Bilinguisme latin-grec : mots contre maux

Les langues anciennes ont la cote ! Pour motiver les élèves, rien de tel que la civilisation antique. Marie-France Kalantzis, directrice du CDDP du Territoire de Belfort, a mis au point une méthode originale, qui remporte un franc succès : le bilinguisme latin-grec. Rencontre.

Depuis quand l’option bilinguisme latin-grec existe-t-elle ?

Marie-France Kalantzis : Je l’ai initiée en 1991 dans le collège de Belfort, classé ZEP, où j’enseignais. Et depuis 1996, l’option a été adaptée aux nouveaux programmes, qui ne permettent le choix de l’option grec qu’à partir de la 3e. La méthode du bilinguisme ne nécessite pas une dotation horaire supplémentaire. Elle s’intègre dans les deux ou trois heures hebdomadaires imparties à l’enseignement des langues anciennes en collège.

Comment vous est venue l’idée ?

M-F K :
Outre la volonté de maintenir l’enseignement du grec ancien, que peu d’élèves décident de choisir seul en 3e, le bilinguisme latin-grec répond aussi à une attente, formulée par mes élèves de ZEP : ils souhaitent apprendre le grec dès la 5e, car ils sont fascinés par la mythologie. Cette option, par ailleurs beaucoup axée sur la mythologie et l’étymologie, est parfaitement adaptée à la demande.

N’est-elle adaptée qu’aux établissements difficiles ?

M-F K
: non, bien sûr ! J’ai déjà rencontré des enseignants d’établissements « gâtés » où cette option était en place. Mais il est vrai qu’elle rencontre un franc succès en ZEP.

Est-ce que ce travail se rapproche de celui des enseignants pratiquant, en ZEP, le « latin-grec thérapeutique » ?

M-F K : En fait, c’est très différent. J’ai moi-même enseigné le « latin thérapeutique ». Il permet de revenir ensuite au français, car par son biais, on effectue un travail sur la formation des mots, les proverbes … C’est un travail partiel, adapté aux élèves difficiles, tandis que l’option bilinguisme respecte vraiment les programmes officiels de langues anciennes.

Se substitue-t-elle au latin et au grec pris séparément ?

M-F K : non, ces différentes options coexistent. Rien n’empêche un élève qui a choisi l’option bilinguisme en 5e, de poursuivre ensuite avec une seule langue ancienne. L’option bilinguisme respecte parfaitement les programmes, même s’il est vrai qu’elle est très centrée sur l’aspect civilisation. Il est cependant difficile de la maintenir au lycée, car les programmes étant chargés en latin et en grec, il est impossible de présenter les deux langues au bac et de boucler le programme, en n’ayant suivi qu’une seule option.

Certains collèges font-ils le choix de cette option au détriment des deux autres ?

M-F K : oui, dans certains établissements, seule cette option est proposée, par choix des enseignants, et aussi faute de moyens. Ce choix est toujours bien accueilli par les parents et les chefs d’établissement.

Comment les enseignants désireux de mettre en place cette option peuvent-ils se former à votre méthode ?

M-F K : Il existe des possibilités de se former dans certaines académies où je suis d’ailleurs déjà intervenue -Amiens, Lyon, Clermont-Ferrand-. Sinon, il faut s’adresser aux associations de professeurs de latin-grec.

Ont-ils des manuels à leur disposition pour préparer leurs cours bilingues ?

M-F K :
non, et c’est bien là tout le problème ! Pour l’instant, les enseignants désireux de mettre en place le bilinguisme doivent compiler eux-mêmes leurs documents, ce qui n’est pas toujours facile. Je prépare actuellement un manuel, qui rassemble les textes latins et grecs à mettre en parallèle pour travailler en classe. Il devrait être publié pour la rentrée prochaine.

Cette option reçoit-elle le soutien du ministère ?

M-F K :
Pour 2004, l’Inspection de l’Education nationale se montre dans son ensemble très favorable. L’objectif désormais, ce serait que cette option entre dans les programmes et soit validée par le CNP, et cesse d’être présentée comme « expérimentation pédagogique ».

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