Les vies parallèles d’Alain Brunet

Trompettiste de jazz renommé, Alain Brunet a joué avec les plus grands aux quatre coins du monde. Il a également été sous-préfet, chef de cabinet d’un ministre et conseiller d’un président de chaîne de télévision. Il est aujourd’hui inspecteur général de l’administration de l’Education nationale.

Nous sommes mi-juin. Alain Brunet porte son costume d’inspecteur général. Il y a quelques jours, il était à pourtant à Moscou : « Nous avons joué devant 4000 personnes dans la salle du Conseil du soviet suprême, au Kremlin », raconte-t-il.


 


Mais il s’étonne presque quand on lui demande comment il concilie toutes ses vies : « L’inspection générale, c’est un travail d’audit, de contrôle et un peu de conseil. Evidemment, je me déplace dans des collèges, des lycées, des rectorats ou des inspections académiques. Mais quand j’ai auditionné tous mes interlocuteurs, c’est surtout un travail d’écriture. Je l’effectue chez moi, sur mon ordinateur. Et rien ne m’empêche, après quelques heures de clavier, de passer dans la pièce d’à côté pour souffler dans ma trompette. »


 


Une trompette à la sous-préfecture


 


La trompette, Alain Brunet en joue depuis l’âge de dix ans. Elle l’a conduit de Marciac à Montréal, de Montreux à Varsovie ou de Porquerolles à la Nouvelle-Orléans, pour faire swinguer Trenet et Gainsbourg, se souvenir de Miles ou de Duke. Ses camarades de jeu s’appellent Didier Lockwood ou Michel Legrand.


 


C’est avec le compositeur des parapluies de Cherbourg qu’il organise, en 2003, des rencontres chorales avec le ministère de l’Education de Polynésie. Avant le succès des Choristes, il y fait chanter 1500 élèves des établissements primaires et secondaires, publics et privés, de Tahiti et des îles. « Les élèves des écoles avaient travaillé avec des instituteurs et des chefs de chœurs itinérants, les élèves des collèges et des lycées avec leurs professeurs de musique. Je me suis rendu deux fois sur place pour les faire répéter. A l’arrivée, ils ont chanté, costumés, avec un sextet de jazz devant près de 5000 personnes, place To’ata. Ils étaient évidemment très heureux. »


 


Fidèle, Alain Brunet s’offre également des retours réguliers par la case Drôme, où tout a commencé dans les années 70. Le pianiste de l’orchestre qu’il y dirige à l’époque s’appelle Michel Petrucciani. Seule son incursion dans le corps préfectoral l’éloignera momentanément de la scène. « En 1983, au moment de la décentralisation, un recrutement massif de sous-préfets a ouvert les concours à des gens qui n’étaient pas fonctionnaires. J’ai toujours été très intéressé par la vie publique. J’étais dans la trentaine, j’ai eu envie de changement ! »


 


Monsieur le sous-préfet exercera ses fonctions à Albi (Tarn), Cosne sur Loire (Nièvre) et Céret (Pyrénées-Orientales) jusqu’en 1989. A cette date, Jack Lang l’appelle à ses côtés. Il y passera quatre ans, comme conseiller technique au ministère de la Culture puis comme chef de cabinet au ministère de l’Education.


 


Pas un mammouth


 


En 1993, Jack Lang n’est plus ministre. Alain Brunet souhaite rester à Paris et décide de ne pas réintégrer la préfectorale. Il est nommé inspecteur général de l’administration de l’Education nationale. Il commence pourtant par une parenthèse audiovisuelle, auprès de Jean-Marie Cavada, alors président de la Cinquième et qu’il suivra ensuite à RFO.


 


Depuis 1998, cet ancien élève de l’Ecole normale de Valence, qui n’a jamais enseigné, pas même la musique, porte l’éclectisme de son regard sur le monde de l’Education. « Nous sommes des observateurs, bien placés pour voir ce qui va et ce qui ne va pas. Pour moi, l’Education nationale n’est pas une entité inerte. Ce n’est pas un mammouth. C’est une infinie diversité de sensibilités, de tempéraments et de savoir-faire. Quand le prof est dans sa classe, un rapport privilégié s’établit, sur lequel l’institution n’a plus de prise. Selon moi, c’est là que tout se passe, à l’échelle des établissements. Et j’y croise des gens formidables. »

Alain Brunet en cinq dates

1975 : crée le département de jazz du conservatoire de Romans et le grand orchestre de jazz de la Drôme.


1983 : devient sous-préfet d’Albi.


1989 : intègre le cabinet de Jack Lang au ministère de la Culture. Il le suivra au ministère de l’Education.


1992 : est nommé inspecteur général de l’administration de l’Education nationale.


1994 : devient conseiller à la présidence de la Cinquième, aujourd’hui France 5.

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