Enseignant d’histoire-géographie au lycée professionnel Jacques Brel, à Choisy-le-Roi (94), Grégory Germain ne s’étonne plus quand certains élèves manquent à l’appel : « Avec la plupart de nos élèves en situation d’échec scolaire, nous sommes très touchés par l’absentéisme. Ainsi, je me retrouve souvent dans des classes où, sur un effectif de 26 élèves, 4 ou 5 se baladent dans la nature ».

L’antidote ? Pour lui, hélas, pas de solutions miracle. Si ce n’est discuter avec l’élève pour tenter de connaître les causes qui le poussent à déserter la salle de classe. « Très souvent, c’est le signe d’un malaise. Je me souviens notamment d’un élève qui multipliait les absences et qui, lorsqu’il était présent, s’endormait en classe. En le questionnant, je me suis aperçu qu’il travaillait de nuit, aux halles de Rungis. J’ai alors informé l’assistante sociale pour qu’elle trouve une solution », indique l’enseignant.

La sanction, un remède peu efficace

Le travail salarié est une des raisons qui peuvent conduire un élève à « sécher » les cours. Dans certaines familles de migrants, il peut arriver que les filles prennent le relais des parents pour s’occuper de leurs frères et sœurs. Sur-responsabilisées, elles doivent jongler entre travail domestique et école. Dans ce cas, l’enseignant doit prendre contact avec les parents. Il s’agit bien sûr d’éviter les discours culpabilisants et de s’assurer plutôt que la notion de scolarité obligatoire est bien intégrée par les parents. Il faut expliquer l’enjeu que représente l’école pour l’enfant.

En tout cas, quelle que soit la situation, pour beaucoup d’éducateurs, le dialogue est à privilégier, plutôt que la sanction. Qu’il s’agisse d’une heure de colle, d’un travail d’intérêt général ou d’une punition, celle-ci est à utiliser avec parcimonie. Efficace sur un élève qui n’a pas l’habitude d’être absent, elle est souvent inutile avec les absents multirécidivistes. C’est en tout cas l’avis de Djafer Bellal, CPE au lycée Jacques Brel : « Comment voulez-vous que les heures de colle soient une réponse adaptée ? Les élèves n’arrivent pas à assurer 30 heures de cours et vous voulez leur demander d’en faire 35 ? Sans le soutien des enseignants, des parents et de l’administration, on est complètement démuni face à ce type d’absentéisme. Le seul recours, c’est le dialogue, mais c’est aléatoire. »

Une vraie politique de gestion des absences ?

De leur côté, certains chefs d’établissement ont décidé d’initier une véritable politique de gestion des absences. C’est le cas de Georges Turin, proviseur du lycée Saint-Exupéry, situé dans les quartiers Nord de Marseille et classé en ZEP. A la rentrée 2002, avec l’accord de sa hiérarchie, il a installé un logiciel permettant de gérer les absences.

Baptisé GDEP (gestion des défauts de présence), son mode de fonctionnement est simple. Les enseignants disposent d’un carnet d’appel, dans lequel chaque élève est identifié par un code barre. Avec un crayon à lecture optique relié à un modem, ils notent les absences des élèves. Les informations sont ensuite transmises à une unité centrale installée au bureau de la vie scolaire. « L’avantage, explique Georges Turin, c’est que l’on peut cartographier les absences des élèves. On connaît leur fréquence, les horaires les moins fréquentés. Mais tout cela n’a d’intérêt que si on met en place une véritable politique de gestion de l’absentéisme ».

Il a donc décidé d’utiliser ces données pour optimiser les emplois du temps et trouver des solutions à l’absentéisme de tel ou tel élève. « Lorsqu’ils visualisent leurs absences sous forme de courbe ou de diagramme, les élèves prennent conscience de leur attitude. Il ne s’agit pas de les culpabiliser mais surtout de les réimpliquer davantage dans l’Ecole. Dès lors, on peut envisager des solutions. Moi, je privilégie la logique du contrat plutôt que celle de la sanction. Je préfère leur dire « Montre moi que tu es capable de ne pas être absent pendant 15 jours et on avisera ». Et du coup, quand ils relèvent le défi, c’est une véritable victoire pour l’élève et pour l’établissement », indique le proviseur. A Saint-Exupéry, depuis la mise en place du logiciel, le taux d’absentéisme ne dépasse pas 2% par classe en moyenne sur l’ensemble de l’établissement.