Dominique Glasman :
le poids du travail scolaire hors de l’école

Le Haut Conseil de l’évaluation de l’école (HCEE) s’apprête à rendre un avis sur « le travail des élèves pour l’école en dehors de l’école », sur la base d’un rapport rédigé par les sociologues Dominique Glasman et Leslie Besson. A découvrir d’urgence…

Verbatim…


 


Devoirs du soir, espoirs ?


 


(…) Les devoirs à la maison représentent un enjeu fort, à la fois pour les parents et pour les enseignants. Pour les parents, c’est un moyen de savoir ce qui se fait à l’école. Parfois, c’est même une façon de considérer que ses propres enfants sont traités comme les autres. Il y a quelques années, une jeune chercheuse a interviewé des parents dans une zone d’éducation prioritaire de la région parisienne. Certains parents, d’origine étrangère, avaient été très choqués de voir que les enseignants ne donnaient pas de devoirs à la maison à leurs enfants. Leur réaction, je cite les travaux de cette chercheuse, avait été de dire : « Est-ce parce que nous sommes Arabes que nos enfants n’ont pas le droit d’avoir du travail à la maison ? » Il y a donc une demande forte du côté des parents. Il y a une autre raison à cela : les devoirs permettent de fixer les enfants dans quelque chose. D’une certaine manière, l’autorité de l’école – qui demande des devoirs – vient en quelque sorte s’ajouter à l’autorité parfois vacillante des parents. Du côté des enseignants, il y a l’idée que les devoirs représentent le temps d’appropriation et d’entraînement nécessaire à tout apprentissage. Finalement, supprimer les devoirs serait difficilement envisageable, tant pour les uns que pour les autres. (…)


 



Redéfinir contenus et méthodes.
 
(…) Il serait utile de s’inspirer des expériences réalisées dans certains collèges ou certaines écoles, où les enseignants ont mené une réflexion sur la manière d’articuler le travail dans l’école et le travail hors de l’école. C’est-à-dire : comment les devoirs à la maison prennent-ils la suite du travail fait en classe ? Ou encore comment ces devoirs sont-ils préparés et éventuellement commencés en classe, afin que les élèves les moins à l’aise aient le pied à l’étrier pour ensuite les faire tout seuls à la maison. (…)


 



Cours particuliers, course à la performance.


 


(…) L’expansion spectaculaire des cours particuliers depuis les années 80-90 s’explique en grande partie par l’alourdissement de l’enjeu scolaire. Il est de plus en plus difficile de trouver une insertion professionnelle satisfaisante si on est dépourvu de diplômes, et l’objectif est de décrocher les diplômes les plus élevés possible. Il y a donc une volonté de réussite. Et s’il faut avoir recours à cet adjuvant pour réussir, bien des élèves et bien des parents sont prêts à consentir le sacrifice.
L’autre explication de l’expansion spectaculaire des cours particuliers est liée à la transformation des parcours scolaires en parcours compétitifs. Pendant très longtemps, pour reprendre l’analyse de François Dubet, les élèves sont entrés ou non au lycée en fonction de leur origine sociale. Aujourd’hui, les portes du lycée sont amplement ouvertes. Compte-tenu de cette massification, l’enjeu est désormais d’avoir un bon parcours au lycée pour atteindre les bonnes filières, pour ensuite accéder aux bonnes formations post-Baccalauréat, etc. Dans ce contexte, le parcours scolaire fait de plus en plus l’objet d’une compétition. A tout moment, il faut montrer que l’on est à la hauteur, voire que l’on fait partie des meilleurs. Dans cette compétition, les cours particuliers jouent le rôle de séances d’entraînement, au moins dans la perception que l’on en a. (…)

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