Odette et Edouard Bled ou la légende de l’orthographe

Leur marotte, c’était l’orthographe. Leur œuvre, une collection de manuels qui passa entre les mains de plusieurs générations d’élèves. Retour sur l’histoire d’un couple d’instituteurs peu ordinaire : Odette et Edouard Bled.

Le « Bled »…Dans les souvenirs de beaucoup d’élèves, il est recouvert de papier craft. La tranche est abîmée, les coins sont écornés. Certaines pages tiennent au moyen d’un scotch ridé et jauni. C’était au temps où l’on couvrait soigneusement ses livres. Il fallait que ça dure !

La première édition de ce manuel d’un nouveau genre est parue en 1947 chez Hachette-classique. Ses auteurs, un couple d’instituteurs, Odette et Edouard Bled, ont puisé leur méthode dans leur expérience d’enseignants : « Dans une classe de cinquante élèves, quand vous en avez 20 qui se trompent au même endroit, c’est qu’il y a quelque chose, une explication à donner », disait Edouard Bled.

L’Ecole a été le décor principal de leur vie. C’est d’ailleurs là qu’ils se sont rencontrés, à l’école de la rue Saint-Louis-en-l’Ile précisément, dans le 1er arrondissement de Paris. Edouard y est affecté en 1926. Quatre ans plus tard, en septembre 1930, dans le bureau du directeur, on lui présente pour la première fois Odette Berny, jeune normalienne de Quimper. C’est le coup de foudre. Quelques mois plus tard, le couple se marie. Odette, qu’il appelle sa « fleur de blé noir », tendre référence à ses origines bretonnes, lui donnera deux enfants, Annie et Jean-Paul. La famille restera 22 ans dans le quartier de l’Ile Saint Louis, avant de rejoindre l’Ecole de la rue Grenier-sur-l’eau, dans le quartier du Marais à Paris, où Edouard finira sa carrière.

20 millions d’exemplaires vendus

Pour Edouard, qui fit de l’enseignement de l’orthographe un véritable sacerdoce, l’enseignement de cette matière et de la grammaire ne doit pas être ennuyeux : « Il ne s’agit pas d’enfourner d’autorité des règles dans la tête des enfants mais de réfléchir avec eux, de trouver ensemble des règles et d’apprendre du même coup à mieux manier sa propre langue et ses facultés de raisonnement ». Ce à quoi sa femme répondait, dans une lettre qu’elle lui a adressée : « Je crois que tu as raison ! Il est urgent de s’atteler à apporter quelques règles simples, précises et bien structurées à nos enfants (ndlr : leurs élèves). Et comme tu le disais fort justement, ces règles doivent être immédiatement suivies d’exercices faciles et concrets tirés de leur cadre de vie. (…)Tu as mille fois raison, Edouard, la conjugaison s’apprend avec notre vécu. »

Ainsi, au fil des pages du Bled, les exemples qui illustrent les difficultés de l’orthographe dessinent une « certaine » idée de la France. « Les maçons ont consolidé le vieux mur », « Les blanchisseuses étendront le linge à la corde », « Le fermier répandait du fumier sur son champ ». Voilà, voilà les exemples typiques tirés de la vie de nos élèves, » écrivait encore Odette Bled. Certes, aujourd’hui, l’approche paraît un peu désuète et moralisatrice. Mais à l’époque, la formule marche. Au point même de changer le patronyme des auteurs en nom commun et de faire passer à l’ouvrage la barre des 20 millions d’exemplaires vendus.

« La langue française est une merveilleuse aventure »

En 1960, Edouard Bled prend sa retraite. Mais les manuels qui portent son nom continuent d’être adaptés, réédités et enrichis. En 1977, il publie un ouvrage autobiographique : « Mes écoles » (Laffont). En 1987, le couple se lance dans la bataille pour la sauvegarde de l’orthographe avec la publication pour la première fois du « Cours d’orthographe » et du « Dictionnaire orthographique ». La charge contre les partisans de la réforme de l’orthographe se veut sans détour : « La langue française est une merveilleuse aventure commencée il y a 1000 ans. On n’a pas le droit de la démolir », s’exclament-ils en chœur.

La même année, en collaboration avec Odette, Edouard publie « J’avais un an en 1900 » (Fayard), un livre souvenir dont le personnage principal est l’Ecole, l’institution à laquelle ils ont voué toute leur vie.

Le 31 août 1991, Odette Bled décède à l’âge de 85 ans. Edouard lui survit six ans, avant de s’éteindre à son tour, le 29 décembre 1996, à l’âge de 97 ans.

Odette et Edouard Bled en cinq dates

1947 : première parution du manuel d’orthographe.


1977 : publication de « Mes écoles » (Laffont).


1987 : cours d’orthographe, dictionnaire orthographique et publication de « J’avais un an en 1900 » (Fayard).


31 août 1991 : Odette Bled décède à l’âge de 85 ans.


29 décembre 1996 : Edouard Bled décède à l’âge de 97 ans.

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