Qu’apporte Internet à l’enseignement des langues ?


 


Autrefois, on acquérait dans la classe des compétences et un savoir-faire pour une situation de communication pouvant survenir après le cours. Aujourd’hui, avec Internet, quand un élève participe à un forum, il s’exprime réellement et non de manière simulée. On peut par exemple lui demander d’aller sur un site comme Amazon pour qu’il recommande dans la langue-cible un livre qu’il a particulièrement apprécié. Cette recommandation de lecture est alors réellement en ligne, ce n’est pas une communication simulée. On peut aussi aller chercher sur Internet l’horoscope des élèves dans la langue-cible. Certes, le document en lui-même n’a pas un intérêt extraordinaire, mais pour l’élève c’est un document réel qui lui correspond personnellement. L’intérêt pour l’apprentissage est donc beaucoup plus grand. L’objectif n’est pas seulement d’augmenter la connaissance linguistique mais de permettre à l’élève d’accéder à une information le concernant.


 


Quels outils pédagogiques avez-vous développés au sein du Cavilam ?


 


Avec TV 5 (la chaîne de télévision francophone), nous avons développé tout un ensemble d’outils d’enseignement du français langue étrangère. Ils sont disponibles sur le site de la chaîne : www.tv5.org. Ils permettent notamment d’utiliser des extraits d’émissions, par exemple la météo, pour travailler avec une classe de débutants complets. Pour vous citer un exemple, on demande aux élèves de repérer dans cette émission des chiffres et des nombres. Ça paraît une activité modeste, mais les véritables objectifs sont une accoutumance à la langue étrangère et la mise en place d’une stratégie de compréhension : il faut d’abord se concentrer sur ce qu’on veut comprendre avant de s’attaquer à ce qu’on ne comprend pas.


 


Cet usage original d’Internet et des médias peut-il intéresser d’autres disciplines que les langues ?


 


Les contenus et les possibilités d’interaction du web peuvent être utilisés dans la plupart des matières scolaires. La difficulté pour l’enseignant, c’est d’avoir la capacité de sélectionner des informations et de les mettre en scène de manière pédagogique. Mais le côté immédiat des supports donne à l’élève l’impression que l’enseignant construit le cours avec lui. Le professeur n’enseigne plus à l’élève : il travaille avec l’élève pour construire un savoir avec lui. Je crois que c’est l’essentiel de la mutation pédagogique qui est en train de se faire.


 


Comment se prémunir en classe des dangers traditionnellement attribués au web, par exemple le risque de dispersion ?


 


Si je fais une analogie avec le stylo à bille, il permet aussi bien d’écrire des poèmes d’amour que des insanités. Le rôle de l’éducateur n’est pas de fermer les yeux ou de fermer l’accès aux ressources d’Internet mais d’aider les élèves à comprendre et à mieux appréhender l’outil. En ce qui concerne le risque de dispersion, il existe lorsqu’il n’y a pas de projet pédagogique clairement défini par l’enseignant. Mais ce risque disparaît à partir du moment où l’enseignant a choisi un certain nombre de sites en fonction de leur intérêt et où il a défini les missions de recherche. Il y a une cible et donc restriction de la dispersion.


 


Propos recueillis par Philippe d’Orves


 


(1) Le Cavilam est d’abord un centre d’enseignement du français langue étrangère, mais aussi d’autres langues comme l’anglais, l’allemand, l’italien et l’espagnol. C’est également et avant tout un centre de formation pour enseignants qui souhaitent réfléchir à leur pratique professionnelle concrète et aux nouvelles idées qu’ils pourraient intégrer dans leurs classes.