5 questions à… Stéphane Doutrelant : enseigner avec des assistants étrangers

Stéphane Doutrelant est responsable du programme bilatéral d’échange d’assistants de langue vivante au sein du Centre International d’Études Pédagogiques (CIEP)1. Il donne la marche à suivre pour que la coopération d’un jeune étranger dans un établissement du secondaire2 soit fructueuse…

Comment faire venir un assistant étranger de langue vivante dans son collège ou son lycée ?


 


Le chef d’établissement doit prendre contact avec l’IA-IPR3 de la langue concernée ou se rapprocher du groupe de pilotage des langues vivantes de son académie. La demande doit être formulée en tout début d’année civile pour pouvoir recevoir un assistant en octobre4. Depuis la rentrée scolaire 2004, les chefs d’établissement intéressés doivent remplir un cahier des charges dans lequel ils s’engagent en terme de qualité d’accueil et de mission confiée à l’assistant.


 


Peut-on choisir son assistant, et si oui, sur quels critères ?


 


Pendant longtemps5, les académies ont décidé des affectations sans consulter les équipes pédagogiques. Aujourd’hui, grâce au cahier des charges, le chef d’établissement peut exprimer ses préférences quant au bagage extra-linguistique de l’assistant : lettres et histoire, sciences, commerce et management, sports, arts… Six profils différents sont ainsi répertoriés pour permettre l’adéquation entre le profil du jeune et les attentes de l’établissement. Par exemple, un lycée du Sud-Ouest de la France très impliqué dans la pratique du rugby sera prédisposé à recevoir un jeune sportif de Nouvelle Zélande ou d’Australie tandis qu’un collège engagé dans le développement durable accueillera plutôt un jeune Colombien.


 


Quelles missions peut-on confier à un assistant étranger ?


 


Par définition, l’assistant a une fonction d’auxiliaire. J’insiste sur le fait qu’il doive toujours intervenir sous la responsabilité d’un professeur. Et dans le secondaire, il ne doit jamais enseigner lui-même. A contrario, on constate trop souvent que le rôle de l’assistant se limite à animer des groupes de conversation avec une moitié de classe tandis que le professeur s’occupe des autres élèves. Il est important de faire évoluer cette forme d’intervention traditionnelle de l’assistant, vers une mission plus large qui dépasse les murs de la classe. Un jeune Argentin guitariste à ses heures peut tout à fait monter un club de guitare. Un autre va préférer organiser des rencontres sportives, animer un club de langue…


 


Un assistant peut-il intervenir dans d’autres cours que les cours de langues ?


 


Bien sûr ! Les établissements qui possèdent des sections européennes notamment, ont beaucoup à gagner à faire participer ces jeunes aux cours de disciplines non linguistiques (DNL)6. Leur participation aux cours d’histoire, de géographie ou de sciences peut s’avérer très enrichissante pour les élèves. L’assistant n’est pas la propriété du professeur de langue ! Les expériences qui ont réellement porté leurs fruits sont celles où les assistants ont réussi, par la mise en pratique de leurs compétences propres, à ouvrir l’horizon culturel des élèves.


 


Quels sont les devoirs de l’équipe éducative envers la jeune recrue ?


 


La première obligation à l’égard de l’assistant est de lui prévoir un logement dès son arrivée, sur place ou à l’extérieur, ne serait-ce qu’à titre provisoire. Dans leur grande majorité, les assistants n’ont effectivement pas les moyens de passer leurs premières nuits à l’hôtel… D’autre part, quand il remplit le cahier des charges, le chef d’établissement désigne un professeur tuteur pour l’assistant. Ce référent doit aider le jeune étranger à accomplir les démarches administratives nécessaires. L’équipe pédagogique doit lui montrer qu’il est attendu, le valoriser, s’intéresser à lui… Pour la majorité d’entre eux, le choc culturel est immense. Si l’encadrement se révèle insuffisant, il arrive qu’ils démissionnent dès les premières semaines. Or, il ne faut pas oublier que celui qui n’est, pour l’heure, qu’un ambassadeur étranger en France sera ensuite un ambassadeur de la France dans son propre pays, en particulier s’il y devient professeur de Français, ce qui se produit très souvent !


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) On trouve sur le site Internet du CIEP les références des textes officiels relatifs à la présence d’assistants étrangers dans les établissements français, ainsi que quantité d’informations pratiques comme le Carnet de route de l’assistant de langue et le Guide de l’assistant de langue.


(2) Les assistants étrangers peuvent aussi intervenir dans les écoles primaires et les IUFM selon des modalités légèrement différentes quant à la durée de leurs contrats et la nature de leurs missions.


(3) Les coordonnées des inspecteurs d’académie – inspecteurs pédagogiques régionaux (IA-IPR) sont données sur les sites Internet des académies.


(4) Quel que soit leur pays de provenance, les assistants étrangers prennent toujours leurs fonctions le 1er octobre. Dans le secondaire, la durée de leur contrat est de 7 mois.


(5) Le programme d’échange d’assistants étrangers a vu le jour en 1904. Alors strictement européen, il impliquait la France, la Prusse et la Grande-Bretagne.


(6) Cours de disciplines non linguistiques donnés malgré tout en langue étrangère.

Question rituelle

C’est évident. Il ne s’agit pas d’exiger d’un assistant qu’il organise un groupe de conversation dès le lendemain de son arrivée ! La personne doit pouvoir observer le fonctionnement des classes pendant un minimum de 15 jours avant de se lancer. Ce laps de temps doit également permettre aux enseignants de définir avec l’assistant les modalités de ses missions, l’épauler dans la préparation de ses interventions, etc.

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