Tout a commencé en 1966 : « Je ne voulais pas faire mon service militaire dans une caserne. J’ai donc demandé à partir en coopération à Madagascar… Mais je me suis retrouvé conseiller pédagogique au Niger ! Et c’est comme ça que j’ai découvert l’Afrique ». Gérard Motel a 22 ans. Il n’en est pourtant pas à sa première démarche engagée. Deux ans plus tôt, à sa sortie de l’Ecole normale du Mans, il a demandé un premier poste d’instituteur dans ce qui s’appelait à l’époque une classe de transition1. « C’était le tout début du dispositif. Et la pédagogie qui était préconisée pour ses classes me plaisait beaucoup. Les enfants concernés étaient en difficulté scolaire. Nous essayions de leur appliquer des méthodes individualisées et remotivantes. »


 


L’influence du milieu


 


Au Niger, le jeune instituteur découvre les écoles de brousse et les incroyables difficultés qu’il faut surmonter pour accéder à l’éducation. « Pour ne rien arranger, là-bas, on essayait de plaquer le système éducatif occidental sur un contexte qui n’avait rien à voir. Ce qui me valait de m’accrocher régulièrement avec les responsables de l’administration. »


 


En 1968, Gérard Motel rentre en France, dans le Calvados, où il effectuera désormais toute sa carrière. A sa demande, plutôt que de prendre un poste en établissement, il est détaché comme permanent au Ceméa de Caen (Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active), dans lequel il militait déjà au début de sa carrière. Dans ce cadre, il s’investit surtout dans cette « étude du milieu » qui lui tenait tant à cœur en Afrique : « L’enjeu était de savoir comment amener les enfants à prendre conscience du milieu dans lequel ils vivent. J’ai intensément collaboré au groupe national d’étude monté par le Ceméa sur ce sujet. »


 


L’enseignement de la lecture


 


Au bout de sept ans, il reprend un poste d’instituteur. « J’ai essayé de continuer à appliquer un certain nombre de valeurs humaines : le respect de l’individu, de sa propre capacité à évoluer… Je me suis également beaucoup consacré à l’enseignement de la lecture, en liaison avec l’AFL, l’Association française pour la lecture. » Sa carrière se poursuit ensuite dans une école « ouverte »2, à Hérouville : « Les classes étaient décloisonnées, on travaillait en équipes. Nous correspondions avec d’autres classes, assez proches géographiquement pour que les enfants puissent se rencontrer de temps en temps. »


 


Aide et action


 


Entre 1995 et 1999, Gérard Motel termine sa carrière comme directeur d’école à Courseulles-sur-Mer, sur la côte normande. Entre temps, en 1997, en compagnie de son épouse, institutrice également, il découvre Aide et Action, une association faisant appel au parrainage pour favoriser l’éducation dans les pays du Sud. Ils décident d’y adhérer : « J’ai retrouvé dans cette association les valeurs de solidarité qui m’ont toujours animé, explique Gérard Motel. Nous avons aussi apprécié que les pratiques éducatives mises en place dans ces pays soient vraiment respectueuses des communautés locales. »


 


Le couple s’investit donc fortement : ils parrainent un enfant au Togo et donnent également de leur temps et de leur énergie en tant que bénévoles de l’association : « En 2000, nous sommes partis en mission sur le terrain pour observer comment se déroulaient concrètement les programmes et rencontrer les gens qui travaillent sur place. De plus, maintenant que je suis en retraite, j’interviens régulièrement dans des écoles pour sensibiliser les enfants sur cette question. L’objectif, c’est qu’ils aient une image de l’Afrique autre que celle des guerres, des catastrophes ou des animaux ! Quant à Chantal (Ndlr : son épouse), qui ne prendra sa retraite qu’à la fin de l’année scolaire actuelle, elle a monté de son côté une classe solidaire, qui fonctionne sur le même principe : ses élèves de maternelle parrainent une classe africaine, avec notamment un échange de correspondance trois fois dans l’année. » Qu’ils soient à la retraite ou en activité, Chantal et Gérard n’ont manifestement pas l’intention de diminuer d’un iota leurs engagements humanistes !


 


Patrick Lallemant


 


(1) Classes spécialement aménagées pour préparer des enfants ayant des retards ou des difficultés d’apprentissage à entreprendre un nouveau cycle d’études.


(2) Réglementées par une circulaire de 1976, les écoles « ouvertes » avaient pour vocation une ouverture du « scolaire » sur la vie quotidienne des enfants : le quartier, la vie sociale, les familles, les loisirs… Sur une centaine d’écoles qui avaient opté pour ce statut, moins de 30 en conserveraient encore aujourd’hui quelques pratiques. Elles ne doivent pas être confondues avec les « écoles ouvertes », qui, depuis quelques années, désignent les établissements scolaires, notamment dans les quartiers « difficiles », qui restent ouverts pendant une partie des vacances scolaires.