Ecole élémentaire – mairie : les clés d’un dialogue clair

Tantôt conflits ouverts, tantôt partenariats avancés, les relations école(s)-mairie peuvent révéler des situations très différentes. Taille des communes, politique éducative, personnalité des acteurs expliquent ces disparités. Quelques exemples pour comprendre. Et des clés pour éviter les rapports de force.

« Quand je suis arrivé à Nancy, en 1989, pour prendre la direction de l’école élémentaire du Placieux, la municipalité avait la réputation de s’intéresser aux besoins des écoles au gré des circonstances, se souvient Jean-Marie Arquin. A cette époque, les demandes des directeurs parvenaient à la mairie isolément. Et les réponses de cette dernière étaient pour le moins disparates… Nous avons décidé de réagir de manière constructive, en donnant un nouveau rôle à l’amicale des directeurs d’écoles de la ville, qui avait été créée au début du siècle. Elle est devenue le Groupement des directeurs d’écoles de Nancy (GDEN), grâce auquel nous avons pu mettre en place un véritable partenariat avec la municipalité ».

Déminer le terrain

Le GDEN, qui fédère 38 des 49 écoles de la ville, a ainsi obtenu que le plan pluriannuel de travail soit élaboré en toute clarté par la mairie et leur soit communiqué. Il a également convaincu la ville de déléguer au groupement la gestion de quelques crédits : « Tous les ans, la mairie nous accorde deux enveloppes d’un montant fixe, que nous répartissons en fonction des besoins matériels des écoles », explique Jean-Marie Arquin, aujourd’hui vice-président du GDEN. Et le registre des avancées concrètes obtenues par le groupement ne s’arrête pas là : gestion de la cantine et de la garderie par la mairie1, embauches d’ATSEM2, création d’un groupe de travail informatique, présence d’élus à toutes les réunions des conseils d’écoles, concertation sur les budgets et les travaux, etc. « Le dialogue instauré depuis quinze ans entre le GDEN et la mairie, notamment grâce à des rencontres régulières avec l’adjointe aux écoles, nous permet de déminer le terrain en amont, ce qui est bien plus constructif que de gérer les conflits », souligne le directeur.

Soutien mutuel et diplomatie

« Dans la grande ville où j’exerçais précédemment, l’école n’avait aucune relation avec la municipalité. Ici, le maire est personnellement abordable », témoigne Régine Prospéri3, directrice de l’école élémentaire Beausoleil à La Penne-sur-Huveaune, un village des Bouches-du-Rhône. « Notre petite commune, où nombre d’enseignants siègent au conseil municipal, a toujours donné la priorité aux écoles. Adjoint à l’éducation, parents d’élèves et directeurs d’écoles : nous travaillons ensemble dans une démarche de soutien mutuel. Nous nous concertons pour l’affectation des nouveaux élèves, pour la carte scolaire… »

Quand le dialogue se rompt…

Située à 400 mètres de l’ancien site AZF de Toulouse, la maternelle des Oustalous a été fortement endommagée par l’explosion de l’usine chimique, en septembre 2001. Elle a ensuite été totalement rasée pour être rebâtie. Depuis cette reconstruction, Olivier Plateau, son directeur, regrette le peu de « retours » de la mairie. « Si l’action municipale a été efficace les jours qui ont suivi le drame, notamment dans le déblaiement des gravas et la rapidité à fournir des transports scolaires, elle ne m’est aujourd’hui d’aucun secours pour gérer les problèmes matériels consécutifs à la reconstruction à la hâte de l’école. Je ne peux pas non plus compter sur l’aide de la mairie pour m’aider dans le suivi des travaux, ni dans l’élaboration sérieuse d’un PPMS4. Or, nous sommes toujours en zone SEVESO ».

Déplorant que le dialogue avec le service municipal de la vie scolaire ne passe plus, Olivier Plateau, envoie désormais ses courriers directement au maire, tout en sachant que la solution n’est pas là. « J’ai créé un collectif avec d’autres directeurs d’écoles pour essayer d’améliorer nos relations avec la mairie et pour travailler en équipe avec les services adéquats. Mais, à l’évidence, la coopération avec la mairie n’a pas fonctionné ».

Qui fait quoi ?

Directeur éducation-jeunesse de la ville de Reims, Francis Oudot est le président fondateur de l’association nationale des directeurs de l’éducation des villes de France (ANDEV). Auteur de deux guides5, il explique : « Le problème dans l’enseignement du premier degré, c’est que l’on continue à raisonner en termes de blocs. On oppose, à tort, les questions de fonctionnement matériel, affaire du maire, aux problèmes de contenus pédagogiques, apanage des enseignants. Or, pour avancer, il faut abandonner cette représentation, fondée sur des questions de pouvoir et qui implique des rapports de subordination. D’autant que les parents d’élèves, les IEN6, les structures socio-culturelles interfèrent dans ces relations. Un directeur d’école qui souhaite entretenir des rapports sains et constructifs avec la mairie doit, avant toute chose, chercher à décrypter l’environnement local. Bref, à savoir qui fait quoi sur la commune, y compris au niveau social. Hélas, il n’existe aucune formation pour aider les enseignants à effectuer ce travail d’identification ». Et Francis Oudot de conclure : « Si le facteur humain est un levier essentiel dans les relations entre le milieu local et l’institution, il serait réducteur de porter une analyse toute faite sur ces rapports particulièrement complexes… »

Marie-Laure Maisonneuve

(1) Obtenue avant que cela ne soit généralisé au niveau national.

(2) Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles

(3) Régine Prospéri est également secrétaire du groupement de défense des intérêts des directeurs (GDID). Voir également l’encadré.

(4) Si l’élaboration de plans particuliers de mise en sûreté (PPMS) face aux risques majeurs revient aux directeurs d’écoles et aux chefs d’établissements, les collectivités territoriales ont des rôles précis à jouer dans leur mise en œuvre. Voir le B.O. hors-série n°3 du 30 mai 2002 : www.education.gouv.fr/bo/2002/hs3/default.htm

(5) Les deux ouvrages de Francis Oudot, édités par le Scérén-CNDP, l’ANDEV et l’INJEP : « Le guide de l’éducation », Diversité HS n°9, et « Le dictionnaire de l’éducation », Diversité HS n°10.

(6) Inspecteurs de l’Education nationale

Quel rôle pour chacun des acteurs ?

En ce qui concerne les écoles, la répartition des compétences et des responsabilités entre la mairie et l’Etat, représenté par le ministère de l’Education et ses différentes instances, est détaillée sur cette page du site Web du ministère, >> site, rubrique « Les acteurs des collectivités locales et la répartition des compétences ».

Pour en savoir plus sur les responsabilités des directeurs d’école :

– Le site Web du Groupement de défense des intérêts des directeurs et directrices d’école

– Le site Web du Snuipp, rubrique « Kisaitou« 

directeurdecole.free.fr

– Le site Web du Sgen-CFDT, rubrique « Vademecum« 

Partagez l'article

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.