Philippe Meirieu : ‘le socle sans la statue ?’

S’il approuve dans les principes certaines dispositions de la loi d’orientation (le socle commun, le dédoublement des classes de langues par niveau, le Haut conseil de l’éducation…), Philipe Meirieu, directeur de l’IUFM de Lyon, n’en reste pas moins très critique sur de nombreux points du texte (le conseil pédagogique d’établissement, le redoublement, la réforme des IUFM…).

Verbatim…


 


Socle commun : le risque d’une base minimale


 


« (…) L’idée de définir les objectifs de la scolarité obligatoire est une vieille idée. C’est une bonne et vieille idée. C’est une idée que l’on trouve dès 1918 dans le projet des compagnons de l’Université nouvelle. C’est une idée réaffirmée avec force dans le plan Langevin-Wallon, qui constitue la référence mythique de l’Education nationale. C’est une idée absolument indispensable et nécessaire : il faut qu’on sache ce que l’on attend des élèves à la fin de la scolarité obligatoire à 16 ans (…). Ceci étant dit : que met-on dans ces fondamentaux de la citoyenneté ? La première chose qui me gêne, c’est l’idée même de socle, comme si tout le monde avait droit au socle alors que certains, seulement, auraient droit à la statue. Cela me paraît une image fâcheuse. Ma deuxième inquiétude : c’est que ce socle soit réduit à des bases, c’est-à-dire à des éléments de savoir fonctionnel, formel, à dimension peu culturelle, qui viendraient comme des préalables par rapport à une culture qui pourrait s’acquérir après, une fois que l’on aurait acquis les bases. C’est contradictoire avec beaucoup de choses que nous savons des apprentissages, en particulier avec le fait que les élèves en difficulté sont des élèves pour lesquels on n’a pas intérêt à s’obstiner sur les bases mais au contraire à faire un détour par des pédagogies très fortement culturelles, qui les impliquent et qui leur permettent ensuite seulement de revenir aux bases. (…)


 


« L’école n’est pas une entreprise »


 


(…) Ce qui me paraît dangereux dans la loi d’orientation sur l’avenir de l’école, c’est l’association de la liberté pédagogique et de l’obligation de résultat. L’une et l’autre sont affirmées dans le texte. Or, pousser au bout cette logique de la liberté pédagogique associée à l’obligation de résultat, c’est autoriser par exemple de mettre sous électrode les élèves qui n’apprennent pas facilement à lire ! Bien évidemment, le risque n’est pas là : les profs ne feront pas ça. Mais cela veut dire que derrière le texte, il y a une idéologie qui dit : « faites à peu près ce que vous voulez du moment que c’est rentable » ! Or, cela me paraît contraire à l’idéal de l’école. L’école n’est pas un lieu où tout doit être rentable. Ce n’est pas un lieu où les résultats doivent piloter complètement la politique. (…) Le résultat est une chose. Mais la liberté de moyens associée à l’obligation de résultat, c’est le contraire de l’éducation en tant que valeur. L’éducation doit se donner un idéal et non pas simplement chercher à obtenir des résultats à tout prix. L’école n’est pas une entreprise, elle ne se pilote pas en termes de performances brutes mais avec des indicateurs de qualité qui ne sont pas simplement des résultats chiffrés (…).


 


IUFM : « une sanction institutionnelle »


 


(…) Je crois que cette réforme est une simple sanction institutionnelle. Il fallait punir les IUFM pour des raisons politiques. Cela ne nous aidera pas à fonctionner. Je ne suis pas hostile à l’intégration dans les universités, bien au contraire : je suis pour que les deux années de formation en IUFM soit deux années qui valent un véritable Master et permettent à nos étudiants de se déplacer dans l’espace européen. En revanche, je suis pour une vraie réforme en profondeur des IUFM, c’est-à-dire une formation qui ne dure pas six mois, comme c‘est le cas aujourd’hui, mais deux véritables années. Et surtout, je suis contre ce concours au milieu qui fait qu’il n’y a pas de travail en profondeur et qu’on ne peut pas mettre en place une alternance entre la théorie et la pratique sur la durée. (…) ».

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