Dans L’Express du 28 mars, Laurent Lafforgue signe un article intitulé La porte du savoir. Il réagit au titre du « très regrettable rapport Thélot », Pour la réussite de tous les élèves. Pour le chercheur, ce titre est infondé. En effet, la « raison d’être de l’école est d’ouvrir au savoir, d’éveiller l’esprit, d’instruire ». Et il poursuit : « Son but premier, qui fonde sa légitimité, n’est pas de ‘faire réussir’, pas plus que de pacifier la société ou de créer un monde nouveau. »
Cette prise de position peut sembler paradoxale, surtout de la part d’un éminent mathématicien ! Comment, l’école n’aurait pas pour rôle majeur de garantir la réussite de tous les élèves ? Mais il a des arguments.

Le savoir « au centre »

L’école peut « faire réussir » beaucoup élèves, cela va de soi. Mais l’essentiel ne se situe pas là. Elle se doit avant tout de leur offrir le plus de connaissances possibles. Et pour ce faire, il est nécessaire de mettre au centre …le savoir. Non l’élève. Pour le mathématicien, le savoir s’entend de façon étendue : « depuis les apprentissages simples et essentiels » (lire, écrire, compter), « jusqu’aux plus élevés », qui permettent une entrée réussie dans la vie intellectuelle.
Il nous livre donc la vision d’une école extrêmement rigoureuse : « on ne peut pas apprendre de manière sérieuse en s’amusant », déclarait-il dans Le Monde du 9 février dernier. Il affirme également dans L’Express que l’école doit être « exigeante envers les élèves », ce qui passe par le respect de l’autorité des professeurs.

Trop élitiste ?

On peut lui reprocher évidemment une vision très élitiste, quand il rejette en bloc l' »uniformisation absurde » de l’enseignement dans le secondaire, lui qui souhaiterait une différenciation dès la quatrième. (Le Monde du 9 février).
Ou quand il tient des propos très durs sur la baisse généralisée du niveau, en déclarant au sujet de l’enseignement actuel des mathématiques qu’on « assiste à un naufrage », tous niveaux confondus -le supérieur et les classes prépa n’étant pas épargnés. (Le Figaro du 7 décembre 2004).
Sa vision de l’école ne manquera pas de faire bondir certains. Il tempère néanmoins ses propos en ajoutant qu’une des missions premières de l’école est d' »aider le plus possible les élèves qui acceptent de travailler » (L’Express). Elle se doit d’être la « porte du savoir » pour tous les élèves. Laurent Lafforgue définit ainsi l’école républicaine, celle qui assume véritablement « l’égalité des droits des enfants face à l’instruction ». (Le Monde du 9 février).