Patrick Fauconnier :  »L’école a besoin de coachs ! »

Selon Patrick Fauconnier, grand reporter au Nouvel Observateur et spécialiste des questions de formation professionnelle, l’école française se préoccupe plus de sélectionner une élite que de faire réussir tous ses élèves. Entretien avec l’auteur de L’école des « meilleurs », enquête sur une culture d’exclusion …

Verbatim…


 


Seulement 37% d’une génération dans le supérieur et 150.000 jeunes chaque année sans qualification


 


« Ces chiffres servent à illustrer le fait culturel que je veux développer dans ce livre, à savoir que, selon moi, l’école en France est construite beaucoup plus comme une machine faite pour filtrer que comme un outil pour transmettre des savoirs. Certes, la fonction de transmission des savoirs est tout à fait excellente dans notre système éducatif, mais la fonction de filtrage et de sélection me paraît avoir pris le dessus. L’existence d’une voix royale reconnue et valorisée comme telle par tout le monde, les parents comme les enseignants, toute la société — d’où le titre de mon livre « Enquête sur une culture d’exclusion », car il s’agit d’un phénomène culturel — fait qu’il y a très tôt un phénomène de course au rang. C’est pourquoi je dis que dans notre école l’objectif de rang prime sur l’objectif de savoir. (…)


 


L’école française est construite sur le modèle d’une raffinerie


 


(…) Il y a vraiment, à tous niveaux et beaucoup trop tôt dans le cursus, une orientation précoce à un moment où les enfants ne savent pas ce qu’ils veulent faire plus tard. Ça intervient en troisième alors qu’ils ne connaissent rien des métiers. Ils ne se connaissent pas eux-mêmes. Dans d’autres pays, on leur laisse la possibilité de faire plusieurs choses en même temps, à la fois du culturel et du professionnel, alors que chez nous, assez tôt, c’est l’un ou l’autre. Pour moi, l’école que j’appelle « pépinière » — c’est un point très polémique de mon livre — est assez inspirée de ce que l’on peut observer dans les pays anglo-saxons, surtout aux Etats-Unis, où je trouve que les enseignants se comportent un peu comme des coachs. L’école de psychologie américaine professe qu’il n’y a pas une seule sorte d’intelligence mais 6 ou 7, et que l’on peut toujours trouver un talent chez un enfant, qui, si on le développe, va lui donner de la motivation pour s’accrocher. Je reproche à notre système de ne valoriser qu’une seule sorte d’intelligence : celle qui prédispose au maniement des abstractions. (…)


 


(…) L’école, telle qu’elle a été pensée par Jules Ferry — avec un maître qui possède et délivre le savoir et des élèves qui écoutent et restituent le savoir à l’occasion d’examens — pouvait peut-être fonctionner pour certains objectifs, avec des effectifs scolarisés assez restreints et un profil de classe assez homogène. Mais à partir du moment où nous avons une éducation de masse et des profils extrêmement diversifiés en salle de classe, ce système n’arrive plus à fonctionner. Je commence mon livre en me demandant : pourquoi y a-t-il tant de violence à l’école ou dans la classe ? Pourquoi ces enfants sont-ils si violents ? Certains disent : « L’école est également violente à l’étranger ». On trouve quand même nettement plus de violence en France. Selon moi, cela provient du fait que, dans ce système, de nombreux enfants ont très tôt le sentiment qu’ils ne peuvent pas y arriver, qu’ils n’ont pas l’aide familiale suffisante pour être ceux qui sont les disciples du maître. Avec ces enfants, un effort pédagogique doit être mis en place. Il consiste à aller vers le jeune pour comprendre ce qui se passe dans sa tête, pour se mettre à son niveau. »

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