants handicapés, les deux années suivantes, pour les besoins d’un DEA. « Je ne suis pas un doux fêlé passionné de montagne qui pense à se distraire en amenant ses élèves handicapés dans les hauteurs. Ces ascensions ont un effet sur l’estime des enfants qui perdure dans le temps et c’est pour cela que j’entend bien les continuer », dit-il alors.
Frédéric Meynaud qui favorise désormais les parcours mixtes (handicapés moteurs et valides) organise actuellement une expédition dans le Sahara. L’instituteur a ouvert la voie.


 


Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Voir le site de l’association « Évasion verticale » :
(2) Les IUFM sont créés l’année suivante.
(3) Voir l’interview de Charles Gardou sur le site de VousNousIls.fr.
(4) Nom donné aux demandes d’affectations dans l’Education nationale.
(5) L’école Edouard-Herriot de Lyon accueille une trentaine d’enfants atteints de toutes sortes de déficiences motrices (pour un effectif total de 300 élèves) et répartis par tranches d’âge.
(6) Le site du réseau Reliance.
(7) Chaque expédition fait l’objet d’un petit film tourné par l’un des accompagnateurs et projeté dans l’enceinte de l’école. Dans ce but, une unité de production indépendante « Vidéo Évasion Verticale » est créée en décembre 2004.
(8) Le GTHEPS en partenariat avec la fédération française du sport adapté (FFSA) et la fédération française handisport (FFH) cherche à développer la pratique de l’éducation physique des enfants scolarisés souffrant de déficiences motrices ou intellectuelles.