5 questions à… Jean-Louis Auduc : impliquer les parents d’élèves

Jean-Louis Auduc est directeur adjoint de l’IUFM de Créteil. Début novembre est paru son dernier ouvrage, « Parents, ne restez pas sur le trottoir de l’Ecole » aux éditions Nathan. Un plaidoyer pour la participation des parents dans la sphère éducative.

Inciter les parents à s’investir dans l’école, alors que les enseignants dénoncent des attitudes de plus en plus intrusives de leur part, vous avez le sens de la provocation ?


 


C’est vrai que l’on entend de plus en plus les enseignants râler contre certains parents, qui se comportent comme des « consommateurs » d’école. Certes, c’est une dérive qui peut se produire lorsqu’une famille est en lien avec le système éducatif et qu’elle sait s’y orienter. Mais rappelons que cette catégorie de parents ne représente qu’une petite minorité. La majorité des parents scolarisent leurs enfants dans une institution qu’ils ne comprennent pas, parce qu’elle est différente de celle qu’ils ont connue, parce que ses méthodes ont changé, parce qu’elle s’est complexifiée. Elle les intimide. Du coup, ils restent à l’écart. Or, une école plus transparente s’impose. Elle permettrait aux parents d’épauler les enseignants dans leur travail.


 


Concrètement, comment rendre l’école plus transparente ?


 


Je crois qu’il y a un énorme effort à faire sur l’évaluation. Les familles ne savent pas ce qui est évalué, ni comment les enseignants s’y prennent. Du coup, elles ne savent pas non plus de quelle manière accompagner les élèves lorsque ceux-ci se trouvent en difficulté. Lorsque les parents reçoivent les bulletins trimestriels, c’est un peu comme si on leur donnait un diagnostic sans leur donner d’ordonnance. La réunion de rentrée doit être l’occasion pour les enseignants d’expliquer clairement quels sont les objectifs que poursuit la classe, et sur quels critères seront évalués les élèves. L’école ne doit pas se contenter de faire des constats. Les enseignants doivent associer les parents aux projets pédagogiques, réfléchir à des stratégies en partenariat avec les parents, mais aussi avec d’autres acteurs de la cité, en cas de difficultés.


 


Cela demande presque « du sur-mesure ». Pensez-vous que les enseignants aient le temps ?


 


Certains le trouvent. Par exemple au collège Fabien, à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, les enseignants des classes de 5e et de 3e ont décidé de remettre individuellement les bulletins scolaires à chaque parent et d’aider les familles défavorisées et modestes à comprendre les évaluations. Ces dernières sont d’ailleurs sollicitées par les enseignants pour faire en sorte que la présentation et la rédaction des bulletins soit compréhensible. Les enseignants travaillent également sur les conseils à donner aux familles pour aider leurs enfants à réussir. Et ça marche.


 


Vous dîtes que les enseignants doivent associer les parents aux projets pédagogiques. De quelle manière ? Pourriez-vous nous donner des exemples concrets ?


 


Je pense que parents et enseignants doivent travailler ensemble pour mettre en cohérence les actions des uns dans la famille et celles des autres dans l’école. Ce peut être le cas, par exemple, des activités autour de la lecture. Je pense plus particulièrement aux clubs “Coup de Pouce CLɔ1 (Ndlr : Ils existent dans une trentaine de villes : Alès, Angers, Paris, Marseille, etc.). Dans ces clubs, sous l’impulsion des enseignants, les parents construisent et participent aux projets visant à développer les capacités de lecture de leurs enfants. En fait, il suffit parfois de faire un pas vers les familles pour s’apercevoir qu’elles ne demandent qu’à s’investir dans la scolarité de leurs enfants.


 


Propos recueillis par Laetitia de Kerchove


 


(1) En 2002-2003, le dispositif Coup de Pouce CLÉ a accueilli environ 1 600 enfants répartis dans 30 villes françaises. On trouvera une description de ce dispositif par son créateur en cliquant ici,  ainsi qu’une autre description sur le site www.bienlire.education.fr

Question rituelle

Il faut lui laisser la chance de s’exprimer, au cours d’un entretien par exemple. Nier le conflit, c’est s’interdire la possibilité d’arriver à un compromis avec le parent d’élève, et donc de le responsabiliser. Lorsque la situation est complètement bloquée, et que l’on a du mal à instaurer le dialogue, il ne faut pas hésiter à faire appel à un tiers, par exemple à l’association des parents d’élève.

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.