5 questions à… Fernande Ceccarini : l’alcoolisme chez les adolescents


Que faire contre l'alcoolisme des élèves ?

Quels sont les comportements des adolescents face à l’alcool aujourd’hui ?


 


On observe une grande dérive vers des comportements addictifs en général. L’alcoolisme n’échappe pas à la règle. Il se banalise comme le tabagisme autrefois ou la consommation de cannabis aujourd’hui. Les études toxicologiques montrent que la consommation excessive d’alcool est moins rare aujourd’hui qu’elle ne l’était auparavant. Il y a cinq ans, elle concernait plutôt des lycéens, était liée à des événements festifs, et survenait le week-end. Aujourd’hui, on se rend compte que l’alcoolisme touche de plus en plus de jeunes. Il démarre plus tôt : vers 14/15 ans. De manière générale les jeunes consomment plus, plus régulièrement, notamment le soir en semaine. La bière est toujours la boisson la plus répandue. Autre fait nouveau : les filles sont de plus en plus nombreuses à devenir alcooliques. Seulement, chez ces dernières, la dépendance est d’autant plus difficile à repérer qu’elle est davantage dissimulée. Pour une raison simple : la consommation d’alcool, aujourd’hui encore, est mieux admise pour les hommes que pour les femmes.


 


Comment expliquer cette augmentation de la consommation d’alcool chez les adolescents ?


 


Récemment, la commercialisation de boissons “attractives” à des prix dérisoires, mêlant alcool fort et soda dans un packaging séduisant, a contribué à lever un interdit. Un peu comme si la consommation d’alcool était davantage tolérée. Dans un contexte où les repères des adolescents sont de plus en plus mouvants, où leur moral n’est pas franchement au beau fixe — l’augmentation du taux de suicide dans cette tranche d’âge est là pour le montrer —, l’alcool et les effets désinhibant qu’il entraîne peuvent donner l’illusion d’un bien être.


 


Quels sont les risques associés à cette forme de dépendance ?


 


Comme c’est le cas pour de nombreuses formes d’addiction, le consommateur a le sentiment de maîtriser sa consommation. L’alcoolisme étant encore très largement lié à la figure de l’ivrogne, le consommateur peut être pris au piège des représentations sociales et ne pas avoir conscience de son état de dépendance. Par ailleurs, la consommation d’alcool chez les adolescents ouvre la porte à d’autres formes d’addiction. Le mélange alcool-cannabis par exemple, très répandu, est un cocktail explosif susceptible d’accentuer ou de révéler des pathologies psychiques graves. L’élève devient alors asocial, la satisfaction de son manque devient son seul et unique but. A ce stade de la dépendance, il risque de se désinvestir totalement de son travail scolaire, ce qui peut entraîner une déscolarisation.


 


Peut-on repérer facilement l’alcoolisme ?


 


Quels conseils donner aux enseignants confrontés à l’alcoolisme de certains élèves. C’est loin d’être évident. Avant qu’elle n’alerte les enseignants, par une convergence d’indices tels que des tremblements, des somnolences, de l’agressivité, une haleine alcoolisée… la consommation d’alcool doit être relativement importante. Or, ce n’est pas toujours le cas. Du coup, les enseignants peuvent passer complètement à côté d’un élève alcoolique. D’autant que les états d’ivresse interviennent à des moments où les adolescents ne sont pas au contact d’enseignants, le soir ou le week-end. Cependant, les enseignants doivent s’inquiéter de certains signes comme une chute des résultats scolaires, l’absentéisme, des retards répétés. Il convient alors de dialoguer avec l’élève pour tenter de comprendre quelles sont les causes de son changement d’attitude, tout en gardant à l’esprit que l’alcoolisme implique des attitudes de déni, de honte. Il faut donc jouer de finesse et le rassurer pour obtenir des révélations. Certaines interviennent à la faveur d’opérations de prévention mises en place au sein d’établissements. En cas de confession d’un élève ou de suspicion, l’enseignant doit veiller à informer l’infirmière ou le médecin scolaire afin qu’ils envisagent avec l’élève une prise en charge adaptée.

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