Enseignante dans une zone urbaine sensible, je dois enseigner à une classe de 29 enfants en CM2.

Mettre en place des travaux de recherche documentaire, d’exploitation ou encore des phases d’échange pour construire collectivement une trace écrite relève du tour de force. La gestion des groupes afin d’avoir un travail productif en un temps limité est une véritable course contre la montre.

Par exemple, étudier différents supports historiques sur Louis XIV et ensuite confronter les éléments recueillis par les enfants, les analyser ensemble pour en déduire les éléments de la monarchie absolue et rédiger le contenu de la leçon nécessite de consacrer 3 séances d’une heure (surtout si l’on veut que cette notion soit bien assimilée ensuite pour amorcer les facteurs déclenchant de la révolution).

Normalement, un effectif réduit à 24 voir 26 élèves permettrait de gagner une heure. Ce qui est considérable sur une année scolaire lorsque l’on connaît la densité du programme d’histoire à ce niveau.

Le problème se pose de la même façon en résolution de problèmes ou en français. Les instructions officielles suggèrent de mettre l’enfant en situation de recherche, afin qu’il développe des stratégies et qu’il réinvestisse ses acquis antérieurs. Mais pour cela, il faut également être à l’écoute des autres pour s’approprier d’autres stratégies, comment faire à 29, le temps de parole sur 1 heure se trouve considérablement réduit. Les échanges sont moins intéressants et face à l’heure qui tourne souvent l’enseignant reprend le fil du discours afin d’écourter la séance pour la clore.

C’est frustrant pour les enfants et l’enseignant.

Quant à faire de la « remédiation » pour les élèves en difficulté dans ce contexte, c’est de l’utopie !! Car en plus des effectifs, le manque de place dans les classes, ne permet pas d’avoir un espace dédié à l’aide des enfants. La nouvelle génération est celle du zapping, je vois beaucoup de chose en un temps record. Mais le revers de la médaille c’est que les enfants ont une couche de vernis, ils pensent savoir beaucoup de choses ce qui est vrai en partie, mais ils sont incapables bien souvent de réinvestir ce savoir, nous avons un rôle essentiel dans la construction du raisonnement et de l’esprit critique. Une fois de plus, c’est possible sur la base de l’échange. En ce qui me concerne, des effectifs inférieurs dans les classes permettraient de dédier plus de temps à un travail d’acquisition des connaissances plus intéressant et plus solide pour les enfants.