Hors-Série Recherche appliquée (8/10)
5 questions à… Monica Gather-Thurler : modifier les cycles d’apprentissages

Maître d’enseignement et de recherche à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de Genève1, Monica Gather-Thurler travaille en particulier sur les cycles d’apprentissage, l'un des sujets clés du rapport Thélot2.

Pourquoi estimez-vous qu’il est indispensable de modifier les cycles d’apprentissage à l’école ?

Ce changement doit s’inscrire dans une démarche globale d’amélioration de la qualité de l’école et de lutte contre l’échec scolaire. Dans le système actuel, le collage d’années les unes après les autres nuit à la flexibilité. Les parcours des élèves, très différents les uns des autres, ne sont donc pas pris en compte. Sans tomber dans une logique de laxisme, il faut adapter le rythme d’apprentissage à chaque cas particulier.

Le principe est de remplacer la notion de programme par celle d’objectifs. Pouvez-vous expliquer en quoi cela consiste ?

A l’heure actuelle, les élèves doivent mettre en pratique des apprentissages dans un laps de temps donné, en général un an. Ceux qui n’y arrivent pas redoublent, alors qu’il leur suffirait souvent d’y consacrer quelques semaines supplémentaires plutôt que toute une année. Il faut donc en finir avec les programmes et raisonner en termes d’objectifs d’apprentissage et de compétences soigneusement définis. Ces exigences doivent être plus fortes que celles des programmes traditionnels, coupés en petits morceaux. Par exemple, être en mesure de comprendre ce qu’on lit peut prendre deux ans pour certains élèves et un an de plus ou de moins pour d’autres.

Comment mettre en place ces changements ?

Cela passe d’abord par une volonté politique. Des expériences dans ce sens ont déjà été menées en Suisse où une proposition de réforme de l’enseignement prévoit que le primaire s’y décompose en deux cycles de quatre ans. En Belgique et au Québec, les cycles sont de deux ans. En tout cas, quelle que soit la durée des cycles, la classe n’est plus une structure figée. Les élèves passent d’un groupe à l’autre et les professeurs doivent décloisonner leur enseignement, apprendre à travailler avec des ensembles mélangeant des élèves de plusieurs classes. Il faut donc remettre en avant la notion d’équipe pédagogique, dont les membres sont co-responsables de la réussite des élèves. L’échelle de référence devient ainsi l’établissement scolaire plutôt que la classe. Enfin, les professeurs doivent être formés de telle sorte qu’ils puissent observer la progression des élèves et, surtout, proposer une réponse adaptée à chacun d’eux.

Vous affirmez que de tels changements permettraient de lutter contre les inégalités. De quelle façon ?

Les élèves ne sont pas tous au même niveau quand ils arrivent à l’école. Or le système actuel contribue à élargir les écarts plutôt que de les réduire. Un enfant issu d’un milieu favorisé, avec des parents qui prennent le temps de s’occuper de lui, sera toujours avantagé par rapport aux autres. Et il le sera encore davantage si l’on persiste dans un système classique où vous donnez tout un ensemble d’exercices aux élèves, en demandant à ceux qui n’ont pas réussi de terminer à la maison. Car, la plupart du temps, les élèves en difficulté en classe sont également ceux qui se retrouvent livrés à eux-mêmes hors de l’école. D’autre part, toutes les recherches ont prouvé que plus on consacre de temps à une tâche, mieux on apprend. Passer systématiquement d’une matière à une autre toutes les heures n’est donc pas satisfaisant. Une heure suffit en effet largement à étudier certains contenus. C’est, en revanche, notoirement insuffisant pour d’autres, qui demandent plus de temps. Mais l’enseignant est tenu par le programme, qu’il doit mettre en œuvre entre septembre et juin. Pour disposer de davantage de temps, c’est donc toute l’organisation du travail scolaire et de ses cycles qu’il faut revoir.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

(1) Où elle est également coordinatrice du Laboratoire de recherche Innovation-Formation-Education (LIFE).

(2) Voir notamment Seconde partie, Chapitre 1, pp. 49-63. Le rapport est consultable sur www.loi.ecole.gouv.fr.

Concrètement, comment organiser un établissement ?

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