La pédagogie et le jeu sont souvent dissociés, même pour les plus petits. Or il s’avère que le jeu a une réelle efficacité pédagogique. Libération, dans deux articles datés du 7 février, montre qu’il peut être un excellent outil pour l’apprentissage de la vie en commun, à travers l’exemple d’une école du Nord de la France. A l’école Jean-Zay à Wattrelos en effet, une salle de jeux est à la disposition des élèves de maternelle. Ils peuvent s’y rendre à tous les interclasses et y jouer librement, sous la surveillance d’une personne « adulte ». Et là miracle : le fait de jouer rend les enfants beaucoup plus calmes ensuite en classe. Car pour pouvoir jouer ensemble, ils ont dû, instinctivement, apprendre des règles de savoir-vivre en commun. Les résultats sont probants : depuis cette première expérience, lancée en 2002, 135 écoles de l’académie du Nord ont suivi. Et à la rentrée 2005, l’expérience devrait s’étendre…aux collèges !

Echecs et Scrabble

S’il est très bénéfique en dehors du temps scolaire, le jeu est également un très bon outil pédagogique au sein même du temps scolaire. Le Scrabble peut ainsi être la base d’activités pédagogiques en classe : la Fédération Française du Scrabble donne d’ailleurs de nombreuses pistes dans la partie pédagogie de son site. Les activités proposées par la fédération s’articulent autour de l’orthographe, de la conjugaison, du vocabulaire, de la production d’écrit… Le jeu permet aussi de redéfinir la relation élève-enseignant : « La relation habituelle élève / enseignant est ici modifiée avec l’apparition de l’élément-jeu, qui s’impose comme un support intermédiaire pouvant aider certains enfants à se soustraire du sentiment d’infériorité parfois éprouvé ». Autre jeu de société utilisable en pédagogie : les échecs. L’académie d’Amiens propose sur son site un choix de fiches pédagogiques centrées sur l’utilisation du jeu d’échecs en zone prioritaire. A noter cette méthode est expérimentée actuellement dans plusieurs établissements de l’académie.

Détracteurs

Si certaines académies font le choix du jeu comme outil pédagogique, certains penseurs y sont fondamentalement opposés. Hegel était absolument contre et le disait en termes assez durs : « La pédagogie du jeu traite l’élément puéril comme quelque chose de valable en soi, le présente aux enfants comme tel, et rabaisse pour eux ce qui est sérieux, et elle-même à une forme puérile peu considérée par les enfants. En les représentant comme achevés dans l’état d’inachèvement où ils se sentent, en s’efforçant ainsi de les rendre contents, elle trouble et elle altère leur vrai besoin spontané qui est bien meilleur. Elle a pour effet le détachement des réalités substantielles, du monde spirituel et d’abord le mépris des hommes, qui se sont présentés eux-mêmes comme puérils et méprisables aux enfants, et enfin, la vanité et la confiance des enfants pleins du sentiment de leur distinction propre ». (Source Philia)
Le site du CRDP Limousin offre aussi un choix de points de vue sur le jeu en classe, en particulier celui de Célestin Freinet, qui, curieusement, ne mâche pas ses mots : « Baser toute une pédagogie sur le jeu, c’est admettre implicitement que le travail est impuissant à assurer l’éducation des jeunes générations ». Lui défend le travail-jeu et non le jeu-travail. « Sa pédagogie repose sur le ‘travail-jeu’ : un travail qui apporte autant de satisfaction que le jeu. Il lui oppose le ‘jeu-travail’ ou jeu dit éducatif, stratégie pédagogique élaborée par l’adulte ».
Sur le terrain toutefois, l’expérience semble contredire les propos des détracteurs. Comment s’y retrouver ? Difficile de tirer son épingle…du jeu.