Tout petit, Christophe Yvetot rêvait d’être journaliste. Il l’a été, très tôt, avant de devenir… professeur de français ! A 18 ans, il rédige ses premiers articles pour la Presse de la Manche. « Fou de foot, j’ai pu suivre pendant cinq ans le Stade Malherbe de Caen sur tous les stades de première division. » Parallèlement, il poursuit ses études et décroche un Deug de lettres et une licence de sociologie.


 


Soucieux d’exercer son métier de journaliste autrement et sans compromis, il quitte le quotidien et participe à la création de Caen Plus, un mensuel qui vivra trois ans. Il travaille également en indépendant. Mais il ressent toujours un manque : « En tant que journaliste, je ne touchais que des gens déjà sensibilisés puisqu’ils avaient faits eux-mêmes la démarche de lire. Or, j’ai toujours eu le souci de la transmission, de m’adresser à un public pas forcément acquis d’avance. J’ai donc déposé un dossier pour bénéficier d’une bourse d’accès à l’IUFM. A ma grande surprise, elle a été accordée. Je suis donc devenu prof de Français. »


 


Le syndrome Loft Story


 


En tant qu’enseignant, Christophe Yvetot se trouve alors confronté à un problème croissant : la passivité d’une majorité d’élèves et leur ennui avoué. « Si je caricaturais, je dirais qu’enseigner, pour moi, aujourd’hui, c’est lutter contre TF1 ! L’année où Loft Story a fait son apparition, quand j’arrivais en classe, je trouvais sur les bureaux des petits mots incitant à voter untel ou unetelle. Je me suis alors demandé comment des élèves focalisés sur ce type de préoccupations pouvaient s’intéresser à l’accord du complément d’objet direct. »


 


La réponse à cette question, Christophe Yvetot va la trouver dans la création d’activités pédagogiques innovantes. Première expérience : il organise une rencontre entre ses élèves de troisième du collège Alphonse Allais et deux rescapés d’Auschwitz. Il demande ensuite aux élèves de rédiger un recueil autour de ces deux témoignages.


 


En quête d’école


 


Mais l’opération la plus ambitieuse naîtra quelques années plus tard. A la demande de sa proviseur, il imagine l’opération « En quête d’école ». « Lancée en 2002, explique-t-il, cette opération touche chaque année un millier d’élèves issus de tous les établissements du secondaire à Honfleur. Elle s’articule autour de deux axes. D’une part, nous organisons cinq rencontres par an avec des personnalités de tous horizons : François Cavanna, Jacques Glassmann (le footballeur qui révéla l’affaire VA-OM, Ndlr), Albert Jacquard, un survivant d’Auschwitz, Yannick Noah, etc. Par ailleurs, nous organisons des activités liées à ces rencontres : animation d’une radio émettant à partir du lycée professionnel, ateliers d’analyse télé, écriture, photo, cinéma, dessin de presse, etc. Elles sont, pour la plupart, basées sur le volontariat et se déroulent en dehors des heures de classe. »


 


Le point d’orgue de cette opération a eu lieu en juin dernier, à l’occasion de la clôture de l’opération pour l’année scolaire 2003-2004. Un concert des Têtes Raides a attiré sur un stade voisin près de 2000 spectateurs payants. Initialement programmée sur deux ans, l’opération a été reconduite pour la même durée. Reste à savoir si c’est Christophe Yvetot qui la mènera à terme tant le personnage ne tient pas en place et bouillonne de projets.