Bruno Podalydès : « C’est un jeu amusant d’écrire des répliques à la Leroux »

Bruno Podalydès sort son nouveau film le 14 septembre. Il s’agit de l’adaptation du roman de Gaston Leroux, Le Parfum de la Dame en Noir – qui n’est autre que la suite du Mystère de la Chambre Jaune, sorti en 2003. A cette occasion, il accorde sa première interview en exclusivité à VousNousIls. Il nous explique quelles sont les contraintes et richesses propres à l’adaptation cinématographique.

D’où vous est venue l’idée de l’adaptation du roman policier de Gaston Leroux, Le Mystère de la Chambre Jaune, puis de la suite, Le Parfum de la Dame en Noir ?

Etant enfant, j’ai vu le film de Marcel Lherbier, puis j’ai lu le livre de Gaston Leroux, il y a 10 ans, et j’ai eu un déclic. J’ai joué dans le parc de Versailles étant enfant, et le parc du château du Glandier, dans Le Mystère de la Chambre Jaune, est un univers du lieu clos, qui correspondait à ce territoire de mon enfance.

Quels sont les problèmes posés par l’adaptation cinématographique ?

Le roman de Gaston Leroux est un roman du début du siècle. Intéresser un jeune public à une histoire à priori désuète peut s’avérer difficile, mais ces romans sont en fait la source de tout un imaginaire qui nous est familier de Tintin à Agatha Christie. Et puis il y a une telle poésie des titres ! Le Mystère de la Chambre Jaune, Le Parfum de la Dame en Noir font déjà rêver. Il y a également le problème du lieu : le Château d’Hercule de Leroux, lieu clos où se joue une partie de l’intrigue du Parfum de la Dame en Noir, est purement imaginaire. Il a fallu trouver un lieu réel possible : j’ai trouvé ce lieu miraculeux : Port-Cros en face de Hyères. J’ai été plus fidèle à mon plaisir à lire le roman qu’au roman lui même. C’est un jeu amusant d’écrire des répliques à la Leroux.

Et la longueur du livre, n’est-ce pas une difficulté ?

En effet, le film durerait 5, 6h au moins si l’on suivait le livre. J’ai donc dû couper ou plutôt contracter des pans entiers du livre, réduire le nombre de personnages. Mme Bernier par exemple est trois personnages à la fois ce qui la rend plus paradoxale, moins monolithique.

Justement, le film revêt des traits personnels, le burlesque est très présent, il prend parfois le dessus sur le policier…

Non, non, j’ai essayé qu’il cohabite avec le policier ! De même le drame côtoie la fantaisie comme dans le roman de Leroux dans des proportions différentes.

Mais certains personnages, franchement burlesques, comme celui de Mme Bernier avec ses mérous, sont bien de votre invention ?

Oui, c’est vrai. J’ai écrit seul à Port-Cros en notant quelques particularités de cette île par exemple, les plongeurs se régalent d’y voir des mérous. Ce poisson avec ses grosses lèvres me faisait beaucoup rire ! Et dans Le mystère de la Chambre Jaune, Madame Bernier giflait son dindon, on le voit d’ailleurs empaillé sur un mur à un moment dans Le Parfum de la Dame en Noir…Cette fois-ci, elle empaille les mérous…

Et la peinture, elle joue un rôle très important dans votre film, on trouve la peinture d’un canon par Monsieur Bernier, un portrait accroché au mur dans la chambre de Mathilde et surtout l’omniprésence du chevalet du Professeur Stangerson. Sont-ce là des éléments personnels ?

La peinture progresse un peu comme le film. Le Professeur Stangerson n’avance pas du tout pendant le film, sa toile reste blanche, il ne saisit jamais un objet pour peindre. Mais au moment où l’intrigue se dénoue, tout d’un coup paf !!! le tableau est achevé.

A l’inverse de ces personnages burlesques, le personnage de Rouletabille est toujours sérieux. Il ne sourit d’ailleurs jamais. S’inscrit-il dans la continuité du livre ?

Oui, oui, il est le moteur du récit. Si l’on s’autorise des scènes burlesques, l’axe central doit être assez solide. Il est porté par Rouletabille, Robert Darzac, Larsan et Mathilde, personnages très sérieux. A côté de cet axe, les personnages secondaires ont droit d’être hauts en couleurs.

Pour caractériser ces personnages, quels sont les réels plus du cinéma ?

L’approche intuitive d’un personnage. Dans Le Mystère de la chambre jaune, Larsan la première fois est filmé comme un animal, la caméra tourne autour de lui, en circulaire, comme si c’était un fauve. Sabine Azéma elle, est filmée en silhouette, en contre-jour pour idéaliser le personnage de la Dame en Noir. Ce n’est jamais la même : il y a un dédoublement de personne. J’ai joué sur ce dédoublement, il y a une scène dans la chambre où elle est avec Sainclair, où elle sort du champ en tant que Dame en noir. Quand elle y entre à nouveau, c’est Mathilde, elle parle. La Dame en Noir elle restera éternellement mystérieuse.

Et la lumière, comment l’utilisez-vous pour mettre en valeur certaines scènes ?

Nous utilisons des nuits américaines pour créer des nuits magiques, et des scènes de jour très marquées, avec le soleil du Midi qui cogne dur. Parfois la pleine lumière correspond à la mort : la mort du prince Galitch a lieu en plein jour, sous le chapitre intitulé par Leroux « midi roi des épouvantes ».

Quel est le rôle de la musique ?

Elle dessine une trame proche de l’axe central, constitué par les personnages sérieux. Elle assure l’aspect romanesque voire romantique du film, elle est assez peu illustrative. Elle ne joue pas le côté action, elle est en décalage : par exemple quand Sainclair descend à toute vitesse vers la mer car il a vu Larsan, la musique n’accompagne pas sa course. Elle raconte plutôt à cet instant la montée de l’étrange. En fait, elle agit comme un parfum. Ce n’est pas facile d’évoquer un parfum au cinéma. La musique circule entre les gens comme un parfum. Elle agit sur l’inconscient.

Le Parfum de la Dame en noir mêle noirceur et farce, policier et burlesque. Des faits très graves sont toujours contrebalancés par l’humour. Est-ce vraiment un hasard si vous avez choisi d’adapter l’œuvre de Gaston Leroux ? N’y-a-t’il pas une résonance avec vos œuvres antérieures ? Une certaine continuité ?

Peut-être, oui, je suis gêné quand une chose exclut une autre, l’amour, l’humour par exemple peuvent se mêler. Dans une scène j’aime mener deux choses de front, la peur et en même temps le rire. Je songe à la scène avec Rouletabille et Sainclair dans le puits avec leurs périscopes, tandis qu’ils observent le transport d’un cadavre, ce qui est plutôt inquiétant. Par ce point de vue, la scène est plutôt comique tout en demeurant intrigante.

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