5 questions à Valéria Pagani : ces marionnettes qui délient les langues

Valéria Pagani est maître ressources en langues vivantes dans le primaire sur la circonscription de Décines-Vaulx en Velin (Rhône)1. Dans sa classe de maternelle, l’enseignante utilise des marionnettes pour accompagner l’initiation aux langues étrangères. Elle explique l’utilité de ces petits « porte-parole » à l’école.

À qui s’adressent vos marionnettes ?


 


J’utilise les marionnettes en maternelle depuis quatre ans dans un objectif de sensibilisation à différentes langues étrangères. C’est un outil que j’ai également expérimenté avec des élèves plus grands et qui me semble valable jusqu’au CE1. Dans les petites classes (en cycle 1 et cycle 2), les marionnettes sont intéressantes pour leur côté enfantin et leur dimension affective, qui les rendent proches des élèves. Elles font d’ailleurs réellement partie du quotidien de la classe. Chez les plus grands (en cycle 3) elles permettent aux élèves de se retrancher derrière un personnage fictif à qui ils font dire, au cours de petites saynètes, ce qu’ils n’osent pas exprimer eux-mêmes, de peur d’être ridicules dans le maniement de la langue. Dans tous les cas, en maternelle comme en élémentaire, les marionnettes facilitent la prise de parole.


 


Comment les utilisez-vous ?


 


Avec mes élèves de moyenne section, j’utilise quatre petites marionnettes à doigts : Kate l’Anglaise, Silke l’Allemande, Chiara l’Italienne et Paloma l’Espagnole. Chacune s’exprime à tour de rôle dans sa langue maternelle pour accueillir les enfants dans la classe, les saluer, leur donner des consignes simples… Elles interviennent aussi au moment des regroupements rituels de la journée : pour les chansons et les collations. Bien entendu, il y a tout un jeu au moment du « réveil » des marionnettes : les enfants se demandent toujours qui des quatre personnages va leur apprendre une nouvelle comptine… En CP et CE1, j’utilisais des marionnettes à gaines2 et des marottes3 qui représentaient des animaux ou des personnages de contes. Les élèves les animaient eux-mêmes. Selon les années, ils les faisaient parler en anglais ou en allemand. Ces mises en scène se déroulaient dans l’optique de la création d’un petit spectacle.


 


Concrètement, qu’apportent ces marionnettes dans l’apprentissage des langues ?


 


L’idée d’utiliser des marionnettes m’est venue après la lecture d’un article sur le bilinguisme qui disait combien il pouvait être porteur, sur un plan pédagogique, d’associer une langue à une personne. De fait, dans ma classe, chaque marionnette intervient comme un référent, un « porte-parole » de la langue : en plus des mots, elle véhicule une musicalité, une culture… Par ailleurs, je me suis rendu compte que les marionnettes avaient le pouvoir de capter l’attention des enfants bien plus longtemps que ne pouvait le faire n’importe quel adulte. Elles permettent à l’enseignant d’installer un excellent climat d’écoute dans sa classe, ce qui reste une des grandes priorités, en particulier en maternelle. Auprès des élèves de cycle 3, les marionnettes permettent surtout la mise en situation des acquis et aident à évacuer l’appréhension dans la prise de parole.


 


Les enseignants doivent-ils avoir des compétences particulières pour pouvoir utiliser cet outil ?


 


Non, les marionnettes peuvent s’utiliser très simplement : il n’est pas nécessaire qu’elles aient une attitude réaliste pour être convaincantes. L’enseignant n’est donc pas obligé de se lancer dans une interprétation fine pour faire vivre un personnage. S’il veut commencer progressivement, il peut tout à fait, dans un premier temps, utiliser la marionnette comme un objet symbolique, sans manipulation. On peut par exemple fabriquer une mascotte en collant au bout d’un bâton l’effigie d’un personnage représentatif d’un pays4. Il suffit ensuite de le sortir pour signaler le passage au quart d’heure ou à l’heure d’anglais… La marionnette sert de transition. Elle peut ensuite, progressivement, sortir de sa réserve pour faire participer les élèves. L’essentiel est de savoir créer à travers elle un climat d’écoute et d’attention.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Valéria Pagani est titulaire d’un DEA de linguistique et du CAFIPEMF (Certificat d’Aptitude aux Fonctions d’Instituteur ou de Professeur des Écoles Maître Formateur). Elle est également formatrice à l’IUFM de Lyon.


(2) Marionnettes constituées d’une tête et d’un costume, que l’on manipule en passant la main à l’intérieur du tissu. Exemple : Guignol.


(3) Marionnettes constituée d’une tige au dessus de laquelle est fixée la tête.


(4) Entre autres petits personnages très populaires dans leur pays, Valéria Pagani cite : « Postman Pat » pour l’Angleterre, « Pinocchio » pour l’Italie ou encore « Pipi Langstrumpf »pour l’Allemagne.

Quelle place donner aux marionnettes dans l’enseignement des langues en général ?

Si elles permettent de travailler de nombreuses compétences, les marionnettes ne sont qu’un outil parmi d’autres. Elles s’utilisent toujours en complément d’une pédagogie plus générale. En aucun cas elles ne se substituent aux supports audio ou vidéo classiques (qui proposent d’autres référents linguistiques). Les marionnettes ont leurs limites. Dans l’apprentissage d’une langue étrangère, il est important de varier les activités et les supports.

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