La dépression, une fatalité ?

Les enseignants sont-ils plus exposés aux dépressions nerveuses que les autres professions ? Non, à en croire les études épidémiologiques. Cependant, des conditions de travail difficiles peuvent favoriser l’apparition de troubles chez des personnes fragiles. Dans ce cas, il faut être attentif à certains signes et agir vite.

Nommé dans un collège de la banlieue lyonnaise en septembre 2001, Pierre, 29 ans, brillant thésard en lettres modernes, ne s’est jamais vraiment remis de sa première expérience d’enseignant. Désintérêt pour les cours, incivilités, brimades… « La tête de turc, c’était moi », explique-t-il. Il a tenu le choc cinq mois avant de « craquer » au retour des vacances du printemps 2002. Alors qu’il rend des copies, un élève l’interpelle pour contester sa note. Ce n’est pas la première fois. Le ton monte. L’élève crache à la figure de Pierre qui perd les pédales et se met à hurler. « Cela faisait des mois que lui et d’autres se payaient ma tête. Cela rendait mon cours impossible. Cette classe était devenue mon cauchemar. D’un seul coup, je n’ai plus supporté », confie l’ex-enseignant. Depuis, il n’a plus jamais remis les pieds dans une salle de classe. Le médecin a diagnostiqué une « dépression réactionnelle ». Prozac, anxiolitiques, psychothérapie… Aujourd’hui, Pierre s’en est sorti, mais il a décidé de changer de voie.

Les enseignants : une catégorie à risque ?

Pierre fait partie des quelques 15% de Français atteints de dépression. Son travail peut-il être considéré comme la cause de sa maladie ? « Cliniquement, on ne peut pas être malade à cause du travail », affirme le docteur Vivianne Kovess, psychiatre, et auteur d’une étude épidémiologique pour le compte de la MGEN (Mutuelle générale de l’Education nationale). « La dépression est une pathologie psychique qui puise dans le vécu émotionnel du patient », précise-t-elle. En d’autres termes, l’activité d’enseignement ne peut pas agir seule dans la survenue d’une dépression. Elle ne peut être qu’un facteur déclenchant qui s’ajoute à terrain psychologique propice.

Pour Vivianne Kovess, les enseignants, tous comme les cadres, sont plutôt en bonne santé mentale, contrairement à certaines idées reçues. « Ils sont beaucoup moins exposés à la dépression que d’autres catégories socioprofessionnelles, comme les ouvriers ou les emplois peu qualifiés. Il faut distinguer la détresse psychologique, qui est en gros le fait d’être triste, de la dépression qui est une maladie », explique-t-elle.

Tout n’est pas rose pour autant. Une autre étude réalisée par la MGEN en 1996 montre que, sur 1150 enseignants, 15% se sentent victimes d' »agissements hostiles ». La moitié d’entre eux jugeant ces situations traumatisantes. 35%, enfin, présentent des symptômes de stress aigu. Plus de tensions, une augmentation de la charge de travail, des élèves de moins en moins dociles, des parents qui ne sont pas toujours des alliés… Pas facile de faire cours dans ces conditions, en particulier dans les zones difficiles. Pourtant, la dépression n’est pas une fatalité, à condition d’être attentif à certains signes.

Attention au sommeil

60% de la population souffrirait de difficultés d’endormissement ou de réveil nocturne. Dans les deux cas, le sommeil n’est pas réparateur. Résultat : on gère moins bien son stress. Les insomnies sévères qui ne sont pas traitées peuvent, à la longue, amener celui qui en souffre à « décompenser ». En d’autres termes : à faire une dépression. Quand la tisane d’oranger, la lecture ou les somnifères ne suffisent plus à ramener le sommeil, il vaut mieux consulter. Dans certains cas, quelques séances de photothérapie (traitement par la lumière) peuvent s’imposer.

Idées noires : pas plus de quinze jours

Il peut arriver à un enseignant de perdre confiance en soi, de douter. Si le phénomène est passager, rien de grave. Mais si la séance d’auto-dépréciation dure depuis une quinzaine de jours, qu’elle s’accompagne d’une perte d’appétit, de fatigue, voire même de pensées suicidaires, dans ce cas, il faut consulter son médecin. Celui-ci pourra décider d’un traitement adapté, et le cas échéant, orienter l’enseignant vers un psychologue.

Laëtitia de Kerchove

Ça coince avec une classe ? Savoir en parler aux collègues

Terrorisé par l’une de ses élèves, le prof de maths n’ose pas en parler de peur de passer pour un incapable. Mauvais réflexe ! Tous les enseignants, un jour où l’autre, peuvent être confrontés à ce problème. L’avis d’un collègue, notamment s’il est plus expérimenté, peut s’avérer d’une grande utilité. Rien de mieux que de se sentir épaulé pour reprendre confiance en soi.

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