A priori, rien ne prédisposait Paul Langevin et Henri Wallon à voir leur nom figurer au fronton d’une multitude d’écoles, de collèges ou de lycées. Le premier naît en 1872, à Montmartre, dans une modeste famille d’artisans. Elève brillant, il devient étudiant à l’Ecole de physique et chimie industrielle de Paris, avant de fréquenter la Sorbonne et l’Ecole normale supérieure. Il décroche son agrégation en 1897, poursuit sa formation pendant un an à Cambridge et entame une brillante carrière de physicien. Spécialiste des électrons, Paul Langevin prouve par le calcul les lois découvertes par Pierre Curie. Ami d’Einstein, il fait connaître la théorie de la relativité en France, avant de mettre au point, pendant la première guerre mondiale, la technique de production et de réception des ultrasons et de l’appliquer à la détection des sous-marins. Le sonar vient de naître.


 


Un patronyme célèbre


 


Quatre ans avant la naissance d’Henri, son grand-père, Henri Alexandre Wallon, historien et universitaire, député, ministre puis sénateur à vie, fait voter l’amendement éponyme : en 1875, par une voix de majorité, la République, la fonction présidentielle et le septennat font leur apparition dans la Constitution française. Ancien élève de l’Ecole normale supérieure, le petit-fils s’oriente tout d’abord vers la philosophie, dont il est agrégé en 1902 et qu’il enseignera quelques années, avant d’entamer des études de médecine. Il en sort diplômé en 1908. Mobilisé comme médecin pendant la première guerre mondiale, Henri Wallon travaille sur la psychologie des grands blessés.


 


Il s’intéresse ensuite à la psychologie de l’enfant et soutient une thèse de doctorat ès lettres sur « l’enfant turbulent« . Après avoir fondé le laboratoire de psychobiologie de l’enfant, il dirige l’Institut de psychologie de l’université de Paris, publie de nombreux ouvrages et crée, en 1948, la revue Enfance.


 


De nombreuses valeurs communes


 


Paul Langevin et Henri Wallon se rencontrent dans l’entre-deux-guerres. Ils enseignent tous deux au Collège de France. Ensemble, ils contribuent à fonder le Groupe français d’éducation nouvelle2, qu’ils président successivement. Enfin, proches du parti communiste, ils partagent de nombreuses valeurs communes…
La deuxième guerre mondiale va les séparer. Cofondateur du Comité de vigilance des intellectuels anti-fascistes, auquel appartient Henri Wallon, Paul Langevin doit s’exiler en Suisse après avoir été arrêté par les Allemands et incarcéré à la Santé.


 


Une réforme inaboutie


 


La paix les réunira à jamais. C’est le général de Gaulle qui joint définitivement leurs destinées au lendemain de la Libération. La guerre a tout détruit. De Gaulle crée une commission, chargée de réformer l’enseignement. Paul Langevin la préside jusqu’à sa mort, en décembre 1946. Henri Wallon lui succède après avoir été, du 20 août au 6 septembre 1944, un bref Secrétaire d’Etat de l’Education nationale. S’appuyant sur des travaux entamés dans la clandestinité par la Résistance, la commission élabore un projet de réforme qui entend asseoir l’égalité des chances dans le système éducatif, en fonction des aptitudes de chacun. Il préconise une école gratuite pour tous et obligatoire jusqu’à l’âge de 18 ans. Le projet évoque également en détails l’enseignement supérieur ou la formation des maîtres. Conscients que l’oubli constitue la principale menace pesant sur leurs travaux, ses auteurs écrivent prudemment au sujet de leur plan :  » …des paliers sont nécessaires. Mais, faute d’en fixer la succession et la durée, ses mesures les plus essentielles risqueraient d’être indéfiniment ajournées. » De fait, le plan Langevin-Wallon ne quittera jamais l’état de projet. Près de soixante ans plus tard, il reste pourtant une référence, citée dès que l’on évoque la rénovation du système éducatif.


 


Patrick Lallemant


 


(1) Le plan Langevin-Wallon sur le site de la Documentation française.
(2) Encore en activité aujourd’hui, le GFEN a été créé en 1922, à l’initiative de savants et d’éducateurs. Il œuvre dans les domaines de l’enfance, de l’école ou de la formation, et vise « à créer les conditions concrètes de la réussite de tous« .