5 questions à Didier Quella-Guyot : plaidoyer pour la bande dessinée en classe

Professeur de lettres, Didier Quella-Guyot nourrit une passion dévorante pour la bande dessinées (il en lit un millier par an). Un enthousiasme qui l’a conduit à écrire des livres1, à multiplier les actions de formation sur le sujet au sein du CRDP de Poitou-Charentes et à concevoir le site web de référence L@BD.

La BD a-t-elle vraiment sa place en classe ?


 


La BD a sa place dans toutes les classes. Certes, au lycée, les temps d’exploitation des œuvres de bande dessinées sont réduits en raison des programmes. Mais en primaire et au collège, en revanche, les programmes portent notamment sur le récit et sur l’approche de l’image… de toutes les images ! La BD y a donc toute sa place. Les textes officiels prévoient d’ailleurs l’étude de la bande dessinée sous ses aspects graphique et narratif.


 


En classe, faut-il privilégier le récit ou le dessin de la BD ?


 


On ne peut pas dissocier les deux aspects. Le projet d’une BD, c’est de raconter par le dessin et par le texte. C’est un récit qui fonctionne avec des moyens spécifiques, différents de ceux du roman, du cinéma ou du théâtre. C’est cet aspect qu’il est intéressant de montrer aux élèves. Reste la question de savoir si cela relève du prof de lettres ou du prof d’arts plastiques. C’est tout le problème puisque la BD se situe à l’intersection des deux domaines. En primaire, c’est plus facile parce que l’enseignant est pluridisciplinaire. Au collège, dans la réalité, ce sont plutôt les profs de lettres qui étudient la BD. Mais leur formation est souvent insuffisante pour bien approcher la partie graphique de l’œuvre.


 


Pourquoi la BD est-elle mal connue des enseignants ?


 


La BD est un métissage de disciplines et cela rend les choses plus difficiles. Mais le fond du problème, c’est la méconnaissance de ce moyen d’expression. Cela tient à l’absence de formation. La BD n’est présente ni dans les IUFM, ni à la fac. Résultat : dans l’esprit de beaucoup, la BD demeure un divertissement pour enfants. On en reste à des clichés des années 50. Le vrai handicap de la BD dans le monde enseignant est là.


 


Lors des sessions de formation que vous assurez avec le CRDP Poitou-Charentes, que dites vous de la BD aux enseignants ?


 


Dans ces formations, nous soulignons que la BD est un mode d’expression artistique à part entière et qu’on doit donc l’étudier en tant que telle. On montre que ce ne sont pas que des bulles et des cases mais aussi des univers, des personnages parfois complexes, des structures de récit. La BD est riche aujourd’hui. Il n’y a jamais eu autant de thèmes abordés. Il n’y a jamais eu autant de maturité dans le traitement des sujets et dans le graphisme. Les œuvres sont d’ailleurs d’une telle diversité que le néophyte peut se sentir désorienté. Nous disons donc qu’il faut donner aux élèves des critères et des repères pour s’orienter et choisir. Enfin, nous disons que la BD n’est pas seulement un moyen d’accès à la lecture, c’est surtout un moyen d’accès à la culture.


 


Propos recueillis par Philippe d’Orves


 


(1) Notamment « Explorer la bande dessinée », Scéren / CRDP de Poitou-Charentes, 2004.


 


NB : Du 2 mai au 3 juin, le CRDP de l’académie d’Amiens organise une exposition intitulée « Bande-dessinée et autobiographie ».

Question rituelle

Le site L@BD offre une critique et un résumé des albums publiés en France. Nous les classons par tranche d’âge, par thématique, etc. En utilisant le moteur de recherche, on peut trouver sur chaque sujet des œuvres adaptées à ses élèves. Nous avons également créé la collection « La BD de case en classe » qui édite des manuels scolaires composés à partir d’albums de BD. Nous choisissons dans la production celles qui nous semblent intéressantes et nous rédigeons des fiches pédagogiques pour permettre aux enseignants d’aborder tel ou tel point du programme. Notre dernier ouvrage est basé sur l’album « Auschwitz » de Pascal Croci.

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