Il fallait y penser. René la Borderie présente dans son livre tous ceux qui ont contribué, fondamentalement, à la réflexion sur l’école et à la conception du système pédagogique au fil du temps. Son ouvrage se divise en trois parties, que nous évoquerons tout à tour. Pour présenter la théorie de chaque grand nom retenu- en tout quarante-six fiches détaillées plus quatre-vingts noms cités- des extraits significatifs d’œuvres sont disponibles. Une courte note biographique précède les extraits, présentant le rôle que le personnage en son temps a joué dans l’éducation (création d’écoles, type d’enseignement, bibliographie sur l’école et l’éducation).

Les théoriciens

La première partie du livre, intitulée les « théoriciens » commence par Platon, Socrate et Aristote, pour arriver à Mac Luhan. Les philosophes des Lumières ayant réfléchi sur l’éducation, Rousseau, Montesquieu, Descartes et Diderot y côtoient Kant et Bachelard, sans oublier les positivistes, Comte, Durkheim… ou encore Rabelais et Montaigne. Une large place est réservée à Piaget, pour qui « l’activité du sujet apprenant est le fondement de toute acquisition ». René La Borderie note d’ailleurs en introduction de cette première partie que pour Socrate déjà, il n’y avait pas de « transmission » de la connaissance : la « connaissance existe déjà chez le sujet : il suffit de la retrouver; c’est la réminiscence ». Ce qui va à l’encontre des positivistes, pour qui la connaissance est « objective », le sujet passant au second plan…

Les innovateurs

Le chapitre suivant, qui regroupe les « innovateurs », revient sur l’ensemble des théories qui revendiquent l’idée de « l’enfant d’abord ». L’auteur indique en effet que c’est là « le fil rouge des innovateurs ». Mais attention ajoute-t-il : « aucun innovateur ne nie les objectifs sociaux de l’éducation : l’école doit former un homme, un citoyen, avec une culture, des valeurs, des règles de conduite ; mais c’est à partir de l’enfant que cela peut se construire, et non contre lui ». Cette seconde partie comprend donc de grands noms tels que Montessori, Freinet ou Decroly, mais aussi Fénelon ou Tolstoï. Tolstoï s’est amplement inspiré de Rousseau pour élaborer une théorie éducative mettant l’enfant au centre, et l’a mis en pratique dans l’école qu’il a fondée ! On apprend aussi qu’il a écrit un ouvrage sur l’éducation : Quelle école ? la naissance de la pédagogie antiautoritaire dans l’expérience de Jasnaja Poljana…

Les politiques

La dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux « politiques », qui ont fondé l’école publique. Le premier nom cité est celui d’un proche de … Louis XVI ! Louis René Caradeuc de la Chalotais, ami des Encyclopédistes, hostile aux Jésuites, publie en effet en 1763, un ouvrage fondamental : Essai d’éducation nationale , qui « pose les principes d’un enseignement d’état, délivré de toute emprise confessionnelle »… Par la suite, bien sûr, Condorcet, Guizot et Jules Ferry donneront vie à ces écrits. Le dernier nom de cette troisième partie est celui de Lionel Jospin, qui en 1989 créa les IUFM.

Conçu sous forme de répertoire, cet ouvrage est en fait un véritable manuel d’histoire de l’éducation, qui retrace de façon complète ses étapes majeures et ses grandes évolutions. A méditer pour l’avenir.