5 questions à Michel Richard : comment éviter les tensions autour de la cigarette des profs ?

Chef d’établissement au collège Jean-Philippe Rameau à Versailles, Michel Richard1 n’accuse pas les profs fumeurs. Selon lui, les tensions qui peuvent surgir autour de la question de la cigarette mettent en évidence d’autres problèmes dans les établissements.

Pourquoi la question des enseignants fumeurs est-elle à l’origine de tensions ?


 


A mon avis, c’est parce qu’on se sert de cette question pour régler des problèmes d’une autre nature. A priori, quand vous êtes en face de gens réfléchis, sensés, instruits, qui savent comment fonctionne un Etat de droit, il n’y a aucune raison pour qu’ils décident de se soustraire à la loi. De plus, quand vous êtes un enseignant, un éducateur, vous savez parfaitement la valeur de l’exemple. Vous savez donc qu’il n’est pas possible de mettre en œuvre le principe « faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais ». Très vite, vous serez déconsidéré. Cela dit, comme il y a près de 400.000 enseignants dans le secondaire, vous trouverez facilement un contre-exemple de ce que je viens d’énoncer. Mais globalement, les personnels de l’Education nationale savent qu’il y a une loi et qu’ils doivent s’y soumettre.


 


Est-ce que la question des profs fumeurs est facile à gérer face aux élèves qui, eux, sont théoriquement interdits de cigarette dans l’établissement?


 


La première chose à faire, c’est de placer la salle fumeurs dans un endroit de l’établissement que les élèves ne fréquentent pas trop, généralement pas très loin de la salle des professeurs. Ceci dit, je crois que les élèves sont capables de comprendre qu’il existe une salle réservée aux fumeurs parce qu’ils sont adultes, tandis que le reste du temps, l’ensemble de la communauté scolaire se soumet à la règle commune, qui est l’interdiction de fumer dans des lieux ouverts au public.


 


Dans quelles circonstances ce discours risque-t-il de mal passer ?


 


Il est évident que si un chef d’établissement est en situation de conflit ouvert avec la salle des profs, les élèves, les ATOS ou les parents d’élèves, tout ce qui pourra alimenter le conflit ou la polémique sera utilisé. En revanche, si l’établissement se trouve dans une situation de gestion normale, le proviseur peut expliquer calmement les choses. Moi, je dis souvent aux élèves que pour pouvoir bien vivre ensemble, il est indispensable que chacun se soumette individuellement à la règle commune. Les élèves sont d’autant plus capables de comprendre cela qu’il y a cohérence entre les actes et le discours. La chose que ne supportent pas les élèves, c’est qu’il y ait un écart important entre les actes et le discours de l’adulte. Cela peut générer un sentiment d’injustice.


 


Etes-vous fumeur ?


 


J’ai fumé de 17 à 31 ans. A l’époque, il y avait une interdiction totale et formelle de fumer dans les établissements. Mais il y avait un lieu au fond du parc du lycée dans lequel les élèves se retrouvaient pour fumer sans que personne ne vienne voir ce qui s’y passe. Entre cette hypocrisie d’une interdiction théorique qui n’est pas appliquée et l’approche positive qui consiste à dire qu’il y a une loi et qu’elle n’est pas destinée à embêter quiconque mais à préserver la santé publique, je crois que l’approche d’aujourd’hui est quand même beaucoup plus intéressante.


 


Propos recueillis par Philippe d’Orves


 


(1) Michel Richard est secrétaire national du SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale).

Avez-vous déjà été confronté à des problèmes liés à la présence de profs fumeurs ?

En 18 ans de carrière, je n’ai jamais été confronté à des profs qui auraient voulu transgresser la loi Evin et qui se seraient permis de fumer en classe ou dans les couloirs. Cela étant, on ne contrôle pas tout. Cela a pu m’échapper. Pourtant, étant donné le personnel nombreux dans les établissements, on peut raisonnablement penser que si cela devait arriver, il y aurait quelqu’un de bien intentionné pour vous le signaler. En tout cas, ce qui est important, c’est de mettre une salle à disposition des enseignants fumeurs.

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