Quand la police prend le chemin de l’école

Des uniformes à l’école ? L'idée peut paraître choquante. Pourtant, face à la montée des incivilités et des violences scolaires, la police tisse des liens de plus en plus étroits avec le monde éducatif.

Le 4 octobre dernier, Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur, et François Fillon, ministre de l’Education, se sont donnés rendez-vous dans un établissement de Dreux réputé difficile : le collège Pierre et Marie Curie. Le déplacement avait pour objet la signature d’un protocole d’accord visant à lutter contre la violence scolaire. Le texte prévoit la mise en place, dans les gendarmeries et les commissariats de police, d’un interlocuteur unique et disponible à tout moment pour les chefs d’établissements.

Ce “correspondant” pourra notamment renforcer les rondes autour d’un établissement, pratiquer des fouilles et des contrôles en cas de soupçon de racket ou de trafic de stupéfiant ou encore intervenir dans l’enceinte de l’établissement avec l’accord de l’administration. Il pourra également mettre en place des opérations de prévention pour lutter contre toute forme de violence. Le protocole insiste également sur la notion de « diagnostic sécurité » des établissements afin de cerner au mieux les besoins en matière de prévention.

« La violence n’est pas une fatalité »

En réalité, la signature du protocole, maintes fois reportée, ne fait qu’entériner des pratiques déjà existantes. Au collège Pierre et Marie Curie de Dreux, par exemple, l’équipe médico-éducative travaillait déjà avec les forces de l’ordre pour mener des actions de prévention. Pour Jean-Etienne Binot, son principal, la violence en milieu scolaire ne doit pas être une fatalité. L’an dernier, il n’a pas hésité à exclure une dizaine d’élèves pour des violences verbales graves et des actes de vandalisme. Et quand il le faut, un rappel de la loi s’impose. « Il est fondamental que l’acte éducatif intègre la sanction. Que des policiers interviennent ne me choque pas, c’est même nécessaire lorsque la loi est transgressée », indique-t-il.

Un avis que tout le monde ne partage pas. « Lorsque nous arrivons dans un établissement, indique un policier formateur anti-drogue de la brigade des stupéfiants, nous nous heurtons parfois à des enseignants qui manifestent une opposition de principe. Pour eux, les forces de l’ordre représentent une autorité contre laquelle ils se sont élevés dans leur jeunesse, en mai 68 ».

« Les îlotiers font partie du paysage »

Pour Annick D., principale d’un collège classé zone de prévention violence dans le 19e arrondissement de Paris, la présence des uniformes est un véritable soutien : « Ce n’est pas encore dans la culture de tous les établissements. Mais les profs commencent à prendre conscience qu’ils ne peuvent pas tout résoudre seuls. On ne règle pas un problème de racket par des heures de colle ou par une exclusion. Alors, faire rentrer les uniformes à l’école, oui… à condition de ne pas avoir affaire à des cow-boys. Chez nous, les îlotiers (policiers, ndlr) font partie du paysage. Je les reçois très souvent, nous faisons le point ensemble. Ils finissent par connaître les élèves. Et s’ils en croisent un dans la rue qui devrait être en cours alors qu’il sèche, ils nous le ramènent », indique-telle.

Petit à petit, l’image de la Police s’améliore dans le milieu éducatif. Il est vrai que des actions de préventions de qualité se sont développées. A Paris, par exemple, tous les commissariats de police de quartier disposent d’une cellule de Mission de prévention et de communication (MPC) qui intervient à la demande des chefs d’établissements sur des thèmes liés à la violence scolaire.

Du côté de la brigade des stupéfiants, une demie douzaine d’officiers, les Policiers formateurs anti-drogue (PEFAD) font également des interventions, mais seulement en lycée dans le cadre d’opérations de prévention et de lutte contre la consommation de stupéfiants.

Alors que le ministère publiait des chiffres inquiétants sur les actes de violences dans les établissements scolaires quelques jours avant la signature du protocole (voir encadré), il semble que les choses changent dans les relations entre la police et l’école.

Le chiffre

En 2003/2004, 81 000 signalements de violence ont été comptabilisés dans le secondaire (SIGNA / Note d’information octobre 2004). Le top 10 de la violence scolaire :

– Violence physique sans armes

– Insulte ou menace graves

– Vol ou tentative

– Autre fait grave

– Dommages locaux

– Jets de pierre et autres projectiles

– Intrusions de personnes étrangères à l’établissement

– Consommation de stupéfiant

– Tags

– Racket ou tentative

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