Quels étaient la nature et le budget de l’opération que vous avez menée ?


 


Notre projet s’est déroulé pendant le Forum social européen organisé à Saint-Denis, en novembre 2003. Avec les élèves des lycées Paul Eluard et Suger, encadrés par une demi-douzaine de professeurs et épaulés par quelques journalistes professionnels, nous avons conçu, rédigé, mis en pages et publié un journal quotidien, baptisé « Résonances »1. Chacun de ses six numéros a été tiré à 2000 exemplaires, distribué gratuitement aux participants du forum et traduit en quatre langues sur Internet. Le budget total avoisinait les 18.000 euros.


 


Comment s’y prend-on pour réunir une telle somme ?


 


Il ne faut surtout pas faire comme moi ! Je n’ai entamé mes démarches qu’à la rentrée, alors que le forum débutait le 12 novembre. Or, la première des choses consiste à s’y prendre à l’avance. Pour obtenir des subventions européennes, par exemple, il faut au moins un an. De plus, si elle veut être efficace, la chasse aux subventions doit être minutieusement préparée, ce qui prend du temps. Il faut effectivement adapter la demande aux interlocuteurs, ce qui implique de leur remettre des dossiers « personnalisés ». Ainsi, si vous insistez sur les aspects pédagogiques de votre projet auprès du Conseil régional, vous courez au fiasco : on vous rétorquera que la pédagogie, c’est l’affaire de l’Etat. En revanche, si vous mettez en avant les dimensions éducatives et citoyennes, vous avez toutes les chances de décrocher une participation plus importante. Il faut même être encore plus précis et tenir compte des commissions auxquelles on s’adresse.


 


Vous étiez informé de ce genre de subtilités ?


 


Non, bien sûr. Et c’est le deuxième impératif : disposer d’un réseau d’interlocuteurs susceptibles de vous renseigner, de vous dire à quelle porte frapper, et comment. Rectorat, collectivités, entreprises, fondations… le nombre de possibilités de financement est incroyable. Encore faut-il les connaître. A cet égard, les fonctionnaires territoriaux, en particulier à la mairie, constituent une source d’information trop souvent négligée. Or, ils connaissent parfaitement les rouages des administrations. Et, comme ils ont aussi des enfants, ils sont le plus souvent ravis de soutenir un projet. Enfin, il faut également utiliser toutes les relations que vos années de travail sur place vous ont permis de nouer : collègues, élus, commerçants, responsables d’association, etc.


 


Justement, procède-t-on de la même façon quand on recherche des partenaires privés ?


 


Oui, à ceci près que le financement d’une opération ne passe pas nécessairement par de l’argent. Il ne faut donc pas négliger toutes les facilités que l’on peut vous offrir : des locaux, du matériel ou du personnel mis à votre disposition, des repas ou un hébergement offerts, c’est autant que vous n’aurez pas à financer. Et la démarche est en général plus chaleureuse que la signature d’un chèque. Les projets doivent donc être mobilisateurs, fédérateurs et surtout très ancrés sur le territoire, pour susciter la sympathie des gens à qui vous vous adressez. Cela vaut d’ailleurs aussi pour les collectivités, que l’on a trop souvent tendance à prendre pour de simples guichets de banque.


 


Propos recueillis par Patrick Lallemant


 


(1) Pour plus d’informations sur ce projet : www.rtl.fr et www.ac-creteil.fr.


(2) EPLE : Etablissement public local d’enseignement