A quand, une éducation de qualité pour tous ?

Au sujet du fonctionnement de notre école, au-delà des restrictions de moyens (cf. la préparation drastique de la rentrée 2005 et les dispositions néfastes prévues par la réforme Fillon), il est fort regrettable que personne ne se préoccupe sérieusement des dysfonctionnements* d’ordres pédagogiques, responsables en grande partie des 150 à 200 000 cas d’élèves qui quittent chaque année le système scolaire sans formation validée !…..


M’appuyant sur mes 36 années d’exercice en lycée (Vingt et une enseignant et 15 comme proviseur), je considère que l’échec du système scolaire provient essentiellement des deux points suivants :


I – L’inadéquation entre la formation dispensée aux futurs enseignants en IUFM et les besoins concrets pour conduire les classes d’élèves sur le terrain.


II – L’enseignement cloisonné des disciplines, trop parcellaire et dogmatique, qui ne convient pas du tout aux élèves les plus fragiles, voire même aux plus moyens !


Je m’attacherais ici à développer, certes bien trop brièvement les deux carences ci-dessus.





-1- Les jeunes collègues qui arrivent en collège ou lycée ne sont pratiquement pas préparés aux techniques (voire recettes !) de conduite d’une classe. La plupart sont complètement désarmés pour ''affronter'' des classes hétérogènes, à effectifs chargés, où ''tenir'' la discipline est un préalable à toute progression réelle et normale pour l’ensemble de la classe ! Hélas, le rattachement annoncé des IUFM aux universités n’est pas de nature à nous rassurer quant à l’efficience des apprentissages de solides méthodes pédagogiques ! Ce ne sont pas les collègues plus anciens dans les établissements -qui travaillent de façon très isolée dans leur matière- qui vont les aider à combler leurs manques sur les techniques et comportements pédagogiques …. Au contraire, chacun se replie sur ses forces et surtout ses faiblesses ! Cette attitude presque générale est bien culturelle.


-2- Parce qu’ils n’y ont pas été ni préparés, ni formés en IUFM ou en CPR et surtout pas encouragés par leur hiérarchie pédagogique (Inspecteurs IPR et IGEN), la grande majorité des professeurs de collège ou de lycée fonctionne comme un ''artisan''. C’est à dire dans sa classe en vase clos, isolé, sans relation aucune avec les autres disciplines ! Seul objectif, le programme officiel dans la matière et le coefficient à satisfaire au bac !


Les bons et assez bons élèves s’accommodent de ces situations et parviennent tant bien que mal à tirer leur épingle du jeu …..Les moyens et faibles élèves souffrent de cet état de fait qu’ils subissent. Ils ne voient pas sur quoi peut déboucher chaque matière abordée sans relation avec les autres et surtout pas sur des études concrètes, élaborées en s’appuyant sur des thèmes ou projets interdisciplinaires donnant du sens à l’enseignement reçu. Résultats pour ces élèves, c’est la spirale : DECROCHAGE – DEMOTIVATION – ECHEC – EJECTION !!


De surcroît, les corps d’Inspection Pédagogiques, surtout préoccupés par la suprématie de leur discipline, n’impulsent pas ou bien trop peu tout travail pluridisciplinaire. Le seul point novateur et positif de la réforme ALLEGRE, les TPE (Travaux Personnels Encadrés) vont passer à la trappe – rentrée 2005 en terminale- en première en suivant . A l’origine, il s’agissait de mettre en relation 3 ou 4 disciplines pour conduire une étude sur un projet annuel par élève ou par groupe. Malgré les fortes résistances ALLEGRE avait réussi à mettre les TPE en place en 2000 pour DEUX matières complémentaires. Cela constituait une avancée pédagogique sans précédent, très formatrice et appréciée des élèves, mais décriée par une partie du corps enseignant, très frileux et quelque peu perturbé dans ses pratiques…..Voilà que par simple économie comptable, le ministre Fillon fait faire un pas en arrière au système en supprimant ces TPE ! Quel dommage, quel gâchis, quelle régression ! Et nos chers inspecteurs de se congratuler en voyant ainsi se restaurer leurs hégémonies disciplinaires.

