“Une déclaration d’accident à remplir, des protestations de parents à entendre, des problèmes de factures à régler avec la mairie… On ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre !” témoigne Jean-François Virama, directeur de l’école de Villeneuve la Rivière (Pyrénées-Orientales). “On croit pouvoir faire la classe normalement et l’on se voit obligé de confier ses élèves à un collègue au bout de dix minutes pour aller résoudre des questions qui n’ont rien à voir avec la pédagogie”, poursuit-il.

Si une expérience de dix années de direction et une décharge1 d’un jour par semaine lui permettent de “faire tourner” cette école de 150 élèves, Jean-François Virama reconnaît que la panique n’est jamais très loin. Pour s’en prémunir, il a choisi d’anticiper certaines tâches et d’en déléguer d’autres : “Les réponses aux enquêtes, l’élaboration de la carte scolaire ou l’organisation des sorties de fin d’année peuvent être échelonnées sur des périodes creuses. Il peut m’arriver en outre de solliciter un collègue de maternelle pendant la sieste des enfants pour m’aider dans des travaux purement administratifs. J’ai également fait le choix de répondre aux appels téléphoniques et aux mails quand ils me parviennent. Je ne laisse rien s’accumuler”.

Savoir dire “non” et trouver une écoute

Directeur de l’école de La Millière à Marseille2, Thierry Fabre est également secrétaire du GDID (groupement de défense des intérêts des directeurs)3 : “Le côté pénible de nos fonctions réside essentiellement dans la diversité des demandes qui nous arrivent chaque jour en grand nombre et de manière orale. Nous sommes confrontés en permanence à des problèmes d’organisation et de tri d’autant plus difficiles à gérer que nous manquons réellement de temps pour nous y consacrer ! Nous travaillons toujours dans l’urgence en suivant des priorités principalement dictées par le bien-être des élèves. Différencier l’urgent de l’urgentissime implique qu’il faut parfois savoir dire « non ». À titre d’exemple, j’ai refusé cette année de tenir les comptes de la coopérative scolaire. Il n’y a aucune honte à reconnaître ses limites tant vis-à-vis de l’institution que des collègues”.

Thierry Fabre croit également à la nécessité de communiquer avec ses homologues. Savoir ”trouver une écoute” au sein des associations, des syndicats ou de la hiérarchie est à ses yeux primordial : “Il faut absolument avoir une attitude d’échange avec les collègues, au moins rompre l’isolement. Les plus jeunes d’entre nous ont du mal à admettre les situations d’échec. Pourtant nous vivons tous des expériences semblables. Aller chercher des solutions auprès d’autres directeurs est une façon concrète d’avancer. Et pour ma part, je n’hésite pas à utiliser l’Internet pour interpeller mes collègues”.

Solliciter l’institution

Avec deux journées de décharge hebdomadaire, Christophe Bassini, directeur, depuis septembre, d’une école primaire de l’Aisne, se dit “chanceux”. À l’image de certains confrères, il liste consciencieusement chaque matin les tâches de la journée par ordre d’importance. Ce qui aurait tendance à le décourager, dans cette première année d’exercice, c’est le volume du courrier : “Nous sommes abreuvés de circulaires provenant de l’inspecteur de circonscription, de l’académie ou du ministère”, déplore-t-il. “Et je dois régulièrement prendre sur mes congés pour mettre de l’ordre dans toute cette paperasse”.

Secrétaire général adjoint du SIEN (syndicat des inspecteurs de l’éducation nationale), Michel Volckcrick reconnaît que l’abondance des informations reçues peut parfois être déroutante : “Il n’est pas toujours facile de faire le tri dans la somme grandissante de textes divers qui arrivent aujourd’hui dans les écoles par le biais de l’Internet. Ceci étant, les collègues, les secrétaires des inspections, les conseillers pédagogiques voire les inspecteurs eux-mêmes peuvent, sur simple sollicitation, aider les directeurs dans différents domaines et notamment dans la mise en application des circulaires officielles et pour le renseignement des différentes enquêtes”, souligne-t-il.

Et Thierry Fabre de conclure : “En marge de nos revendications actuelles (voir ci-contre) le moteur essentiel de notre métier reste la passion. La dimension relationnelle de nos fonctions et les projets que l’on porte avec les collègues sont autant de moyens de l’assouvir”.

Marie-Laure Maisonneuve

(1) La « décharge de direction » correspond au temps dont l’enseignant dispose pour exercer, hors de sa classe, ses fonctions de direction. La quantité de ces dégagements (appelée quotité) varie selon la taille de l’école. Elle peut aller d’une journée (un quart de décharge) pour les écoles de 5 à 9 classes, à cinq jours (décharge complète) pour les écoles de plus de 13 classes.

(2) Située en ZEP, cette école compte 200 élèves répartis en 9 classes dont 2 spécialisées, pour une équipe pédagogique de 15 personnes.

(3) Le GDID est une association regroupant environ 750 directeurs d’école (ou adjoints faisant fonction). Son journal, “La bouteille à l’encre”, est diffusé dans près de 34000 écoles françaises. Adresse postale : GDID – 106 chemin du Vallon des Escourtines – 13011 Marseille. Conseils pratiques, formulaires, liens utiles etc. sont à consulter sur le site : dirpri.free.fr