Richard Descoings :
Sciences Po aux avant-postes

Un appel à projet gouvernemental invite les universités à s’ouvrir davantage aux lycéens issus des ZEP. L’idée est née à Sciences Po. L’IEP de Paris innove aussi sur les droits de scolarité, autre grand sujet de la rentrée universitaire. Entretien avec son directeur, Richard Descoings.

Verbatim

Lycées de ZEP : partenariat actif…

Dans ce partenariat, l’apport des lycées est considérable. Tout d’abord nous ne saurions pas discerner ceux des lycéens qui depuis leur entrée en classe de seconde ont montré leur investissement dans le travail, leurs résultats et leur potentiel. Seuls leurs professeurs peuvent le faire. C’est la raison pour laquelle l’admissibilité à Sciences Po est décidée, au sein des lycées avec lesquels nous avons passé une Convention, par le corps enseignant. Ensuite, les lycéens doivent avoir leur Bac ; quant à l’admission, elle se fait à travers un entretien d’une heure avec un jury académique à Sciences Po. Mais la première chose que nous apporte les enseignants, c’est d’abord le fantastique travail qu’ils ont mené, puis c’est leur sens du discernement, leur sens du jugement.

Enfin, cela nous permet d’éviter la dérive vers le recrutement clonage d’élèves pré-formatés. Il y a toujours un danger avec les concours d’entrée dans les grandes écoles ou dans les établissements d’enseignement supérieur sélectif, c’est que l’on recrute finalement des jeunes gens qui correspondent le mieux à ce que l’instrument est capable de juger. Il est toujours dangereux de fonctionner en vase clos, de ne recruter qu’un seul type de personnalité, qu’un seul profil intellectuel. Donc, ce que nous apporte ces lycées, c’est aussi la richesse tirée de l’incroyable diversité de leurs talents.

…Un effet d’entraînement.

Les enseignants et les équipes de direction de ces établissements se réjouissent pour les bacheliers reçus à Sciences Po, mais ce qui compte le plus, c’est l’effet d’entraînement de l’ensemble des classes de terminale et de première, à qui l’on démontre concrètement qu’il y a un avenir pour tous ces élèves dans l’enseignement supérieur le plus sélectif.

Les enseignants ont de l’ambition pour leurs élèves. Mais quelle que soit leur force de persuasion, leur travail est plus difficile s’ils ne peuvent fournir de temps en temps des éléments de preuves par l’exemple… Or, les bacheliers que nous avons recrutés et qui débutent leur scolarité en octobre vont, dès le mois de novembre, retourner dans les lycées où ils étaient jusqu’en juin dernier. Ils vont se retrouver dans leurs salles de classe avec leurs professeurs devant les actuels élèves de terminale. Et là, il n’y a plus de grands discours ou de belles brochures, mais un élève qui explique : « j’étais à votre place il y a seulement six mois, voilà les conditions qu’il m’a fallu réunir pour réussir à entrer à Sciences Po et voilà ce que j’y fais aujourd’hui »… Cela vaut mille fois les meilleures brochures et les meilleurs discours.

Droits de scolarité : Sciences Po redistribue

Le nouveau système des droits de scolarité à Sciences Po est un système où chacun, chacune paie à raison de ses capacités contributives, c’est un système redistributif. Pour 80% des familles françaises, un enfant scolarisé à Sciences Po ne coûte aucun droit de scolarité. À partir d’un certain niveau de revenu familial, on commence à percevoir des droits qui s’échelonnent de 500 à 5000 euros. Mais pour payer 5000 euros, il faut que le revenu familial soit supérieur à 130.000 euros nets par an. Combien y a-t-il de famille en France au-dessus de ce montant ? Seulement 2% ! À celles-là, oui, je crois que l’on peut demander de payer 5000 euros. Cela permet de mutualiser les moyens qui sont mis au service de tous les étudiants. Quand nous créons des services d’accès aux équipements informatiques ouverts à tous, à qui cela profite le plus ? Aux étudiants qui n’ont pas les moyens de s’acheter un équipement personnel.

On ne peut pas avoir dans notre pays un consensus assez large pour stabiliser ou faire baisser les impôts, et en même temps continuer à dire que tout doit être gratuit pour tout le monde. La gratuité est une nécessité pour ceux qui n’ont pas les moyens de poursuivre des études à l’université, mais je pense que certaines familles peuvent mettre la main au pot pour que l’on ait un plus grand nombre d’étudiants qui réussissent leurs études.

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