Hors-Série Recherche appliquée (7/10)
5 questions à… Jean-Paul Roux : la confrontation socio-cognitive

Professeur à l’IUFM d’Aix-Marseille et à l’université de Provence, Jean-Paul Roux travaille depuis une vingtaine d’années sur le développement cognitif de l'enfant et plus particulièrement sur l’aspect social de l’acquisition des connaissances.

Qu’est-ce que le conflit socio-cognitif ?

Il ne s’agit pas d’un conflit à proprement parler, mais plutôt d’une confrontation. Ce concept signifie que l’acquisition des connaissances chez un individu est de nature sociale. En effet, avec l’appui d’un adulte ou d’un enfant plus avancé que lui, l’enfant apprend à faire des choses qu’il n’était pas capable de faire tout seul. L’idée générale, c’est que l’apprentissage précède le développement.

Mais peut-il y avoir un conflit socio-cognitif au sein d’une classe, c’est-à-dire entre élèves du même niveau ?

Ce que l’on constate, c’est que lors de la co-résolution d’un problème par des élèves de même niveau, des échanges s’effectuent qui provoquent un double conflit cognitif auquel vient s’ajouter un troisième conflit, d’ordre social. Le premier conflit, c’est que l’enfant prend conscience qu’il peut y avoir des réponses autres que la sienne. C’est un conflit cognitif intra-individuel. Et comme les réponses ne sont pas identiques, il y a aussi un conflit cognitif inter-individuel. A ce double conflit cognitif, et du fait que les enfants doivent fournir une seule réponse, s’ajoute une confrontation sociale, négociations entre les enfants pour se mettre d’accord sur une réponse commune. Ce conflit, à la fois social et cognitif, conduit les enfants à organiser, ou à réorganiser, leur pensée. La plupart du temps, ce double processus débouche sur une amélioration des performances individuelles, qu’il s’agisse d’un apprentissage scolaire ou pas.

Peut-on réellement mesurer l’impact de ces confrontations ?

Bien sûr ! Le procédé est simple : on sélectionne des enfants de même niveau. On les fait travailler, les uns seuls, les autres à deux. Ils subissent ensuite des tests destinés à évaluer ce qu’ils ont appris et ce qu’ils sont capables de transférer. Dans ces circonstances, de manière générale, on constate que l’apprentissage se fait mieux à deux.

Y a-t-il des moments où la confrontation socio-cognitive est plus nécessaire qu’à d’autres ?

Il y a en tout cas des moments où elle est plus pertinente, plus efficace. C’est le cas à chaque fois que l’enfant se trouve face à un problème qu’il ne peut pas maîtriser seul, mais qu’il est capable de résoudre avec l’aide de quelqu’un. Cette différence entre ce qu’il sait et ce qu’il est capable d’apprendre, c’est ce que l’on appelle la zone de proche développement. Je prends un exemple. Un enfant rentre de l’école et dit à son père qu’il a perdu son nounours. Il n’est pas capable de le retrouver seul. Son père lui pose alors une série de questions : L’avait-il emmené à l’école ? A-t-il rapporté son cartable ? Qu’a-t-il fait en rentrant à la maison ? De fil en aiguille, l’enfant se souvient qu’il est allé regarder son poisson rouge. Il retourne donc au pied de l’aquarium et retrouve son nounours dans le cartable. Il y a eu à la fois la performance (l’enfant a retrouvé sa peluche) et surtout l’apprentissage puis l’appropriation par l’enfant d’une méthode pour chercher des objets perdus.
Propos recueillis par Patrick Lallemant


Faut-il favoriser les échanges et les débats dans la classe ?

Le prof doit effectivement devenir une ressource parmi d’autres au service des élèves. Il doit ouvrir des débats collectifs puis institutionnaliser les découvertes des enfants. Cela passe aussi par un réaménagement de la salle de classe. Il faut oublier les rangs les uns derrière les autres et les élèves qui se tournent le dos.

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