Qu’est-ce que le Trésor de la Langue Française ?

Jean-Marie Pierrel : Pour comprendre son importance, il faut remonter à son histoire. Dans les années 60, le gouvernement met en place l’Institut National de la Langue Française pour qu’il crée un dictionnaire de référence sur le français. Pendant trente ans s’élabore le Trésor de la Langue Française, qui va donner lieu à une publication en seize volumes. Mais depuis peu, la langue française est devenue véritable objet de recherche : c’est pourquoi, en remplacement de l’Institut National de la Langue Française, est né en 2001 le laboratoire ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française), rattaché au CNRS.

Quelle est la place du TLF dans ce nouveau contexte ?

J-M P : L’ATILF est le plus gros laboratoire de linguistique française du CNRS. C’est un pôle national et international de ressources informatisées du français. Le TLF entre dans ce cadre-là : il est le dictionnaire « haut de gamme » du français moderne et contemporain (19e-20e). Pour le rendre plus facilement accessible, le laboratoire ATILF a mis en place sa version en ligne



Le public touché est-il large ?

J-M P : Bien que catalogué dictionnaire « intellectuel », le TLF compte près de 200 000 pages vues par jour ! Mais il est vrai qu’un tiers de nos usagers sont des enseignants et des chercheurs.

Quel plus apporte le CD-Rom ?

J-M P :
  Il y a tout d’abord une raison pratique : nous ne pourrons bientôt plus répondre à la demande en ligne, qui ne cesse d’augmenter. Et il répond à un besoin exprimé par les utilisateurs : la possibilité d’insérer le dictionnaire dans d’autres applicatifs, tels Explorer et Word. Et aussi, celle de pouvoir utiliser le dictionnaire, même si l’on n’est pas connecté à un haut débit sur internet.

Le TLF entre-t-il en concurrence avec d’autres dictionnaires célèbres, tels le Littré ou celui de l’Académie Française ?

J-M P : Absolument pas. Pour ce qui est du Littré, le TLF s’inscrit dans sa continuité. Le Littré est le grand dictionnaire de langue du 19e siècle. Le TLF est en quelque sorte le Littré du 20e siècle. Pour ce qui est du dictionnaire de l’Académie Française, il n’y a aucune concurrence entre nous : nous l’avons d’ailleurs informatisé. Nous ne remplissons pas le même rôle : tandis que le dictionnaire de l’Académie est « prescriptif », c’est-à-dire qu’il ne donne qu’une seule définition du mot, le TLF au contraire le situe dans divers contextes, et fourmille d’exemples, en particulier littéraires. Ces deux visions sont complémentaires.

Le TLF vous sert-il de base pour travailler sur d’autres projets ?

J-M P : Oui, actuellement, nous sommes en train de réaliser, en partenariat avec le rectorat de Nancy-Metz, un logiciel d’aide à la préparation du bac de français. Il s’appuie sur les définitions du TLF et sur notre base de données Frantext, qui recense 4000 œuvres littéraires.

Pouvez-vous en quelques mots nous décrire son fonctionnement ?

J-M P :
C’est simple, à partir d’un texte, le logiciel permet de repérer les champs lexicaux, les figures de style, ou encore la versification en poésie. Il permet aussi à l’élève de s’exercer et de s’auto-corriger.