Si on devait en rester à ces mesures et surtout pratiques pédagogiques figées, il ne faudra pas s’étonner que perdure cet énorme ''déchet'' de 200 000 jeunes Français exclus chaque année …. Et d’ici quelque temps, au prochain ministre de l’EN, on reparlera d’inégalités, de chance pour tous et de pseudo réformes à entreprendre d’urgence !!……


André BATIGNES

Proviseur honoraire








* Trop peu évoqué par la commission nationale THELOT (ma contribution n’a pas été prise en compte !), et il n’en est hélas pas ou très peu été question dans les 62 articles du projet de loi Fillon

Au sujet du fonctionnement de notre école, au-delà des restrictions de moyens (cf. la préparation drastique de la rentrée 2005 et les dispositions néfastes prévues par la réforme Fillon), il est fort regrettable que personne ne se préoccupe sérieusement des dysfonctionnements* d’ordres pédagogiques, responsables en grande partie des 150 à 200 000 cas d’élèves qui quittent chaque année le système scolaire sans formation validée !…..
M’appuyant sur mes 36 années d’exercice en lycée (Vingt et une enseignant et 15 comme proviseur), je considère que l’échec du système scolaire provient essentiellement des deux points suivants :
I – L’inadéquation entre la formation dispensée aux futurs enseignants en IUFM et les besoins concrets pour conduire les classes d’élèves sur le terrain.
II – L’enseignement cloisonné des disciplines, trop parcellaire et dogmatique, qui ne convient pas du tout aux élèves les plus fragiles, voire même aux plus moyens !
Je m’attacherais ici à développer, certes bien trop brièvement les deux carences ci-dessus.

-1- Les jeunes collègues qui arrivent en collège ou lycée ne sont pratiquement pas préparés aux techniques (voire recettes !) de conduite d’une classe. La plupart sont complètement désarmés pour « affronter » des classes hétérogènes, à effectifs chargés, où « tenir » la discipline est un préalable à toute progression réelle et normale pour l’ensemble de la classe ! Hélas, le rattachement annoncé des IUFM aux universités n’est pas de nature à nous rassurer quant à l’efficience des apprentissages de solides méthodes pédagogiques ! Ce ne sont pas les collègues plus anciens dans les établissements -qui travaillent de façon très isolée dans leur matière- qui vont les aider à combler leurs manques sur les techniques et comportements pédagogiques …. Au contraire, chacun se replie sur ses forces et surtout ses faiblesses ! Cette attitude presque générale est bien culturelle.
-2- Parce qu’ils n’y ont pas été ni préparés, ni formés en IUFM ou en CPR et surtout pas encouragés par leur hiérarchie pédagogique (Inspecteurs IPR et IGEN), la grande majorité des professeurs de collège ou de lycée fonctionne comme un « artisan ». C’est à dire dans sa classe en vase clos, isolé, sans relation aucune avec les autres disciplines ! Seul objectif, le programme officiel dans la matière et le coefficient à satisfaire au bac !
Les bons et assez bons élèves s’accommodent de ces situations et parviennent tant bien que mal à tirer leur épingle du jeu …..Les moyens et faibles élèves souffrent de cet état de fait qu’ils subissent. Ils ne voient pas sur quoi peut déboucher chaque matière abordée sans relation avec les autres et surtout pas sur des études concrètes, élaborées en s’appuyant sur des thèmes ou projets interdisciplinaires donnant du sens à l’enseignement reçu. Résultats pour ces élèves, c’est la spirale : DECROCHAGE – DEMOTIVATION – ECHEC – EJECTION !!
De surcroît, les corps d’Inspection Pédagogiques, surtout préoccupés par la suprématie de leur discipline, n’impulsent pas ou bien trop peu tout travail pluridisciplinaire. Le seul point novateur et positif de la réforme ALLEGRE, les TPE (Travaux Personnels Encadrés) vont passer à la trappe – rentrée 2005 en terminale- en première en suivant . A l’origine, il s’agissait de mettre en relation 3 ou 4 disciplines pour conduire une étude sur un projet annuel par élève ou par groupe. Malgré les fortes résistances ALLEGRE avait réussi à mettre les TPE en place en 2000 pour DEUX matières complémentaires. Cela constituait une avancée pédagogique sans précédent, très formatrice et appréciée des élèves, mais décriée par une partie du corps enseignant, très frileux et quelque peu perturbé dans ses pratiques…..Voilà que par simple économie comptable, le ministre Fillon fait faire un pas en arrière au système en supprimant ces TPE ! Quel dommage, quel gâchis, quelle régression ! Et nos chers inspecteurs de se congratuler en voyant ainsi se restaurer leurs hégémonies disciplinaires. Si on devait en rester à ces mesures et surtout pratiques pédagogiques figées, il ne faudra pas s’étonner que perdure cet énorme « déchet » de 200 000 jeunes Français exclus chaque année …. Et d’ici quelque temps, au prochain ministre de l’EN, on reparlera d’inégalités, de chance pour tous et de pseudo réformes à entreprendre d’urgence !!……

                                                  André BATIGNES
                                           Proviseur honoraire


* Trop peu évoqué par la commission nationale THELOT (ma contribution n’a pas été prise en compte !), et il n’en est hélas pas ou très peu été question dans les 62 articles du projet de loi Fillon

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