5 questions à… Pierre Frackowiak : comment préparer une inspection ?

Inspecteur de l’Education Nationale à Douai, Pierre Frackowiak lutte contre certains conservatismes au sein de l’institution. Connu pour son franc parler1, cet ancien instituteur livre ici quelques conseils pour aider les enseignants du primaire à préparer leur inspection et à en tirer parti.

Comment alléger la pression souvent créée par la perspective d’une inspection ?


 


En fait, la pression est souvent créée par des aspects un peu superficiels de l’inspection, par des éléments qui relèvent un peu du « folklore », de l’apparence des choses. On peut tenter de se libérer de cette pression par quelques préparatifs de base (d’autant plus utiles qu’un enseignant du primaire est inspecté tous les 3 ans environ, ndlr). Se renseigner sur les « marottes » de l’inspecteur est un bon point de départ. Certains inspecteurs du 1er degré sont très attentifs à la décoration des classes, d’autres sont plus à cheval sur la sécurité, l’hygiène ou l’organisation de l’espace… D’autres encore portent une attention particulière à leur propre matière d’origine : un ancien professeur d’histoire sera vigilant à la façon dont le maître inspecté aborde la discipline en question. Connaître ces petites “manies” permet à l’enseignant de les anticiper. On peut également lui recommander de soigner son apparence, d’être en forme. Ce sont là des attitudes qui relèvent du respect évident et qui permettent au maître de gagner réellement en confiance. Il est également important de préparer les élèves à la visite de l’inspecteur mais sans leur mentir ni les manipuler (Ndlr : voir encadré).


 


Au-delà de ces « marottes », est-il souhaitable de s’informer en amont sur les attentes de l’inspecteur en termes de contenu et de méthode ?


 


Personnellement, je suis de ceux qui pensent que les inspecteurs doivent communiquer leur méthode de travail au préalable. Pour ma part, je fais en sorte que les enseignants que je vais inspecter reçoivent tous une note d’information sur l’acte d’inspection dans laquelle j’indique notamment mes priorités. Je souhaite ainsi qu’ils comprennent ma démarche et le fait que je sois ouvert au dialogue. En outre, j’engage les maîtres à consulter la notice préparatoire à l’inspection mise en ligne sur le site Internet de l’académie de Lille2. Je pense que munis de ces deux documents, les enseignants peuvent aborder l’inspection avec moins de stress et travailler en parfaite connaissance de cause.


 


Quels sont justement les points à travailler avant une inspection ?


 


Il est primordial de connaître les textes, les programmes, les instructions officielles. Pour moi, qui fait de l’évolution des pratiques pédagogiques une priorité absolue et qui proteste contre “l’évaluationnite”3, il me paraît indispensable que l’enseignant puisse justifier ses choix fondamentaux en les fondant sur des textes, en possédant les références qui guident son action. Beaucoup se contentent encore, hélas, de reproduire des pratiques, fondées sur la simple transmission du savoir, qu’ils ont « subies » tout au long de leur propre scolarité. Au cours de l’inspection, les choix pédagogiques se révèlent d’eux-mêmes, et l’on sait très vite si l’enfant est placé ou non au centre du système éducatif. Puis, au cours de la phase d’entretien qui suit l’observation en classe, j’invite le maître à réfléchir avec moi sur l’activité réelle des élèves dans sa classe. Je conseille donc aux enseignants de s’interroger sur cet aspect primordial de leur travail avant l’inspection ! L’entretien qui clôt l’inspection doit être un dialogue entre nous et non une confrontation basée sur la défense et l’attaque.


 


Est-il souhaitable “d’associer” ses collègues à l’inspection, avant, pendant ou après cette dernière ?


 


C’est utile dans la mesure où les choix pédagogiques ne sont plus des initiatives isolées, comme au temps de Jules Ferry, mais s’inscrivent bel et bien dans un projet d’école initié par une équipe. Pour être vraiment constructif et pour qu’il ait du sens, l’acte d’inspection doit être partagé et faire l’objet d’une réflexion collective. Dans cette optique, et pour réduire le stress, nous proposons, avec certains collègues, quand c’est possible et quand les intéressés sont d’accord, d’associer le directeur ou la directrice soit à la totalité de l’inspection, soit à l’entretien seul. Indépendamment de cette idée, qui me paraît intéressante et que j’expérimente actuellement, je demande toujours à l’enseignant de parler de son inspection en réunion du conseil des maîtres afin d’en dégager les points forts, les points faibles, les besoins. Mais encore faut-il pour cela que le rapport d’inspection et l’évaluation qui l’accompagne soient exploitables dans cette perspective… Des efforts sont à faire de ce côté là aussi !


                               Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve



 


(1) Pierre Frackowiak vient notamment de signer un texte intitulé : “La liberté pédagogique des enseignants, alibi des conservateurs, obstacle à la construction de l’Ecole du 21ème siècle”


(2) http://netia59.ac-lille.fr/doo, rubrique : « regards sur les pratiques ». On y découvre des extraits de rapports d’inspection et les conseils qui les accompagnent.


(3) Pierre Frackowiak remet en question le développement de certaines formes d’évaluation à l’école dans un texte intitulé : “L’évaluationnite, le malheur de l’école”.

Que dire aux élèves avant l’inspection ?

Il ne s’agit pas de leur demander d’avoir un comportement extraordinaire ! L’inspecteur n’est pas dupe. Il fait rapidement la différence entre une attitude circonstancielle et un comportement habituel. On peut simplement dire aux élèves, la veille : « La classe aura demain la visite d’un inspecteur. Il vient voir si je travaille bien, si tout se passe bien dans la classe. Nous travaillerons comme d’habitude ». Il ne sert à rien de les culpabiliser en leur faisant croire que l‘objet de la présence de l’inspecteur dans la classe est de contrôler leur propre travail. Les enfants ne sont pas idiots…

Partagez l'article

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.