5 questions à… Joëlle Aden : des cours d’anglais sur scène

Joëlle Aden est formatrice et maître de conférence en didactique des langues à l’IUFM de Créteil1. Dans un récent ouvrage co-écrit avec le metteur en scène anglais Kester Lovelace2 , elle explique comment utiliser le théâtre en cours d’anglais grâce au drama3.

Qu’est-ce que le drama ?


 


Le drama, tel que nous le mettons en pratique depuis plus de sept ans avec la troupe Drama Ties, est une approche pédagogique « vivante » de l’anglais par des techniques théâtrales, au sein des écoles et des établissements scolaires. Cet outil, qui n’est en aucun cas une méthode d’enseignement à part entière, permet aux élèves de s’investir dans des projets théâtraux divers, par le biais d’ateliers menés dans leurs classes. Le contenu de ces séances est bien entendu adapté au niveau d’anglais des élèves, à leurs goûts et aux attentes de leurs enseignants. Par le drama, les élèves ont les moyens de se détacher du simple « code linguistique ». Ils s’approprient un langage authentique qui mise autant sur la communication gestuelle que verbale : le corps mène, la parole suit.


 


En quoi consistent ces ateliers-théâtre ?


 


Il existe plusieurs types d’ateliers selon la nature du projet. Mettre en scène une fable dans la classe ou se préparer à voir une pièce de la troupe conviennent pour des projets à court terme. Pour un projet à long terme, on peut élaborer un spectacle qui demande éventuellement un travail interdisciplinaire. Quelle que soit la formule retenue4, un comédien professionnel anglophone vient dans la classe pour aider les élèves à travailler sur un texte ou autour d’un thème choisi par l’enseignant dans le cadre du projet d’école ou de classes à projet artistique et culturel (PAC). Les activités (jeux théâtraux, improvisations autour des personnages…) mettent en avant l’expression corporelle et se déroulent toujours dans un anglais simple. Entre les séances, l’enseignant doit pouvoir travailler avec ses élèves de manière complémentaire, pour consolider les apprentissages tout en conservant « l’esprit » du drama.


 


Que doivent faire les enseignants qui veulent utiliser cette approche en classe ?


 


Que ce soit pour assurer la continuité des séances animées par les comédiens ou pour organiser eux-mêmes des exercices théâtraux, les enseignants doivent avoir été initiés au drama. Pour cela, ils peuvent s’inscrire aux formations spécifiques dispensées dans certains IUFM5. Ils peuvent également s’initier eux-mêmes par l’observation des ateliers menés dans leur classe. La troupe peut aussi intervenir à la demande des professeurs et des formateurs, directement dans les établissements, ou par l’intermédiaire des IUFM. En complément de tout cela, il existe des guides pédagogiques qui proposent des exercices très structurés. L’ouvrage « 3,2,1 Action! » a été conçu comme un livre d’auto-formation au drama.


 


Qu’apporte la pratique du drama en classe ?


 


Le théâtre éducatif replace la langue dans un contexte qui a du sens pour les élèves. C’est aussi un atout pour travailler la prononciation, la musicalité de l’anglais. Le drama, qui fonctionne sur l’association du corps et de l’émotion, place les enfants et adolescents dans une démarche de communication qui n’est pas artificielle, comme peuvent l’être les « mises en situation » de certains cours de langue traditionnels. Cette forme de pratique théâtrale fait travailler les élèves sur l’attention, la répétition et l’émotion qui sont les trois piliers d’une bonne mémorisation des langues vivantes. Chercher ensemble l’attitude qui caractérise un personnage, lui associer un geste précis, une parole juste, se déplacer comme lui… Voici une activité de drama qui, à elle seule, associe ces trois piliers. Enfin le drama développe tout un panel de compétences transversales dont, à titre d’exemple, le sens de la précision du geste, le goût de l’effort et le respect des autres.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) A l’IUFM de Créteil, Joëlle Aden est responsable du collège langues et de la commission chargée du plan de formation continu en anglais (COFOR). Par ailleurs enseignante chercheuse à l’université de Cergy-Pontoise, elle coordonne le groupe de recherche « approche linguistique et didactique de la différence culturelle » (ALDIDAC) au sein de l’équipe de recherche Civilisations et identités culturelles comparées (CICC). Elle est en outre présidente de l’association Agir pour la communication et la motivation dans l’éducation et l’enseignement (ACMÉE)


(2) « 3,2,1, Action ! Le drama pour apprendre l’anglais en cycle 3 », Joëlle Aden, Kester Lovelace, CNDP de l’Académie de Créteil, col. Devenir professeur aujourd’hui, 2004.


(3) A lire sur le web.


(4) Drama Ties a mis en place trois formules d’ateliers à destination des élèves des écoles primaires, des collèges et des lycées : 3 heures (1 séance), 6 heures (2 séances) et 12 heures (6 séances).

Pourquoi favoriser cette technique dès le primaire ?

Accepter d’être regardé, respecter l’autre, apprendre à l’écouter, oser le geste et la parole en public… Je pense vraiment que ces compétences sont à développer par les professeurs des écoles, dès le début de l’apprentissage, pour que les élèves comprennent que parler une langue n’est pas qu’une simple histoire de mots. Cette démarche va également dans le sens des programmes scolaires de 2002 qui font de la maîtrise de l’expression orale la priorité des langues vivantes.

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.